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Crise politique

Royaume-Uni. Johnson ressort affaibli après avoir survécu au vote de défiance

Ce lundi soir, Boris Johnson a échappé de justesse à sa destitution, une majorité de députés votant en sa faveur lors du scrutin autour de la motion de censure déposée à son encontre. Mais le premier ministre britannique n’en a pour autant pas fini avec la crise politique au sein de son parti, qui risque au contraire de s’accentuer.

mardi 7 juin

Crédits photo : DANIEL LEAL / AFP

Ce lundi soir, une majorité de députés conservateurs ont voté en faveur de Boris Johnson lors du scrutin autour de la motion de censure déposée à son encontre au sein du parti par l’ancien ministre des Affaires étrangères Graham Brady. Si ce dernier n’a pas annoncé le nombre exact de députés ayant exigé la motion, il ne fait aucun doute qu’ils devraient être au moins 54 puisque c’est le nombre requis pour pouvoir déposer une motion de censure. Finalement, alors qu’il lui fallait au moins 180 voix des 359 députés conservateurs pour rester au pouvoir, Boris Johnson a obtenu le soutien de 211 députés, évitant par là sa destitution.

Néanmoins, 148 députés, dont 41% de conservateurs, ont voté contre lui, signe d’un important mécontentement au sein du Parlement et surtout au sein même du Parti conservateur. Ce vote, s’il lui permet de se maintenir au pouvoir, place Johnson dans une position très fragile dont il sera difficile pour lui de sortir. En tout, 59% des députés soutiennent Johnson. À titre de comparaison, l’ancienne première ministre Theresa May avait obtenu le soutien de 63% d’entre eux en 2018 alors qu’elle était chargée de la mise en place du Brexit. Or, elle avait démissionné quelques mois après le vote de la motion de censure déposée à son encontre. Et si la victoire de Johnson empêche les députés frondeurs de déposer une nouvelle motion de censure avant un an, le premier ministre britannique est également visé par une troisième enquête au sujet du « Partygate », à l’issue de laquelle il devra démissionner si elle conclut qu’il a menti devant la Chambre des communes.

Boris Johnson est conscient de sa fragilité et a affirmé à l’issue du vote : « Ce que nous devons faire maintenant, c’est nous rassembler, en tant que gouvernement et en tant que parti, pour nous concentrer sur les choses qui, je pense, intéressent vraiment les gens ». De fait, l’enjeu dans les prochains mois résidera pour lui dans le fait de réunifier le parti conservateur tout en s’adressant aux préoccupations de la population, de plus en plus remontée contre lui.

Crise politique à l’intérieur du parti, crise politique en dehors du parti

La motion de censure déposée contre Johnson constitue l’apogée de la fronde au sein du parti conservateur et plus largement au sein du Parlement depuis la pandémie et les mesures sanitaires catastrophiques prises par le premier ministre britannique. 99 députés avaient par exemple rejeté sa proposition d’imposer un pass vaccinal pour pouvoir accéder aux boîtes de nuit et aux grands événements. Cette fronde majeure au sein du Parlement s’est accentuée avec le scandale du « Partygate ». En janvier, la chaîne de télévision ITV révélait ainsi que le 19 juin 2020, pour l’anniversaire de Boris Johnson, une fête avait été organisée dans une salle du Conseil des ministres. D’autres révélations ont alors suivi : des pots, des garden-partys et même une fête à la veille de l’enterrement du prince Philip auraient ainsi été organisés pendant la pandémie. La pilule passe d’autant plus mal que tout le pays est alors confiné. Avec la guerre en Ukraine, la crise s’accentue : en avril, l’inflation est mesurée à 9% sur un an, et les prix de l’énergie et de l’alimentation explosent. La Banque d’Angleterre estime en mai que l’inflation pourrait atteindre les 10% à l’automne.

Alors que la colère enfle dans la population, la popularité du premier ministre est en chute libre. Un sondage réalisé par Savanta Comres auprès de 1040 personnes montre ainsi que 66% des personnes interrogées, dont 42% d’électeurs conservateurs, pensent que Boris Johnson devrait démissionner. Selon la société de sondages YouGov, sa popularité est passée de 66% en avril 2020 à 26%. Et le parti au gouvernement est donné à 6 à 8 points derrière le parti travailliste. La position du parti conservateur est donc de plus en plus affaiblie et présage de mauvais scores pour les prochaines élections partielles du 23 juin. Les élections locales du 5 mai ont déjà signé un échec du parti conservateur, quand ce dernier a perdu trois de ses bastions historiques à Londres : Barnet, Wandsworth et Westminster. Plus encore, lors des dernières élections partielles de jeudi dernier, 4360 conseillers conservateurs ont été élus dans 146 arrondissements sur 333, soit moins de la moitié.

Si les conservateurs venaient à perdre les prochaines élections, le premier ministre britannique pourrait faire face à de nouvelles tentatives d’éviction au sein de son propre parti. Parmi les députés conservateurs, ils sont de plus en plus nombreux à penser que Boris Johnson constitue un poids pour le parti et devrait se retirer. Graham Brady, qui a annoncé le vote sur la motion de censure et président du Comité 1922, un groupe parlementaire du Parti conservateur à la Chambre des communes britannique pouvant jouer un rôle important dans le choix du chef, pourrait constituer un adversaire de taille pour Boris Johnson. Selon The Guardian, il aurait ainsi pour ambition de se présenter à la tête du parti conservateur, sans n’avoir néanmoins jamais lancé de campagne.

Dans le même temps, le premier ministre pourrait faire face à une opposition dans la rue. Le mécontentement chez les travailleurs et la population est grandissant, et des menaces de grève nationale dans les chemins de fer pèsent sur le gouvernement. Ce lundi avait par ailleurs lieu une grève de 24 heures très suivie dans le métro. Face à l’inflation et la baisse du niveau de vie de la population, loin des préoccupations politiciennes et du Parlement, c’est dans la rue que les travailleurs et les classes populaires de Grande-Bretagne pourront construire le rapport de forces et dégager ce gouvernement antisocial, méprisant et réactionnaire.



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