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Politique

Tirer au sort les salariés qui travailleront la nuit…

Roulette russe à la Redoute ? Les patrons offrent les balles

Romain Baron La direction de La Redoute s’étonne et s’afflige du manque de volontaires, parmi ses salariés, pour travailler jusqu’à n’importe quelle heure afin de compenser son manque de compétitivité. Quelle indécence que ces travailleurs et travailleuses refusent ainsi de se faire encore plus exploiter que d’habitude pour des clopinettes, avec en prime une vie de famille déstructurée et le spectre, pour les autres, de licenciements supplémentaires… ! D’où la solution envisagée : procéder par tirage au sort pour réorganiser son centre logistique de Wattrelos dans le Nord, qui emploie 1200 salariés. Tous les moyens sont bons pour innover en matière d’organisation du travail et augmenter la charge de travail. Mais les travailleurs n’entendent pas se laisser faire…

jeudi 8 octobre 2015

Il y a la manière brutale, comme à PSA, la Poste, l’APHP, ou encore Air France. Mais Il y a également les manières plus sournoises : à Smart, par exemple, on s’entend à faire voter les salariés pour qu’ils acceptent de travailler plus pour gagner moins. A La Redoute, c’est aussi brutal que sournois. En 2014, le groupe Kering avait cédé l’entreprise pour un euro symbolique à ses dirigeants, mais en la recapitalisant en vue d’un « retour à l’équilibre » en 2017. Jolie formule pour désigner le plan de près de 1200 licenciements associé à l’opération, qu’un accord signé par la CFDT (une fois de plus…) avait entériné. C’est dans ce contexte que le centre de Wattrelos avait été choisi comme centre logistique. Recapitalisation, licenciements, et maintenant, offensive sur les conditions de travail : la direction de la Redoute envisage maintenant… le tirage au sort pour désigner celles et ceux de Wattrelos qui devront payer les frais de la concurrence à laquelle l’entreprise veut pouvoir se mesurer dès 2016. Comme dans certaines armées, pour punir l’erreur d’un bataillon, les gradés en prenaient un sur dix au hasard et le passaient par les armes. Histoire de bien faire comprendre aux autres ce qui les attendait s’ils rechignaient. Chair à canons, chair à patrons…

Ah, l’argument est classique : « Sur le marché du e-commerce, il faut que l’entreprise soit capable de préparer le soir-même les commandes enregistrées avant 20 heures, ce qui oblige la présence du personnel jusqu’à 21 heures au moins » clame la direction. Mais du côté des salariés, la pilule ne passe pas : selon les mots du représentant de la CGT sur RTL, la direction « a trouvé la solution du tirage au sort qui convient encore à moins de monde parce qu’on va jouer la vie des salariés, l’avenir des salariés, leur vie de famille sur un tirage au sort. C’est juste inadmissible ». Une employée crie sa colère : « Je ne trouve pas ça juste. On ne veut pas terminer à 21h20. On a quand même une vie de famille. C’est aberrant ! » Mais qu’importe aux patrons la vie personnelle, familiale, de celles et ceux qu’ils exploitent et méprisent ? Que leur importe, pour des parents déjà exténués, qu’ils puissent voir leurs enfants le soir ? Absolument tout est bon pour eux, du moment que leurs profits augmentent. Sur le terrain du droit du travail, déjà bien favorable aux patrons, la protection des travailleurs est minimale : les salariés ne peuvent s’opposer à cette réorganisation que si leur contrat de travail indique très précisément les horaires de travail. Dans le cas contraire…

C’est le patron le terroriste, pas le travailleur qui lutte pour sauver sa peau

Le tirage au sort est clairement présenté comme une menace : un « ultime recours » si les négociations en cours, qui se font via la CGT, n’aboutissent pas. Petits caractères en bas du contrat de travail ou non, c’est seulement en s’organisant et en refusant de plier que les travailleurs empêcheront leurs patrons, ici comme ailleurs, de faire ce qu’ils veulent. Assez de vie broyées et de familles détruites par ces patrons-terroristes ! Et si besoin, comme à Air France, que la chemise du patron de la Redoute y passe, ses employés pourront toujours se faire un plaisir de lui montrer comment s’en renvoyer une. La nuit de préférence. Eux savent ce que c’est d’envoyer, tous les jours, des colis contenant des chemises qu’ils ne peuvent pas la plupart du temps, de surcroît, se payer.




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