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« L’odyssée de Rania » : le dangereux voyage vers l’Europe d’une migrante syrienne

Une jeune Syrienne a filmé son périple jusqu'en Autriche, où elle est arrivée en 2016. Un document sobre mais nécessaire pour approcher le quotidien des milliers d'hommes et de femmes qui fuient les bombardements, les exécutions et la misère.

Rania Mustafa Ali est kurde syrienne. Sa vie de jeune adulte, elle la vivait à Raqqa ; mais la ville est devenue la capitale de l’Etat islamique. Pour se mettre à l’abri, la jeune femme a alors rejoint Kobane, territoire libéré par la résistance kurde. A 20 ans, avec un ami, elle décide de prendre la route vers l’Europe pour « avoir un futur » ; sur la suggestion d’un journaliste norvégien qu’elle avait rencontré avant son départ, elle a immortalisé des moments de son périple.La vidéo d’une vingtaine de minutes a été relayée par The Guardian il y a quelques jours.

Le document s’ouvre sur des images de Kobane en ruines. La jeune femme y déambule, confiant à la caméra ses réflexions. « Je pense souvent au fait que pour le reste du monde, ici c’est une zone de guerre – alors que pour nous, c’est chez nous. (…) Je veux un futur. J’ai 20 ans, et je n’ai rien fait de ma vie. (…) Traverser la mer sera effrayant ; mais vivre ici l’est encore plus. » A quelques heures de son départ vers la Turquie, inquiète mais le sourire aux lèvres, Rania montre à la caméra ce qu’elle emmène. Quelques vêtements, une brosse à dents, un coupe-ongles, quelques livres et un cahier, des photos de ses parents et, comme un doudou, ses DVD de Game of Thrones ; le tout tient dans un sac à dos de collégien. La jeune femme sera malgré tout obligée d’abandonner la plupart de ses effets personnels lors du passage de la frontière turque, qu’elle ne pourra pas filmer, mais qui semble avoir été très difficile.

Après la traversée de la Turquie en bus, vient le moment de prendre la mer. C’est ce qui angoisse le plus Rania : elle sait que beaucoup n’en réchappent pas. Finalement, ils seront 52 adultes et une dizaine d’enfants : largement de quoi faire couler le zodiac prévu pour 15 personnes.
Mais même une fois sur la terre ferme, quitter la Turquie se révèlera une mission quasi-impossible : trompés par un passeur, Rania et son ami resteront coincés pendant des semaines dans un camp de réfugiés, dormant sous tente dans la boue et le froid, comme des milliers d’autres réfugiés dont des centaines d’enfants. La vidéo montre les tentatives collectives pour traverser la frontière macédonienne, la solidarité des réfugiés les uns envers les autres et l’aide apportée par des bénévoles, mais aussi les violents refoulements par la police. Le seul moment, d’ailleurs, où on verra Rania pleurer, c’est quand elle sera confrontée aux gaz lacrymogènes et à la brutalité des policiers : après des semaines de voyage épuisant, la jeune femme a encore la force de réclamer qu’on la traite avec humanité. C’est finalement en empruntant 7000€, et en ayant pas mal de chance, que Rania et son ami réussiront à prendre un avion pour l’Autriche en se faisant passer pour des touristes ; une fois sur place, ils seront arrêtés par la police et déposeront une demande d’asile.

Rania est là pour témoigner de son périple. Ce n’est malheureusement pas le cas de tous ceux qui ont tenté le voyage, loin s’en faut : depuis 2012, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 12.000 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée, dont près de la moitié pour la seule année 2016. Un guide d’information pour les familles et leurs soutiens a récemment été édité par l’organisation Boats4People : dans bien des cas, les familles ne réussissent pas à obtenir des informations fiables, et ne savent même pas où est enterré leur proche disparu. La vidéo de Rania Mustafa Ali constitue ainsi un document édifiant sur le parcours du combattant auquel des milliers de réfugiés sont confrontés tous les jours.




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