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Solidarité internationale

Solidarité avec la Palestine : des dizaines de milliers d’Algériens reprennent la rue

Jeudi dernier, le peuple algérien a manifesté massivement en soutien au peuple palestinien pour dénoncer les bombardements contre Gaza, reprenant la rue pour la première fois depuis la fin du Hirak et les restrictions du droit de manifester imposées par le régime. Ce dernier craint désormais que la question palestinienne ne joue le rôle de catalyseur de la colère populaire.

Dzuia Luiz

22 octobre 2023

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Solidarité avec la Palestine : des dizaines de milliers d'Algériens reprennent la rue

Crédit photo : Wilaya d’Alger (Facebook)

Ce jeudi 19 octobre, plusieurs dizaines de milliers d’Algériens se sont mobilisés dans plusieurs villes du pays, notamment à Alger, Oran, Bejaïa, Tizi Ouzou, Tlemcen ou encore Annaba pour clamer haut et fort leur soutien inconditionnel à la lutte du peuple palestinien. Alors que l’État israélien bombarde Gaza depuis deux semaines et multiplie les agressions contre les habitants de Cisjordanie et des territoires occupés, les manifestants sont descendus massivement dans les rues pour exprimer leur solidarité avec la cause palestinienne.

Depuis les manifestations du Hirak en 2019-2020, ayant abouti à la démission de l’ancien chef de l’État Abdelaziz Bouteflika, la capitale Alger n’avait pas été le théâtre d’un rassemblement d’une telle envergure. En effet, après son accession au pouvoir, le président Abdelmadjid Tebboune avait profité de la pandémie de Covid-19 pour mettre en place en 2021 des restrictions draconiennes afin d’empêcher tout rassemblement populaire.

Mais la politique répressive adoptée par Tebboune n’a pas pu empêcher la détermination du peuple algérien à soutenir la cause palestinienne. En effet, un lien de solidarité historique existe entre les deux nations, qui remonte à plusieurs décennies et est fondé sur la lutte commune contre le colonialisme. De ce fait, le peuple algérien qui a lutté pour sa propre indépendance contre la colonisation française se reconnait dans le combat palestinien pour l’autodétermination. La cause palestinienne est ainsi largement perçue par les masses populaires dans leur ensemble comme un symbole de résistance contre l’oppression, le colonialisme et l’impérialisme.

Les manifestations de ce jeudi ont donc souligné la persistance de cet héritage de solidarité, les manifestants brandissant des drapeaux palestiniens aux côtés des drapeaux algériens. Des slogans en faveur de la cause palestinienne et condamnant les actions de l’armée israélienne ont retenti le long du cortège, accompagnés de banderoles appelant à l’expulsion des ambassadeurs des pays soutenant Israël. Des manifestant de Tizi Ouzou en Kabylie ont pleinement affirmé leur solidarité avec le peuple palestinien, désavouant le président identitaire du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), Ferhat Mehenni, qui a récemment exprimé son soutien à l’État colonial d’Israël, notamment en participant à la marche de soutien à Israël qui s’est tenue à Paris le 9 octobre dernier.

Il faut également noter que ces manifestations ont été appelées dans un communiqué signé par une coalition menée par les partis du régime, notamment le FLN et le RND, ainsi que certains partis d’opposition comme le MSP islamiste se réclamant des Frères Musulmans, ou encore le FFS, un parti de gauche réformiste. Cependant, cette forme « d’union nationale » pour le soutien à la lutte du peuple palestinien est contradictoire avec la politique répressive du gouvernement qui n’a pas hésité à réprimer et à interdire les premières manifestations la semaine précédente.

Cela doit pousser à s’interroger quant à la véritable position du gouvernement algérien sur la question palestinienne. Bien que plusieurs communiqués de soutien à la Palestine aient été publiés par le régime, la répression des manifestations montre sa volonté non seulement de continuer à restreindre la liberté d’expression et le droit de manifester, mais également de n’apporter qu’un soutien de façade au peuple palestinien, qui ne s’appuie pas sur la mobilisation des masses populaires.

En effet, la crise de légitimité du gouvernement et son passage en force lors des dernières élections présidentielles rendent Abdelmadjid Tebboune vulnérable face à toute tentative de mobilisation. D’autant plus que les préoccupations croissantes des classes populaires concernant l’inflation, et plus généralement une situation sociale et politique critique, sont autant de facteurs qui font craindre au régime la possibilité que le peuple algérien ne profite de cette brèche pour se mobiliser de manière plus radicale encore, la question palestinienne jouant le rôle de catalyseur de la colère populaire.

Après avoir confiné le Hirak à coup de matraque et suspendu plusieurs partis politiques d’opposition, en emprisonnant plusieurs militants, c’est donc forcé et contraint que le gouvernement a dû faire des concessions face à la pression populaire croissante en faveur de la défense des droits des Palestiniens. C’est bien la détermination du peuple algérien à exprimer sa solidarité avec la cause palestinienne en descendant dans les rues pour dénoncer les crimes de l’armée coloniale israélienne dès les premiers jours de la riposte de Tsahal, qui a finalement poussé le gouvernement dans ses retranchements, l’obligeant à autoriser les manifestations tout en cherchant à les encadrer y compris à l’aide des forces de police.

De plus, les préoccupations croissantes des classes populaires concernant l’inflation, et plus généralement une situation sociale et politique critique, sont autant de facteurs qui pourraient inciter les Algériens à se mobiliser à nouveau. Il est à ce titre intéressant de rappeler qu’en 2009 déjà, c’est le mouvement en solidarité avec la Palestine qui avait brisé l’interdiction de marcher dans les rues d’Alger alors mises en place depuis le Printemps Kabyle de 2001.

La position du gouvernement algérien est aussi critiquée par de nombreux Algériens qui lui reprochent un discours populiste hypocrite, mais également adapté au droit et aux institutions internationales. En effet, ces dernières sont le produit des grandes puissances impérialistes, complices de l’État israélien, de la colonisation et du régime d’apartheid auquel sont soumis les Palestiniens.

Par ailleurs, la politique d’Abdelmadjid Tebboune a consisté à combiner des attaques contre les droits démocratiques du peuple algérien pour mettre fin au soulèvement de 2019 qui a ébranlé le régime, tout en faisant toujours plus de concessions aux puissances impérialistes. En effet, si le chef d’État a mis en scène un certain nombre de discours hostiles notamment à l’ancienne puissance coloniale française, dans les faits il s’est engagé à « renforcer la coopération » bilatérale. Traduction : le régime, tout en essayant de renégocier en partie le rapport de force avec l’impérialisme français, s’engage à assurer la continuité du bradage des richesses nationales au profit des grandes multinationales françaises comme Total Energies, mais aussi américaines ou italiennes.

Cela démontre que la solidarité avec la résistance palestinienne, pour être conséquente, doit s’appuyer sur les mobilisations des masses populaires en toute indépendance d’un régime corrompu et vendu à l’impérialisme. Ce n’est qu’à cette condition qu’il sera possible de remettre en cause la normalisation plus ou moins ouverte des relations entre les pays du Maghreb et du Moyen-Orient avec l’État d’Israël, ainsi que leur soumission et leur dépendance à l’égard des puissances impérialistes complices de crimes coloniaux contre le peuple palestinien. À rebours de ce qu’incarnent les États autoritaires de la région, la solidarité avec la cause palestinienne doit s’appuyer sur les travailleurs et les classes populaires pour tracer des perspectives révolutionnaires qui visent à instaurer un État palestinien libre, démocratique et socialiste.


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