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Société

Le comité de soutien à Adama au CICP pour dénoncer un acharnement politique

Adama Traoré. Le calvaire continue, c’est maintenant Bagui qui est accusé de tentative d’assassinat

Hier mardi 28 février au soir, au CICP, le comité de soutien à Adama s’est exprimé pour dénoncer le harcèlement de la famille Traoré, avec un nouveau saut dans le calvaire quotidien que vit la famille depuis la mort d’Adama. L’un des frères, Baguy, est désormais accusé de tentative d’assassinat sur un gendarme. C’est après une journée épuisante d’auditions au commissariat que le comité a donné une conférence de presse devant 150 personnes pour dénoncer cet acharnement politique. Maryline Dujardin et Guillaume Vadot

Plusieurs membres de la famille Traoré ont passé la journée de mardi au commissariat : Oumou, Assa et Youssouf, ainsi que d’autres personnes ont été convoquées. La mère d’Assa, 70 ans, a été auditionnée pendant au moins 4h, Assa pendant 3h ; cerise sur le gâteau, le fils de Bagui a été emmené à l’école par la gendarmerie avec sa mère à côté, les menottes aux poignets.

Assa Traoré, durant sa prise de parole, a résumé les 7 mois de criminalisation que viennent de subir et que continuent à subir la famille et les proches. Depuis que la famille d’Adama Traoré a choisi de dénoncer les violences policières et le meurtre d’Adama, celle-ci est en effet la cible d’énormes pressions. Assa a dénoncé le "deux poids deux mesures" de la police et de la justice, en soulignant que les gendarmes qui ont tué Adama, eux, n’ont toujours pas été mis en examen, alors que son frère Bagui est en prison depuis le 14 novembre sur la base de fausses accusations. Si pour les gendarmes responsables de la mort Adama, le parquet reufse toujours de parler d’assassinat, pour Bagui il n’hésite pas à inventer une tentative d’assassinat sans apporter de preuve. Assa a dénoncé une volonté politique de briser la famille et les proches dans le combat qu’ils mènent pour la justice et la vérité dans la mort d’Adama Traoré, tout en rappelant que Bagui est la dernière personne à avoir vu Adama vivant, et que c’est pour cela qu’il est aujourd’hui encore en prison, privé de quasiment tout contact.

« On parle d’assassinat pour Bagui, mais ils refusent encore le mot pour Adama, au bout de 7 mois… La famille Traoré est là et ne lâchera pas le combat, même si ca dure 10 ans. Ce qui se passe dans l’affaire Adama est une image de la France actuelle. Il faut changer ça ! »

S’est ensuite exprimé un autre membre du comité, Samir Elyes, qui a choisi lui de montrer le parallèle qui existe avec d’autres affaires du même type. IL y a en effet une récurrence : il faut dénoncer le système de répression des quartiers populaires et la criminalisation de ces familles qui relèvent la tête.

« L’affaire Adama est de plus en plus comparable avec ce qui s’est passé à Villiers le Bel en 2007 avec le comité de lutte pour la vérité et la justice. Deux leaders du quartier, les frères Kamara, ont été criminalisés… il y a eu construction de dossiers, avec des témoins anonymes contre eux. 14 et 17 ans de réclusion criminelle pour eux alors que ce sont des innocents. Aucune preuve. Pareil avec Bagui. »

Samir a également comparé l’affaire à celle d’Antonin, militant de l’AFA, emprisonné depuis le printemps dernier sur la base d’accusations manifestement incohérentes concernant l’affaire de la voiture de police brûlée à République dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail. Samir est lui aussi revenu sur les terminologies qui peuvent être utilisées d’un côté mais pas de l’autre, puisque dans le cas des gendarmes tuant Adama il ne s’agit pas d’assassinat mais de « coups et blessure ayant entraîné la mort sans intention de la donner. »

C’est ensuite Lofti qui s’est exprimé, appelant à venir samedi pour une manifestation de soutien à Beaumont.
« On appelle tous les quartiers populaires à venir en soutien. Ce qui se passe chez nous se passe dans tous les quartiers. »

L’échange avec la salle s’est conclu sur un appel au soutien lancé par Assa : « On a besoin de vous tous, de vous les étudiants. On est dans une dictature assumée. La France divise son peuple consciemment. Il faut que ca s’arrête. Il faut une révolution en France. Comme 67 en Guadeloupe même si ça a bien été caché par la France. Comme 68. Il faut maintenant la révolution des années 2010 ! »

Les poursuites entamées contre Bagui constituent un saut important dans la répression politique que subit la famille Traoré, coupable de vouloir dénoncer des violences banales mais trop souvent tues, commises par la police dans les quartiers populaires. C’est plusieurs dizaines d’années de prison que risque Bagui pour avoir réclamé la justice pour son frère. Dès maintenant, il nous faut amplifier la mobilisation pour exiger la justice pour Adama et l’arrêt des poursuites judiciaires contre la famille. A l’heure où des milliers de lycéens se mobilisent pour Théo, lui aussi victime de violences policières, ne pas laisser cette tentative de criminalisation politique réussir est une question cruciale.




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