Politique

A la veille de l’Université d’été du Medef…

Démission de Macron. En route pour de nouvelles aventures ?

Publié le 31 août 2016

Emmanuel Macron, ex-Monsieur Bercy, est sorti du bois en annonçant sa démission du gouvernement, mercredi, sans se prononcer clairement sur ces ambitions présidentielles. Sa marge de manœuvre, néanmoins, est à l’image de son plan com’, coincé entre la rentrée politique de la droite, en début de semaine, et la conférence de presse de septembre de Marine Le Pen prévue samedi. Il lui en faudra plus s’il veut aller jusqu’aux présidentielles de 2017. Il n’en reste pas moins que, pour François Hollande, son ancien parrain et à l’origine de sa fulgurante ascension, il se transforme en un caillou supplémentaire dans la chaussure du locataire de l’Elysée.

Jean-Patrick Clech

Après nous avoir dit qu’il était « ni de gauche, ni de droite », mais « en marche », Macron s’est empressé de clamer haut et fort sur le plateau du JT de TF1, mercredi soir, qu’il était « de gauche [de par sa] culture, [son] origine, [son] histoire familial ». Cela ne l’a pas empêché de se rendre, aujourd’hui, à l’Université d’été du Medef à Jouy-en-Josas. Bien qu’il se targue de vouloir bousculer les coordonnées politiques, il faudra à Macron un peu plus de tranchant politique s’il veut réellement arriver à la présidentielle. Car là encore, indépendamment de ses dénégations, c’est bien 2017 que vise Macron.

L’hypocrisie comme fond-de-commerce

Social-libéral et droitier convaincu, l’ancien ministre de l’Economie et ancien banquier de chez Rothschild continue, néanmoins, à cultiver l’ambiguïté pour des raisons avant tout politiciennes. Il sait pertinemment qu’il est avant tout populaire chez les plus de 65 ans et chez les sympathisants de droite. Mais une enquête d’opinion est bien différente d’une primaire ou d’une élection et ses potentiels soutiens font avant tout partie de la base sociale et électorale d’un Juppé ou d’un Fillon. D’où la nécessité de continuer à faire le grand-écart, pour Macron, en disant tout et son contraire sur sa localisation sur l’échiquier politique. Mais on ne peut pas faire d’envolées lyriques sur la Pucelle d’Orléans un fond-de-commerce permanent.

Avec des sous mais sans appareil

L’autre obstacle auquel il aura à faire face, c’est que celui qui n’a jamais concouru à la moindre élection, manque cruellement de soutiens réels. Qu’il ait du réseau, personne n’en doute. Qu’il ait accès aux portefeuilles de généreux donateurs, tout le monde le sait. Le seul problème, c’est que pour mener une campagne, il faut davantage qu’un parti 2.0 d’adhérents virtuels et le soutien d’une petite dizaine de parlementaires « socialistes » qui ne constituent, en aucun cas, un appareil. Pour se présenter en 2017, il lui faudra 500 signatures d’élus qu’à lui seul le maire social-droitier de Lyon, Gérard Collomb, principal groupies de Macron, ne pourra réunir.

Le parcours de Macron en vue des présidentielles est par conséquent semé d’embûches. Plus encore du fait que le bilan qu’il présente à ses amis les patrons et à l’électorat est somme toute assez maigre. Certes il pourra se targuer auprès des premiers d’être à l’origine du CICE et de du pacte de Responsabilité aux premiers et auprès des seconds d’être à l’origine de quelques milliers d’emplois directs et indirects dans certains secteurs touchés par la « Loi Macron ». Mais la « Loi pour l’activité, la croissance et l’égalité des chances économiques », passée à grands coups de 49.3, ne saurait à elle seule convaincre le patronat à le soutenir et les sympathisants de droite à voter pour lui.

Hollande comptait les points. Il paie maintenant les pots cassés

La principale victime collatérale de la démission de Macron n’est autre que Hollande lui-même. Jusqu’à présent, les « turbulences » de son ministre de l’Economie lui servait, dans son habituel jeu de billard à trois bandes, pour tenir en laisse Manuel Valls et à compter les points entre les deux hommes. Face aux incartades droitières de Macron, le premier ministre était obligé de recadrer son ministre et de défendre le président. Avec sa démission, Macron cède le rôle du « réformateur » que Valls aspire à jouer. Pour Hollande, il devient, politiquement, un nouveau concurrent, sur sa droite, cette fois-ci, après que Mélenchon, Hamon ou Montebourg ont annoncé leur candidature.

Le départ de Macron représente, après celui de Christiane Taubira, un nouveau rétrécissement de sa majorité pour Hollande, lui qui sait pertinemment que pour passer le cap d’un premier tour il faut, dans une bonne logique Vème républicaine, ratisser le plus large possible. Le locataire de l’Elysée doit pester en ce moment contre ceux qui lui avaient conseiller de ne pas débarquer sur le champ Macron à la suite son meeting de la Mutualité du 13 juillet. Fidèle à son habitude qui consiste à parier sur les faiblesses de ses adversaires plus que sur ses propres atouts, Hollande doit, néanmoins, se réconforter en pensant aux difficultés et aux obstacles qui se dressent sur la route de son nouveau rival.