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Montpellier : un nouveau préfet adepte de la chasse aux pauvres et de la répression

Hugues Moutouh, nouveau préfet de l'Hérault, se veut un homme d'action, intransigeant, très direct et très franc. C'est donc sans surprise qu'il annonce de manière décomplexée qu'il veut « nettoyer la ville ». La nettoyer de quoi ? Des pauvres, des manifestants, des zadistes et des « séparatistes d'ultra-gauche ».

jeudi 22 juillet

Un fantasme : l’insécurité. Une cible : les pauvres.

Hugues Moutouh, intronisé nouveau préfet de l’Hérault ce lundi, définit sans équivoque les contours d’un mandat qui promet répression, répression et encore plus de répression.

Fraîchement nommé le 17 juillet, cet ancien avocat d’affaires donne le ton avec une formule incroyablement violente : il veut «  nettoyer la ville  ». S’inspirant de son ami Nicolas Sarkozy, dont il a été conseiller au ministère de l’Intérieur, Hugues Moutouh annonce par cette métaphore méprisante sa volonté de s’attaquer à « des problèmes, des agressions ici et là, des populations qui traînent et qui salissent ». Un discours qui cible clairement les personnes sans domicile fixe et les mineurs non accompagnés, blamés systématiquement par la presse et la droite locale.

Si ce type d’attaque n’est pas nouveau, cette déclaration témoigne de la haine décomplexée du nouveau préfet pour les populations les plus précarisées, qu’il va jusqu’à comparer à des déchets.
Là où Hugues Moutouh choisit de voir comme problème principal «  des populations qui traînent et qui salissent », la réalité du problème à Montpellier est un taux de chômage à 21%, un taux de pauvreté à 20% et des milliers de personnes à la rue.

Alors que la ville manque cruellement de structures d’accueil pour les personnes les plus précaires qui se retrouvent livrées à elles-mêmes, Hugues Moutouh préfère parler d’insécurité pour justifier son amour de la répression et s’inscrire dans la politique autoritaire du gouvernement.

En somme, une première conférence de presse pour annoncer son programme et donner le ton. Face à la misère et à la précarité, répression et répression : « lorsqu’on tolère un délabrement c’est ensuite la porte ouverte à du squat ou des actes de délinquances. Il faut donc être très présent et ne laisser passer aucune petite incivilités ».

Une autre passion : la matraque

En plus de la chasse aux pauvres, Mouthou présente sa deuxième passion : matraquer les manifestants.

Là encore, le préfet reprend les éléments de langage du gouvernement en empruntant les notions de « séparatisme d’ ultra-gauche  », sans passer à coté de l’occasion de s’offrir une sortie sur le « séparatisme islamiste  ». Sous des faux-semblants de tolérance envers les «  bons  » manifestants, il annonce déjà qu’il se saisira de n’importe quel prétexte pour réprimer brutalement les manifestations : « le droit constitutionnel de manifester cesse, dès lors qu’il y a attroupement, casse et vandalisme.  ». Encore un emprunt à la rhétorique du gouvernement :« On ne doit pas chercher à imposer ses opinions en usant de la violence, comptez sur moi pour le rappeler très clairement et avoir la main ferme ».

Si ces avertissements sont valables pour les mouvements sociaux à venir, la première cible de Moutouh est la ZAD opposée au Contournement Ouest de Montpellier. Le nouveau préfet déclare la guerre à cette mobilisation qui vise à empêcher la bétonisation d’une large zone au Nord de Montpellier : « les zadistes ne sont pas des défenseurs de la liberté, loin de là. En fonction de la situation, je serai amené à prendre les décisions qui s’imposent  ». Dans son style d’ « homme d’action » Hugues Moutouh promet d’en faire une priorité : «  un préfet doit aller vite et savoir un peu jouer un rôle de bulldozer.  »

Un préfet et un maire main dans la main

L’ancien préfet de la Drôme a d’ores et déjà trouvé un allié de taille pour appliquer sa politique : le maire de Montpellier, Michael Delafosse.
Depuis le début de son mandat l’élu socialiste joue en effet à fond la carte sécuritaire et s’occupe davantage de réprimer les marchés des quartiers populaires comme Plan Cabanes et la Paillade que de lutter contre la pauvreté, le mal-logement ou encore le chômage.
Les deux hommes se sont déjà rencontrés et se sont sans surprise retrouvés dans une passion commune, la chasse aux pauvres : «  Il faut nettoyer la ville. On est d’accord, on se l’est dit les yeux dans les yeux  ».

Ces premières déclarations ont le mérite de ne pas véhiculer d’illusion sur le rôle de la préfecture : «  l’Etat et les forces de l’ordre joueront pleinement leur rôle ». Alors que Macron a annoncé sa volonté de poursuivre les réformes de l’assurance-chômage et de la retraite, et à l’heure où une mobilisation grandit autour du passe sanitaire, le président de la république peut compter sur ses relais à Montpellier pour matraquer les voix et les colères qui s’élèvent et s’élèveront contre les conséquences de la crise économique et sanitaire.




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