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Société

Quand Jupiter choisit ses élus

Le jeune horticulteur devrait bientôt être embauché : Jupiter trouvera-t-il un travail aux six millions de chomeurs restants ?

Le jeune horticulteur tancé par Emmanuel Macron devrait bientôt trouver un emploi des suites du tollé provoqué par la petite phrase de Macron« je traverse la rue et je vous en trouve du travail ». Mais cette fin heureuse pour le jeune homme ne doit pas cacher que le véritable problème est d'une part le chômage de masse qui touche près de 3 millions de personnes, et d'autre part la précarisation accrue vers laquelle Macron entend diriger la société française.

Jonathan Jahan, ce jeune horticulteur de 25 ans qui a interpelé le président lors des journées du patrimoine avant de se voir répliquer qu’il n’avait qu’à « traverser la rue » pour trouver du travail, devrait bientôt parvenir à ses fins. Macron était même allé jusqu’à lui proposer une « reconversion », « dans l’hôtellerie ou la restauration », ou pourquoi pas peut-être « le bâtiment. »

Préparant ainsi par cette phrase anodine la voie à une société inspirée du modèle allemand ou britannique où la précarité constitue la règle et les salariés sont contraints de cumuler plusieurs emplois.

A la défensive des suites du tollé provoqué par sa phrase, l’Elysée aurait mis le jeune homme en relation avec la fédération nationale d’horticulture, qui se serait engagée à lui trouver un emploi.

Une information confirmée par l’intéressé qui a déclaré sur France 5 avoir été « contacté trois fois », puis divulguée par l’Elysée, qui s’en frotte les mains. Car après le sévère mépris de classe affiché par Macron samedi dernier et les vives réactions que sa phrase a suscitées, la macronie espère retourner la situation à son avantage. Comment ? En montrant l’image d’un gouvernement à l’écoute des plus démunis et qui se bat pour résoudre leurs problèmes, et surtout féliciter ceux qui « se bougent » pour trouver un emploi... quitte à interpeler Jupiter en personne qui descendra ensuite du ciel pour offrir un travail à l’heureux élu. Une démarche qui s’inscrit dans la nécessité pour Macron de récupérer sa base sociale sur la gauche, dans un contexte de fortes turbulences pour son gouvernement qui pourraient compliquer l’établissement des réformes voulues dont l’assurance-chômage et les retraites en première ligne.

Car depuis le début du quinquennat les réformes successives n’ont fait que précariser encore et toujours plus les travailleurs. Une politique menée depuis la loi travail XXL jusqu’au plan pauvreté récemment présenté : tout travailleur ayant refusé deux offres d’emploi se verra refuser toute allocation. Un modèle qui cherche à se rapprocher des réformes qui ont été menées depuis des années par les gouvernements britannique et allemand, deux pays où le marché du travail se trouve particulièrement précarisé.
D’autant que ce n’est pas la première fois que l’Elysée se prête au jeu de la communication pour récompenser les "méritants" afin de mieux cacher sa politique de répression envers les plus faibles. Ce dernier exemple en date n’est pas sans rappeler celui de Mamoudou Gassama, ce Malien sans papiers qui avait été régularisé après avoir sauvé un enfant en escaladant un façade au printemps dernier, au même moment où le texte de la loi asile et immigration, visant à renforcer la répression envers les migrants, était divulgué.

Il faut donc "mériter" la nationalité comme on doit "mériter" un travail : belle leçon d’idéologie macronienne.

En définitive, ce cas isolé mis en avant par le gouvernement vise à sa responsabilité sur la question du chômage de masse que connaît aujourd’hui notre pays, et en faire un problème individuel. 
Pourtant, quand bien même les chômeurs accepteraient toutes les offres non pourvues, les statistiques montrent qu’il resterait encore dix chômeurs sur onze... Une solution que seul le partage du temps de travail est capable de réellement résoudre.
Mais pour ça, traverser traverser la rue ne sera pas suffisant, c’est qu’il il s’agira de la prendre désormais.

Crédits : POOL New




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