^

Politique

Ministre voyou

« Saloperie de pute » : une plainte pour « menaces et violences psychologiques » déposée contre Dupond-Moretti

« Saloperie de pute », « hystériques », « hontes du barreau »… Dans une plainte déposée devant le procureur de la République d’Évreux le 21 septembre, une avocate accuse l’actuel ministre de la Justice de l'avoir insulté en ces termes lors d’une suspension d’audience d’un procès en appel à la cour d’assises de l’Eure en février 2020.

mercredi 22 septembre

La plainte a été déposée le 21 septembre devant le procureur de la République d’Évreux, pour des faits qui se sont déroulés en février 2020. Eric Dupond-Moretti est accusé d’avoir insulté l’avocate Nathalie Tomasini de « saloperie de pute  », «  hystériques  », « hontes du barreau »… lors d’une suspension d’audience d’un procès en cour d’appel de l’Eure, concernant un féminicide.

Éric Dupond-Moretti, avocat à l’époque, défendait Jean-Marc Capron, finalement condamné pour l’assassinat de son ex-compagne, Claire Besnard. Me Nathalie Tomasini et son ex-associée Me Janine Bonaggiunta défendaient la famille de Madame Besnard.

Au deuxième jour, pendant une interruption d’audience, se sont ajoutés aux injures des menaces physiques : « une gestuelle menaçante, en levant le poing », décrit Me Tomasini. L’actuel Garde des Sceaux aurait même ajouté : « Je ne sais pas ce qu’il me retient ». Mediapart et le Huffington Post révèlent que selon la plainte, il y aurait eu menace claire de frapper Me Tomasini. 

L’avocate générale confirme être intervenue directement après avoir entendu des injures de la part de l’ex-avocat et confirme, au moins partiellement, avec les deux parties civiles défendues par Me Tomasini ce jour-là, que Dupond-Moretti « agitait le poing vers elles ».

Me Tomasini, connue pour avoir défendu Jacqueline Sauvage, réclame la somme d’un euro symbolique suite à ces injures sexistes.

L’avocate, contactée par Mediapart, soulève son « obligation » de parler, pour ces femmes qu’elle défend et incite à déposer plainte au quotidien contre la violence des hommes. « Je n’ai pas le droit de me taire. Je ne peux pas exhorter mes clientes à déposer plainte, à libérer leur parole et faire le contraire. Il faut que je reste dans la cohérence de ce que je suis et de mon engagement. Quand je l’ai entendu dire au JT de France 2 qu’il était féministe, les bras m’en sont tombés. Toutes mes clientes victimes ont peur de la violence des hommes, de la violence de leur compagnon, et parfois, elles risquent gros en déposant plainte. Moi aussi, je prends un risque, c’est vrai, mais si je ne le fais pas, qui le fera ? ».

Mettant en cause son ancienne consoeur, Eric Dupond-Moretti affirme « faire l’objet d’une tentative de chantage ». Il ajoute que cette plainte « s’apparente aussi à une instrumentalisation politique en arrivant très opportunément la semaine du premier anniversaire du bracelet anti-rapprochement lancé par le garde des Sceaux pour lutter contre les violences intra-familiales ».

Eric Dupond-Moretti n’en est pas à ces premiers propos insultants envers des femmes. En 2016, lors d’un procès sur une tentative d’assassinat en Corse, le pénaliste aurait lancé à une policière : « “Tiens, voilà la pom-pom girl !” Puis : “Tu trouves pas que ça sent la morue ?” ».

Une plaidoirie de Dupond-Moretti en novembre 2018 en défense de Georges Tron avait aussitôt suscité une polémique. Comme le rapportait France Info, l’avocat avait lancé, après avoir salué le calme de son client : « Moi, je vous sauterais à la gorge », en se tournant vers les parties civiles, dont l’Association européenne contre les violence faites aux femmes au travail (AVFT).

« C’est la culture de l’impunité, comme s’il était naturel et acceptable que Monsieur Éric Dupond-Moretti puisse injurier et menacer physiquement une femme avec laquelle il serait en désaccord et/ou qui ne serait pas aussi docile qu’il le voudrait », écrit le conseil de Me Tomasini, Me David Koubbi, dans la plainte. C’est en effet cette culture qu’incarne les propos tenus depuis des années par Dupond-Moretti dans les Palais de Justice. Les mobilisations féministes après sa nomination l’avaient déjà souligné, avec le slogan " Un violeur à l’Intérieur, un complice à la Justice !"

En nommant Garde des Sceaux un avocat ayant fait ses preuves dans la défense d’accusés de violences sexuelles, ayant des positions anti-MeToo claires, et en promouvant Darmanin ministre de l’intérieur, Macron a prouvé que son quinquennat n’avait de féministe que le nom. Qu’un tel homme soit à la tête de la Justice en France est un affront aux femmes victimes de violences, et est une illustration supplémentaire du caractère structurellement patriarcal du système judiciaire.




Mots-clés

justice patriarcale   /    patriarcat   /    sexisme   /    Politique