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Politique

Coup de gueule

Pour Brigitte Bardot, les Réunionnais ont "des gènes de sauvages". Réponse d’un cannibale

Dans une lettre ouverte adressée au préfet de La Réunion, Brigitte Bardot dénonce la maltraitance animale et méprise profondément les Réunionnais. Elle affirme que nous avons des "des gènes de sauvages" et des "réminiscences de cannibalisme". Coup de gueule d'un cannibale de "l'Île du diable".

mardi 19 mars

Crédit photo : © ERIC FEFERBERG / AFP Brigitte Bardot

Vous vous souvenez les moments où ils mesuraient les crânes et faisaient des expos coloniales au milieu de Paris pour montrer à quel point ils étaient des champions de l’asservissement des peuples ?

Dans une lettre ouverte à l’État, Brigitte Bardot explique que les réunionnais sont des barbares, aux gènes de sauvages et aux réminiscences de cannibalisme.
Déjà, on se passait de demander son avis aux légumes (on ne la mangera pas !). Mais quand même, le mot m’a marqué.

Alors je me demande, vers où frapper ? Le relent de racisme biologiciste qui te fait parler d’arborigènes (ok) à la Réunion (ok) île déserte à sa découverte ? Un mépris de classe si profond que tu en viens à parler de réminiscences de cannibalisme ? Ou encore l’absolue mépris impérialiste dont ne se fatiguent jamais les élites françaises quand ils parlent de nous ?

Et puis là j’apprends que Girardin la sauveuse, oui oui celle qui est venue à la Réunion parce que les gilets jaunes devenaient beaucoup trop dangereux et radicaux, du fait de la profonde situation de détresse économique qui y existe, a décidé de soutenir le préfet de l’île dans une plainte portée contre la vieille... La même Girardin et son faux paquet de réformes, le même préfet qui demandait une intervention armée à la Réunion parce que le Port était bloqué par les barrages...

Sans devoir revenir sur la maltraitance animale, qui n’est clairement pas le sujet de la discussion, parlons de comment ils (nos méprisants comme nos sauveurs) ne valent rien pour nous.

Quand j’étais gamin, j’avais naturalisé que le premier salaire de ma daronne dans une grande entreprise internationale avait été de 90 euros, 4 gosses à la maison et un père handicapé, avec pour cadeau un faux contrat (au noir bien sûr) qui lui obligerait ensuite pendant les premières semaines de son cancer à continuer de travailler, sans aucune indemnités pour sa maladie. J’avais aussi naturalisé qu’un bon 60% d’entre nous devait partir de l’île dès l’âge de 17 ans pour pouvoir se payer le luxe d’accéder à des études durant lesquelles on te rappellerait constamment qui tu es et d’où tu viens, que tu serais jamais totalement "comme nous", qu’avec un diplôme, tu ne pourrais jamais rentrer chez toi pour chercher du travail, parce qu’avec un 60% de chômage jeune clairement t’es surqualifié avec une licence pro et donc au mieux payé 700 euros par mois. Et ce, sans parler de ceux qui n’ont pas, c’est à dire la majorité d’entre nous, l’opportunité de terminer un bac et de continuer des études. Je me souviens, quand j’ai commencé mes études, des mecs avaient défoncé la statue de l’aéroport de Saint-Denis faite en hommage aux enfants de la Creuse "parce que c’est pas super touristique de rappeler qu’on a envoyé des mineurs travailler dans les champs agricoles français jusqu’en 1982 en les arrachant de leurs familles". Toujours la même question me revenait à l’esprit "mais qu’est ce qui cloche chez nous ?"

Il a suffit de pas grand chose en réalité pour m’en rendre compte. Ces gens-là nous exploitent, nous oppriment, nous méprisent profondément, nous les sales cannibales. Ils nous offrent un simulacre de choix tous les 4 ans, entre Dindar et Sinimalé qui servent loyalement à l’État français, et à la première pourriture, intervention du préfet. C’est pas tant Bardot et Girardin le problème, c’est symptomatique de ce que ces gens pensent de nous et attendent de nous. On a rien à attendre d’eux, ni des élites françaises et de leur État colonial, ni des élites locales et de leur servitude tranquillisée.

Vous avez flippé quand on a commencé à tout foutre en l’air il y a quelques mois non ? Ko sa ou la cru ? On a tous des gènes d’Anchaing en nous.




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