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Notre classe

Interview d'un militant de la CGT Cheminots

« Le 10 octobre, à la SNCF et ailleurs, il faut des grèves tous ensemble jusqu’à la victoire ! »

Journée initialement appelée par les organisations syndicales des fonctionnaires contre le gel du point d’indice, le 10 octobre est en train de devenir une journée qui prend de plus en plus un caractère interprofessionnel. Dans le secteur du rail, Sud Rail, FO Cheminots, UNSA ferroviaire et la CFDT Cheminots appellent à la grève le 10 octobre. Des raisons pour manifester ? Contre les ordonnances et la destruction du code du travail, contre toutes les attaques en cours au sein de la SNCF, et tout ce que le gouvernement nous prépare pour la suite. Au moment même où des révélations ont lieu concernant la ministre des armées, Florence Parly, qui aurait touché des salaires faramineux à la SNCF. Révolution Permanente a interviewé Aurélien, militant de la CGT Cheminots, sur la situation à la SNCF et la journée du 10 octobre.

Révolution Permanente : Une journée de grève et mobilisation aura lieu chez les fonctionnaires ce 10 octobre, pourquoi est-il important de se mobiliser et être en grève, en tant que cheminot, ce 10 octobre ?

Aurélien : Les fonctionnaires manifestent pour des revendications qui leur sont propres, en particulier sur le gel du point d’indice ou encore la journée de carence. Cependant, nous pouvons nous servir de cette journée pour envoyer un message fort au gouvernement et à son président : même si nous sommes dans des secteurs différents et que nos revendications diffèrent parfois, nous subissons tous les attaques du gouvernement, un gouvernement qui ne sait faire qu’une chose : voler aux pauvres pour donner aux riches. Si nous nous mettons tous ensemble à revendiquer, le même jour et au même endroit, si on paralyse l’économie du pays, tous au même moment et jusqu’à ce qu’on obtienne satisfaction, gageons que ça peut foutre un sacré « bordel » pour reprendre les mots du président dictateur général. En ce qui concerne les revendications cheminotes, pour le 10 octobre, il ne s’agit pas de nos revendications propres, mais bien de faire tomber ces mauvaises ordonnances, qui sont une attaque contre toute la classe ouvrière. Puisque tous les salariés sont attaqués par un ennemi commun, notre réponse doit être la plus forte, la plus unitaire et la plus interprofessionnelle possible. C’est le seul moyen pour gagner !

RP : Les médias et certains syndicats cherchent à faire passer le message comme quoi les cheminots ne seraient pas concernés par les ordonnances ni les attaques du gouvernement, quelle est la situation à la SNCF aujourd’hui ?

A : Il est de notoriété publique que certains syndicats se bousculent pour être les premiers à signer ce que proposent les gouvernements successifs, quelle que soit leur couleur, afin que leurs « leaders » syndicaux puissent obtenir une place au chaud dans une mission gouvernementale, une fois leur sale boulot de collaboration effectué. Il n’est donc presque pas étonnant de voir qu’une nouvelle centrale syndicale a voulu prendre les collaborateurs habituels de vitesse, puisque leur « leader » arrive au bout de son dernier mandat et il s’inquiète visiblement pour son avenir. Par contre, nous assistons cette année à un fait nouveau, puisque les bases de ces syndicats se rebellent et malgré les premiers appels de certaines confédérations à ne surtout pas aller manifester, nous avons vu de plus en plus de fédérations de ces syndicats ne pas suivre leurs « leaders » qui sont, au final, déconnectés de la base, et appeler, avec un certain succès d’ailleurs, à venir grossir les rangs des manifestations, voire même à faire grève. Ces dissonances ont poussé les confédérations concernées, désavouées par leurs bases, à se positionner contre les ordonnances et il y aura probablement une date intersyndicale à l’horizon, ce qui est une bonne nouvelle, même si cela arrive tard.

