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Politique

StreetPress révèle des messages racistes envoyés sur un groupe Facebook de 8000 policiers

Ronan Maël, journaliste à StreetPress, a infiltré un groupe Facebook réservé à la police comptant plus de 8000 membres et servant d’exutoire à ces derniers, qui s’y donnent à coeur joie pour déverser des centaines de messages racistes et sexistes.

vendredi 5 juin

Crédits photo : DR

Journaliste à StreetPress, Ronan Maël a infiltré le groupe Facebook privé « TN Rabiot Police Officiel » comptant plus de 8.000 membres, principalement des policiers mais aussi quelques gendarmes et personnes proches du milieu militaire.

Créé le 8 décembre 2015, il se présente comme un groupe « d’informations et de débats sur la sécurité publique et la réalité du travail et des missions des forces de l’ordre ». En réalité, ces membres postent chaque jour de nombreux montages, messages et commentaires racistes, sexistes et homophobes allant jusqu’à l’apologie du meurtre. Ces publications sont à l’image d’une des administratrices de la page, Isabelle. B, présidente du Collectif Libre et Indépendant de la Police (Clip). Ce dernier a été fondé à Lyon en 2012 par des policiers après la mise en examen d’un de leur collègue pour avoir tué d’une balle dans le dos Amine Bentounsi.

Pendant son investigation, Ronan Maël est tombé sur toutes sortes de propos racistes, qualifiant les manifestants de la marche du 30 mai pour les sans-papiers de « merdes » et de « gauchiasses puants », et postant des photos de jeunes faisant des roues arrières en moto accompagnées de commentaires du type : « Ça manque de portière tout ça », en référence à l’homme grièvement blessé par une portière de voiture de police à Villeneuve la Garenne. Théo Luhaka, blessé à vie par une matraque enfoncée dans son anus par des policiers, est également visé par le groupe : « il joue de la trompette avec son cul » , « un album qui restera dans les annales »… Assa Traoré et Camélia Jordana, toutes deux racisées, ne sont pas non plus épargnées par ce déferlement de haine raciste mais également sexiste : « Une pouffe en appelle une autre, plein le cul de ces racistes anti-blanc ! », ou encore en commentaire d’une photo du rassemblement de mardi contre les violences policières : « -c’est noir de monde ! -non c’est noir de merde ».

Ces commentaires cités ne sont qu’un échantillon de ceux sélectionnés par Ronan Maël qui n’étaient eux même qu’une sélection parmi des centaines.
L’une des publications montre définitivement le racisme décomplexé de la police. Le détournement d’un meme de quatre porteurs de cercueils ghanéens, chacun une image sur la tête. Un panneau danger haute tension en référence à la mort de Zyed et Bouna en 2005 alors qu’ils étaient poursuivis par des policiers ; un poteau, pour le décès de Sabri, 18 ans, à Argenteuil le 17 mai ; une portière d’une voiture de police pour la jambe fracturée d’un homme à Villeneuve-la-Garenne le 18 avril. Et un train, en référence à la mort de Kémyl, 18 ans, à Montigny-lès-Cormeilles le 27 mai. Un montage qui a été aimé par plus de 200 membres du groupe, qui ont trouvé drôle de se moquer des ces vies arrachées ou définitivement bouleversées par leurs collègues.

Cette enquête montre que le racisme dans l’institution policière n’est pas une exception mais que nous sommes bien face à une institution policière profondément raciste ne pouvant être réformée. Par ailleurs, Christophe Castaner avait au départ refusé de répondre aux questions de StreetPress et n’était d’aucune façon intervenu pour fermer cette page, approuvant donc dans un sens son existence. Une attitude qui contraste avec sa rapidité à condamner les propos de Camelia Jordana. C’est seulement après les multiples réactions à la sortie de l’enquête qu’il a signalé au procureur de la république les propos racistes des nombreux fonctionnaires. Néanmoins, ce n’est qu’une page parmi sans doute de nombreuses autres existantes qui sont à l’image de pratiques policières quotidiennes racistes, sexistes et homophobes.




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