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Année 2024

Voeux d’Anasse Kazib : « 2023 confirme l’instabilité, pleine de dangers mais aussi d’opportunités »

Alors que l’année 2023 s’achève sur une série d'offensives réactionnaires, Anasse Kazib revient dans ses vœux sur les contradictions de la situation et les potentialités des luttes d'émancipation pour en finir avec l'exploitation et l'oppression.

Anasse Kazib

5 janvier

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Voeux d'Anasse Kazib : « 2023 confirme l'instabilité, pleine de dangers mais aussi d'opportunités »

2023 vient de s’achever dans une atmosphère totalement inverse à celle des premiers mois de l’année. La conjoncture réactionnaire qui s’est installée depuis la rentrée – entre interdiction de l’abaya à l’école, passage de la loi (contre) l’immigration, attaques d’extrême-droite dans différentes villes de France, ou encore durcissement autoritaire qui s’exerce contre les soutiens de la cause palestinienne –, aurait tendance à nous faire oublier les six premiers mois. L’année avait pourtant commencé sur des mobilisations de 2 à 3 millions de personnes, pendant 14 journées, de janvier à juin contre la réforme des retraites : des casserolades à chaque sortie des ministres, des affrontements sur les piquets entre policiers et grévistes. Ces derniers auront passé d’une certaine manière le témoin, en juillet, aux jeunes des quartiers populaires de France, qui ont secoué « la République » pendant 6 nuits en réponse au meurtre policier du jeune Nahel à Nanterre.

Qui aurait pu penser qu’une année qui a connu en l’espace d’un semestre, un des mouvements sociaux les plus massifs et profond depuis 50 ans et une des révoltes de la jeunesse des quartiers populaires les plus radicales de notre histoire, allait s’achever sur une séquence réactionnaire, qui fait le bonheur du bloc bourgeois et bien sûr de l’extrême droite française ? En réalité, ces deux périodes contradictoires confirment l’instabilité politique et sociale que nous connaissons en France depuis 2016, pleine de dangers mais aussi d’opportunités.

2023 a aussi été l’année qui a rappelé à ceux qui l’avaient oublié et montré aux yeux de ceux qui ne le savaient pas ce qu’était le sionisme, la colonisation, le nettoyage ethnique, le massacre d’un peuple… le peuple palestinien. Ce que vivent les Palestiniens depuis 3 mois, et en réalité depuis 75 ans, n’est ni plus ni moins qu’une des facettes, habituellement cachée autant que possible, de la barbarie du système international d’exploitation et de domination dans lequel nous vivons. La démonstration que ce système est prêt à tout pour se défendre mutuellement, prêt à dire tout et son contraire, prêt à massacrer des enfants, des femmes et des hommes, tous enfermés dans une prison à ciel ouvert, prêt à s’aider financièrement, prêt à réprimer les soutiens…, bref prêt à tout pour sa survie.

À l’image de ce que disait Marx de l’autodétermination des Irlandais, la lutte pour l’autodétermination du peuple Palestinien est aussi une lutte pour l’émancipation sociale de notre classe à l’échelle internationale. La victoire d’Israël ne pourrait être synonyme que de renforcement des impérialismes et donc de la bourgeoisie. C’est-à-dire toujours plus d’exploitation et de domination demain. La libération de la Palestine changerait le cours de l’histoire.

2024 doit être une année dans laquelle nous avançons en tirant les bilans positifs comme négatifs de l’année qui vient de s’achever. 2023 a été pleine d’enseignements précieux pour avancer contre ce système qui cherchera toujours plus à broyer les exploités et les opprimés en France et ailleurs. Dans ce cadre, je ne saurais vous souhaiter une « bonne » année. Cela ne signifie pas grand-chose en réalité. Qu’est-ce qu’une « bonne année » quand nous voyons cet enchaînement de crises et de guerres qui vient rappeler à ceux qui avaient vécu dans l’insouciance et la passivité qu’il faut se battre et s’organiser pour éviter le pire, mais également, ou plutôt surtout, pour construire un autre monde.

En revanche, je veux répéter que j’ai beaucoup d’espoir dans notre camp social, dans sa capacité à lutter, à se réveiller, à se révolter. Cela fait maintenant 7 ans que pas une année ne se passe sans connaître une mobilisation, parfois plusieurs dans la même année. Chaque année nous avons appris et nous continuons à apprendre. Chaque année, des secteurs de notre classe qui ne se connaissaient pas, ne luttaient pas ensemble, se regardent, se rapprochent, parfois encore timidement, mais nous voyons des choses qui n’existaient pas il y a 20 ans. C’est parce que nous avons avancé, que le pouvoir se radicalise, qu’il cherche à nous briser, à nous diviser. C’est aussi parce que le pouvoir est affaibli qu’il se radicalise.

L’année 2023 nous a montré à la fois comment le pouvoir pouvait être fragile quand nous avancions et se radicaliser lorsque le terrain est plus libre. C’est pourquoi 2024 doit être d’abord une année de luttes, de luttes victorieuses, pour lesquelles nous aurons besoin plus que jamais d’une stratégie et d’un programme à la hauteur, pour articuler les fronts, refuser les divisions, et unir notre classe.

À tous ceux qui font partie de la classe laborieuse, des exploités et des opprimés, qui doutent de l’avenir, qui ont peur pour demain : vous êtes la force qui permettra d’en finir avec cette société et je vous adresse mes vœux les plus sincères pour 2024. Je nous souhaite à tous une année 2024 de luttes, de combats pour nos vies et surtout une année de victoires, car il nous faut des victoires pour espérer construire un monde débarrassé de ce système demain. Des vœux qui je l’espère nous donneront à tous la rage et la détermination pour nous battre contre la réaction et l’oppresseur.

Pour finir, j’ai une pensée émue pour les milliers de morts en Palestine, au Congo, et partout dans le monde, victime de l’oppression. Une pensée pour notre petit frère Nahel qui nous a quitté cette année, pour sa famille et pour tous les jeunes qui se sont battus en 2023 pour que son nom ne soit pas oublié. Un dernier vœu, qui nous donnerait à tous de la joie en 2024 : que cesse le massacre du peuple palestinien et que la Palestine soit enfin libre. Tahia Falastine !


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