Alors, évidemment, les médias les plus lus ou regardés, en bons chiens de garde du capital, martèlent dans toutes leurs éditions que rien ne changera. En particulier à la SNCF : il est pourtant marqué noir sur blanc dans les ordonnances qu’elles concernent les EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial), donc la SNCF, mais comme la plupart des gens ne lisent pas les projets de loi ou, dans ce cas, les ordonnances, les médias, et certains syndicats, ont pu déverser leur désinformation habituelle. Mais cette fois avec plus de mal que d’habitude. Ces médias et ces syndicats disaient déjà pour toutes les contre-réformes précédentes (2007, 2010, 2014 ou encore 2016) que rien ne changerait et en fait tout a changé. Donc les cheminots commencent à se tourner de plus en plus nombreux vers ceux qui ont eu raison trop tôt, ceux qui disaient que tout allait changer, que nous allions tout perdre, que la privatisation avance à grand pas. Par privatisation, il faut comprendre le transfert des cheminots à des entreprises privées. Et si l’on songe à refuser ce transfert, ce sera simplement une cause de licenciement. Et cela est bien concret : il y a tout d’abord la proposition de loi déposée au sénat par Maurey et Nègre, qui prévoit, entre autres, qu’en cas de perte de marché, les cheminots concernés soient transférés  ,ou sinon c’est le licenciement. Les assises de la mobilité ont débuté et vont durer 3 mois. Elles doivent déboucher sur des lois au premier semestre 2018, ce qui n’augure rien de bon pour nous. Et les collègues le comprennent très bien, si bien que la direction commence un peu à paniquer. On l’a vu avec le démenti qu’elle a fait à propos des attaques sur les facilités de circulation. Elle a d’ailleurs été beaucoup plus prompte à démentir que quand il s’agit de nos 150 congés (chiffre qui diffère d’un média à l’autre), de la prime « charbon », de la prime pour absence de prime ou autres billevesées. Et surtout nous voyons que la mobilisation fait peur quand la direction choisit ce moment pour élargir l’obligation de se déclarer gréviste, 48H à l’avance, à plus de 25000 cheminots. Ce n’est pas anodin.

RP : Le 10, au niveau de la SNCF, aussi bien Sud Rail, que FO, l’UNSA ou encore la CFDT cheminots, appellent à la grève, qu’en penses-tu ? Et après le 10, quelle est, selon toi, la stratégie qui permettra de gagner ?

A : Certaines fédérations appellent à la grève, d’autres seulement à manifester. Malheureusement, nous ne sommes pas encore sur un préavis commun au niveau national, avec un appel commun, des tracts en commun et des AG communes, même si c’est ça qu’il faudrait, à minima, pour commencer sérieusement à construire le rapport de forces pour une grève reconductible. Toutes les fédérations, y compris les moins revendicatives habituellement, se sont positionnées contre la loi travail, c’est super, mais maintenant il ne faut pas tarder à se mettre aux travaux pratiques ! Il faudrait que toutes les organisations syndicales se mettent autour d’une table, et proposent un véritable plan de bataille commun. En ce sens, c’est vraiment dommage que la CGT Cheminots n’appelle pas à la grève le 10 qui, sans être non plus la solution magique, aurait pu poser les bases d’une unité d’action pour la suite. Le 12 et le 21 septembre, nous avons été en grève et dans la rue, il faut continuer en ce sens. Et pour gagner après le 10 ? Il faudrait déjà ne pas retourner au travail le 11, ni le 12… il faudrait construire une grève reconductible ! Mais ça ne peut se faire que si tous les syndicats et toutes les professions sont unies contre ce gouvernement et leur président pourris. On entend souvent dire que la grève générale ça ne se décrète pas, et bien justement, je sens que la base pousse, et que si on ne lui donne pas les moyens de faire entendre la colère dans la rue et par la grève, avec les outils que sont les syndicats, elle pourrait se décourager. C’est pourquoi il est important de partir au plus vite sur une grève générale, interprofessionnelle et intersyndicale, avec des manifestations et des actions tous les jours, afin que la classe ouvrière, formidable force de frappe quand elle en a conscience, reste mobilisée jusqu’à la victoire. Il faut faire comprendre au gouvernement que 23 millions d’euros de gaz lacrymogène, ça ne leur suffira pas !




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