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Politique

Parricide ou fils putatif ?

La fulgurante ascension d’Emmanuel Macron et ce qu’elle cache

« Souhaitez-vous voir E. Macron jouer un rôle plus important en politique ? », demandait-on à des sondés en octobre 2014. La réponse était négative à 80%, à l’époque. Chronique d’une ascension fulgurante et planifiée.

ULRICH LEBEUF / MYOP POUR LE MONDE

Encore inconnu du grand public il y a trois ans, il n’en allait pas de même pour les milieux d’affaire et la banque, ni même pour le petit cercle de rabatteurs du hollandisme qui intègre l’énarque, banquier de chez Rothschild, à l’équipe de campagne du futur président. Il élabore donc son programme puis se retrouve nommé à l’Elysée, comme conseiller du prince.

C’est en 2014, avec la démission forcée de Montebourg, que Valls suggère de le nommer à l’Economie, croyant ainsi trouver un allié pour consolider sa ligne social-libérale. Le locataire de Bercy aura fini par avoir raison sur celui de Matignon.

Une carrière parrainée par Hollande

Ses détracteurs le disent faux-cul à l’âme de traître. Il n’en est rien. Ou alors c’est qu’il trahi ceux qui veulent bien l’être. C’est en effet couvé et soutenu jusqu’au bout par Hollande, qui vient d’annoncer son soutien explicite en sa faveur au lendemain du premier tour, qu’il aura lancé sa carrière.

Sans n’avoir jamais exercé un mandat électif, il lance son mouvement, En Marche !, répondant à ses propres initiales, en avril 2016. On le présente alors comme un « think tank » pro-Hollande. Tout s’accélère avec son discours de la Mutualité du 12 juillet dernier, lorsqu’il affirme vouloir aller jusqu’au bout. Hollande voit en lui un allié, plus qu’un concurrent ou, en tout cas, un complément et continuateur de sa propre politique. Macron est loin d’être un parricide. C’est le fils spirituel de Hollande.

Un programme dans le sillage du quinquennat

Hollande n’aime guère les « sans-dents » et Macron n’a que le plus grand mépris pour les « ouvriers illettrés » des abattoirs du Finistère. Hollande aurait souhaité dynamiter les 35h et l’instauration des accords d’entreprise l’a rendu possible. C’est Macron, qui lui a soufflé le mot. Il n’y a que l’ISF, marqueur symbolique du vieux mitterrandisme, que Macron voulait faire sauter et qui reste, jusqu’à l’heure, en place.

Dès son entrée au gouvernement et, surtout, après l’été, celui qui est connu (ou plutôt détesté) pour les lois ultra-libérales qui portent son nom bénéficie d’une couverture médiatique sans pareil. En deux ans, entre janvier 2015 et janvier 2017, on écrit sur lui, dans des quotidiens comme Libération ou Le Monde ou des hebdomadaires comme L’Obs et L’Express, près de 8000 articles là où, pour la même période, Hamon et Mélenchon en cumulent, à deux, tout juste un peu plus de 7000.

En Marche ! mais quelques obstacles

Il aura donc réussi à relever son pari en se situant en dehors de la forme parti et du traditionnel clivage droite gauche tout en s’entourant des chevaux de retour de la politique hexagonale issus, parfois, des gouvernements Balladur des années 1990, à l’instar de Jean Arthuis, c’est pour dire. Oscillant entre Jeanne d’Arc et Mao, mais surtout très ancré dans le monde de la finance, une série de patrons ou, du moins, leurs envoyés, font le pari Macron face à Fillon : Bernard Mourad, chargé du pôle médias de SFR, Didier Casas, directeur adjoint de Bouygues Télécom, Pierre Bergé, co-propriétaire du Monde, Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, think tank du patronat hexagonal, Thierry Pech, directeur de Terra Nova, mais également des poids lourds du capital industriel comme Saint-Gobain. On comprend mieux pourquoi les marchés ont salué son arrivée en tête du premier tour.

Macron ratisse large, donc, et se retrouve, comme le titre Libé du 13 avril, à « une marche » du perron de l’Elysée. Restent néanmoins quelques menus problèmes, qu’il lui faudra régler : En marche n’a investi, pour l’heure, que 14 candidats aux législatives, incapable de se déterminer ou d’arbitrer qui devrait être les quelque 570 autres.

Question législative, également, grimper sur le siège présidentiel n’implique pas forcément remporter les élections parlementaires, même si historiquement, sous le régime de la cinquième République, le président élu a quasi toujours obtenu la majorité parlementaire. Cette incertitude liée à la crise des partis traditionnels, et à la crise de régime, la droite compte bien s’en saisir, elle qui lorgne déjà vers législatives. Une cohabitation, même avec la droite, viendrait entraver la mise en œuvre d’une politique ultra-libérale qu’il voudrait orchestrer à partir d’un gouvernement large.

Enfin, même s’il est largement élu, le 7 mai, Macron ne sera jamais que le président qui a recueilli 18% des suffrages si l’on tient compte de l’ensemble des inscrits. Un faible score pour qui souhaite gouverner à coups d’ordonnance. Un score qui n’est pas sans faire penser à la baudruche Bayrou : malgré son excellent score en 2007, le MoDem n’avait jamais réussi qu’à faire élire trois députés dans l’Hémicycle cette même année.

Raison de plus, de notre côté, pour ne pas continuer à laisser le champ libre à l’ascension de Macron et à lui faire obstacle, dès le Premier Mai et dans la rue et nos lieux de travail, dès le lendemain du second tour.




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