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L'aventurier

Printemps des poètes : le gouvernement soutient la nomination de Sylvain Tesson, écrivain d’extrême-droite

Alors que la polémique enfle autour de la nomination de Sylvain Tesson, écrivain lié à l’extrême-droite, comme parrain du Printemps des poètes, le gouvernement a défendu cette décision, Rachida Dati en tête.

Léo Stella

25 janvier

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Printemps des poètes : le gouvernement soutient la nomination de Sylvain Tesson, écrivain d'extrême-droite

Crédit photo : France Inter

Depuis maintenant deux semaines, dans le monde de la culture mais aussi dans les médias, la polémique bat son plein autour de la nomination de Sylvain Tesson comme parrain de l’édition 2024 du Printemps des poètes. Ce festival de poésie a lieu chaque année à travers des dizaines d’événements dans les centres culturels, librairies, écoles ou encore médiathèques à travers toute la France. Début janvier, il est annoncé que l’écrivain d’extrême droite est nominé comme parrain du Printemps des poètes qui se tiendra en mars 2024.

Suite à l’annonce de sa nomination, le débat enfle après une tribune dans Libération signée par des poètes, écrivains et travailleurs des services publics. Le texte dénonce le fait « qu’un événement culturel auquel nous sommes de fait inextricablement lié·es de façon symbolique, créé afin de contrer les idées reçues et de rendre manifeste l’extrême vitalité de la poésie soit incarné par un écrivain érigé en icône réactionnaire ».

Cette tribune a été suivie d’une contre-offensive dans Le Point, réunissant des figures qui vont de Luc Ferry à Eric Naullan, avec une tribune qui dénonce un « terrorisme idéologique » et une « dictature morale » de la part des « wokistes ». D’autres personnalités allant de la gauche socialiste à l’extrême-droite ont aussi apporté leur soutien à l’écrivain, à l’image de Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier, qui a dénoncé sur X une tentative de « cancel culture », ou de Bruno Retaillau, chef de file des sénateurs LR, qui crie au « sectarisme de la gauche ».

Mais ces derniers jours, c’est le gouvernement lui-même qui a apporté son soutien à Sylvain Tesson au travers de la nouvelle ministre de la Culture Rachida Dati. Sur X, cette dernière s’est réjouie « que le Printemps des poètes célèbre partout en France cette vision de la poésie, ouverte, libre et populaire » tandis que son collègue, Bruno Le Maire, grand fan de littérature quand il n’est pas occupé à attaquer nos salaires, a qualifié dans la foulée Tesson d’« écrivain de grand talent » et de « plume aventureuse ».

Cette défense de Tesson gomme totalement un aspect central du personnage, désormais bien connu : son idéologie ultra-réactionnaire. Dans Réactions françaises, François Kruge, a montré comment la jeunesse de Sylvain Tesson a été marquée par des premiers pas sur Radio Courtoisie, radio historique de l’extrême-droite, et le financement de son premier grand voyage par une association d’anciens de l’OAS. En grandissant, le grand explorateur a poursuivi le parcours sous l’égide d’un mentor : Jean Raspail. Royaliste et figure littéraire de l’extrême-droite, celui-ci avait écrit en 1973, le camp des Saints, un best-seller xénophobe de l’extrême-droite qui raconte « la fin du monde blanc, sous l’invasion des millions et des millions d’hommes affamés, « sous-développé », qui constituent les trois quarts de l’humanité ».

Une proximité de Tesson avec l’extrême-droite qui s’incarne aussi dans ses liens avec des théoriciens d’extrême-droite. Son père, Phillipe Tesson, était un fidèle ami de Dominique Venner, l’un des inspirateurs la Nouvelle-Droite. Ces prises de positions sur le grand remplacement en novembre dernier ou encore ses sorties sexistes dans ses ouvrages sont par ailleurs explicites quant à l’idéologie que défend « l’aventurier ».

Quand le gouvernement légitime Tesson comme figure du festival, c’est ainsi un soutien politique ultra-réactionnaire, dans la continuité de ses emprunts au programme de l’extrême-droite dans la loi immigration, ou des sorties sur le « réarmement démographique »], indissociable de l’idéologie identitaire et raciste du déclin de l’Occident. Face à cette normalisation des idées de l’extrême-droite et de ceux qui en font la promotion, il faut soutenir les acteurs de la culture qui se mobilisent contre la nomination de Sylvain Tesson à la tête d’un festival qui aura lieu dans des sites culturels publics, mais surtout par la lutte dans la rue contre les lois racistes et xénophobes du gouvernement qui cherchent à nous diviser.


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