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Tri social à l’hôpital hors urgences : le gouvernement conditionne l’accès aux soins au pass sanitaire

D'abord rejeté par les députés, Olivier Véran a fait le forcing pour que l'article de loi exigeant le pass sanitaire à l'entrée des EHPAD et des hôpitaux hors urgence soit finalement adopté à l'assemblée. Une mesure qui tend à restreindre l'accès aux soins pour les populations les plus précaires.

vendredi 23 juillet

Crédits photo : AFP - SEBASTIEN BOZON

Le gouvernement Macron a fait passer en force son projet de loi sanitaire qui a finalement été voté en première lecture par les député·e·s ce vendredi 23 juillet à 5H40 du matin. Cette heure matinale est symptomatique de l’application bulldozer des lois prises par l’exécutif qui passe au-dessus du parlement pour imposer sa gestion autoritaire de la crise sanitaire. Parmi les mesures inscrites dans cette future loi, le pass sanitaire sera également obligatoire dans les hôpitaux – excepté pour les urgences – et les Ehpad, qu’il s’agisse des soignant·e·s, des patient·e·s ou des visiteurs et visiteuses

Les conséquences de cette loi sont multiples, car les personnes n’ayant pas le temps de se faire vacciner et/ou tester ne pourront plus avoir accès aux soins ni aller voir leurs proches hospitalisé·e·s ou en Ehpad. Il faudra pouvoir faire un test pour toute visite médicale alors qu’il est très fréquent que celles-ci, dans les cas de personnes mourantes ou très affectées physiquement, ne puissent pas être anticipées. Jusque dans ces moments cruciaux de la vie, l’exécutif crée un écart d’accès et de traitements sur les bases de l’obtention du pass sanitaire. Cela, alors même que ces bases sont relatives à l’accès aux soins et aux informations qui n’est pas le même pour toutes et tous. Tout comme durant les trois vagues épidémiques durant lesquelles l’hôpital était totalement saturé, il va y avoir un tri entre les patient·e·s. Celui-ci se fera en partie sous la responsabilité des soignant·e·s, ce qui leur rajoute une charge mentale énorme malgré les heures de travail intensives et le stress engendré depuis plus d’un an. « Faire un choix entre des gens qui seront vaccinés, pas pour les faire soigner, c’est plus que choquant, ça va à l’encontre de nos principes fondamentaux » témoigne un soignant au micro de Franceinfo.

De plus, la mise en place effective des contrôles du pass sanitaire à l’entrée des hôpitaux, comme dans d’autres lieux, va engendrer une dépense non-négligeable : 60 millions d’euros par moi sont estimés pour l’embauche d’agents de sécurité dédiés à cette tâche. Un véritable scandale à l’heure où les soignants travaillent à flux tendu depuis des années, en dénonçant le manque de moyens investis dans l’hôpital public, le manque de lits, de personnels, de matériel médical. Encore une fois, le gouvernement fait le choix du tout répressif.

Cet amendement qui conditionne l’accès aux soins pour les patients considérés comme non urgents, et pour les proches de malades hospitalisés ou en Ehpad était particulièrement controversé, même dans les franges de droite de l’hémicycle. L’élu LR Philippe Banassaya avait proposé un amendement, arguant qu’il « est absolument nécessaire de garantir un droit à la visite quel que soit le statut vaccinal du visiteur », selon des propos rapportés par LCI.

Alors que les député.e.s avaient initialement voté pour la suppression de cette mesure liberticide, Veran a mené une offensive pour exiger que cette mesure soit débattue une nouvelle fois en qualifiant cet [amendement de « totalement contradictoire avec l’esprit du pass sanitaire, qui consiste à faire des établissements où les personnes âgées, les personnes fragiles, les personnes malades, des sanctuaires éloignés du covid. » Voir Veran juger certains choix de « contradictoires » est assez ironique sachant que l’ensemble de sa gestion de la crise n’a été que d’éternels va et viens pavés de choix contradictoires. Mais cela ne l’a pas empêché d’annoncer que : « gouverner, c’est choisir » et que « c’est ça le courage en politique, ce n’est pas de faire durer des débats ».

Sous la pression du variant Delta de la Covid-19 qui fait peser la menace d’une quatrième vague, la loi qui doit être totalement appliquée d’ici ce week-end, est traitée dans des conditions chaotiques. Alors que l’ordre du jour de mercredi a été modifié, c’est au terme d’une nuit blanche que cet amendement a été voté à l’issue du forcing de la Macronie, alors même qu’il constitue une sérieuse et énième attaque contre nos libertés individuelles. Cela illustre de manière criante la centralisation et la concentration des pouvoirs par l’exécutif qui, sous couvert de la crise sanitaire, saute par-dessus toutes les formalités parlementaires.

Cette loi s’inscrit dans un continuum de décisions arbitraires et autoritaires prises par le gouvernement afin de réguler la pandémie et se couple à son offensive liberticide et sécuritaire, notamment mise en place avec la Loi Sécurité Globale. Les mesures du projet de loi que Macron entend faire passer cette semaine suscitent depuis le 14 juillet dernier une mobilisation inédite qui s’est illustrée par de nombreuses manifestations sur l’ensemble du territoire. Comme nous le disions, ces mobilisations doivent être un point d’appui évident pour une intervention du mouvement ouvrier qui permettrait d’allier opposition au pass sanitaire, lutte contre l’offensive antisociale du gouvernement et défense d’une campagne de vaccination à la hauteur, mais également de disputer la colère et les consciences face à l’extrême-droite et aux organisations ouvertement complotistes qui tentent de les canaliser sur un terrain ultra-réactionnaire.




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