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Notre classe

Hommage à Pierre Granet

"Nous porterons les couleurs de la révolution pour laquelle tu t’es battu pendant plus de 50 ans"

Quelle tristesse d'apprendre le décès de Pierre. Quand je vois à quel point ça me touche, je n'ose même pas imaginer la douleur que doivent ressentir ses proches et sa famille. J'ai une pensée particulière pour eux tout d'abord.

lundi 4 mai

Pierre était une personne et un militant exceptionnel, et j’avais pour lui non seulement beaucoup de respect, mais une affection particulière. En plus d’être capable de discuter avec passion de nombreux sujets, de raconter avec détails les "années 68", et de polémiquer fraternellement et avec bienveillance avec tous les militants (ce sur quoi sera d’accord n’importe quel militant qui a croisé son chemin je pense, de n’importe quelle organisation), c’était un révolutionnaire d’une grande humanité, d’une sensibilité profonde.

Je me souviens quand, jeune militant, je venais d’étudier mai 68 et l’histoire de la LCR, j’avais croisé Pierre et nous avions commencé à en discuter. Nous avions fini dans un café à discuter des heures, et j’étais vraiment impressionné d’à quel point ses souvenirs restaient précis, vifs, articulés, mais surtout comment il était capable de répondre avec bienveillance, de ne jamais prendre de haut ou s’impatienter face aux questionnements d’un jeune militant qui avait étudié ce que lui avait vécu directement.

Outre les discussions politiques que nous avions, toujours enrichissantes, je me souviens de la personne attentionné qu’il était. Après qu’il ai su que mon père avait une leucémie, il me demandait de ses nouvelles à chaque fois qu’on se croisait. De mon côté, j’avais été très touché après avoir appris la maladie puis le décès de son fils. Il avait aussi toujours un mot pour Leire, qui avait elle aussi un cancer.

Mais au-delà de ces attentions dans les moments difficiles, je garde le souvenir d’un militant joyeux, passionné, qui riait et plaisantait souvent, avec une intelligence et une vivacité d’esprit à toute épreuve.

Et surtout, je garde le souvenir d’un homme aux convictions profondes, d’un vrai militant révolutionnaire, d’un représentant qui incarnait en chair et en os une tradition du trotskisme français, depuis les années 60, avec constance et une volonté impressionnante.

On avait des désaccords, parfois profonds, et on ne les cachait jamais. Au contraire, je me souviens comment, après tel mail ou contribution, il aimait à venir me voir directement pour en discuter. J’adorais sa manière d’aller droit au but, de dire clairement "Gaëtan, vous vous trompez sur ça, parce que...", mais sans aucune animosité et en écoutant toujours la réponse ensuite. Depuis que je suis entré au NPA à Toulouse en 2013, où il a été un des premiers militants que j’ai rencontré, j’ai toujours senti un fort attachement, un lien de camaraderie au sein le plus noble du terme, avec Pierre.

Je ne suis pas très fort pour les textes de ce style, et j’ai du mal à réaliser que nous ne nous verrons plus, qu’il n’illuminera plus les moments militants, parfois difficiles, que vivent les révolutionnaires.

Alors que la crise s’approfondit, que les tendances à la lutte de classes ont toutes les chances de se développer à une échelle que nous, trop jeunes pour 68, n’avons pas connu, nous perdons un camarade, nous perdons un élément pour la révolution. Il aurait voulu connaitre les luttes à venir, et il aurait énormément apporté, j’en suis sûr, à leur développement vers la seule voie qui puisse enfin nous libérer de nos chaines, vers la révolution...

Malgré la tristesse, nous continuerons à porter le projet pour lequel se battait Pierre Granet chaque jour de sa vie, et j’espère non seulement que nous serons à la hauteur de son engagement, mais surtout, j’espère que nous saurons et gagner des dizaines, des centaines et plus, de militants de la trempe et de la qualité de celle de Pierre.

Adieu Camarade,

j’aimerais tellement que tu puisses lire ces lignes que je t’écris les larmes aux yeux, qu’on puisse discuter au moins une dernière fois.

Je te promets que nous ne t’oublierons pas, et que nous porterons le plus haut possible les couleurs de la révolution et de la quatrième internationale pour lesquelles tu t’es battu pendant plus de 50 ans.

Pierre, Presente !

Ahora y Siempre !




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