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Politique

Tribune libre

Procès hors-norme d’Ikea pour fichage illégal de ses salariés et clients

C'est un procès hors norme qui s'ouvre ce lundi à Versailles. Ikea, le géant de l'ameublement, sera sur le banc des accusés après qu'un vaste système d'espionnage ait été découvert. Dans son édition du 22 mars, Le Monde révèle la tenue de fichiers illégaux pendant de nombreuses années et alimentés par des opérateurs privés mais aussi par des policiers.

lundi 22 mars

Source. Crédit photo : JEFF PACHOUD | AFP

Les directions de plusieurs magasins (Franconville, Reims et Avignon) sont mises en cause et il y a fort à parier que ces pratiques révélées par une simple clé USB soient répandues à l’échelle de toute la chaîne.

Enquêtes sur la vie privée de ses propres salariés, appels à des détectives privés et même à des fonctionnaires de police pour fouiller dans une base de données (STIC) que seul l’Intérieur peut consulter. Du syndicaliste chevronné au salarié qui se met en arrêt maladie en passant par un salarié stigmatisé pour ses origines (gitan), tout y passe et rien n’arrête la multinationale qui obtient même le concours de plusieurs ripoux. De quoi conforter le lien entre patrons voyous et police qui rime avec milice dans l’opinion publique.

Une affaire aussi tentaculaire que celle-ci va donc continuer d’alimenter les théories de plus en plus documentées établissant une connivence incestueuse entre le monde économique et l’autorité politique dont la légitimité n’est plus que l’ombre d’elle-même. Si la police vient en appui à un groupe pour nettoyer "au karcher" les élus syndicaux, les malades ou les salariés n’ayant pas forcément la "bonne origine", que lui reste-t-il de légitimité et de crédibilité vis-à-vis de la population ? Vraisemblablement aucune. Les manifestations contre l’impunité policière et la loi Sécurité Globale, qui ont encore rassemblé des milliers de personnes ce samedi, prouvent que ces fonctionnaires bien armés et bien protégés, à défaut d’équiper correctement le personnel soignant, auront bien du mal à réhabiliter leur image aujourd’hui calamiteuse.

Ikea déjà accusée par plusieurs ONG d’accélérer de façon intensive la déforestation dans le monde, enquête donc de façon occulte des années durant sur ses propres salariés. Des faits suffisamment graves qui justifieraient amplement l’incarcération des mis en cause mais présomption d’innocence oblige, surtout lorsqu’elle concerne des délinquants en col blanc, on imagine sans difficulté qu’Ikea continuera ses frasques car l’amende encourue par la marque suédoise, 3,75 millions d’euros maximum, est une goutte d’eau dans l’océan des bénéfices qu’elle détient.




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