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Notre classe

102 jours de grève

Les grévistes de l’hôpital Pinel face à un mur : « On nous traite comme de la merde ! »

En grève depuis plus de 100 jours, les travailleurs de l’hôpital psychiatrique Pinel, à Amiens, pensaient avoir arraché une victoire en obtenant une table ronde avec la direction. Mais les grévistes non syndiqués du collectif « Pinel en lutte » ont été refusés à cette rencontre.

Ce mardi 25 septembre était une journée très attendue par les grévistes de l’hôpital psychiatrique de Pinel. En effet, après des mois de silence méprisant de la part de la direction, ils avaient réussi à obtenir l’organisation d’une table ronde réunissant en théorie tous les acteurs impliqués dans ce conflit.

Pourtant, en ce 102ème jour de grève, c’est la douche froide pour ces soignants en lutte : l’Agence régionale de santé (ARS) et la direction refusent que les grévistes non syndiqués, qui sont organisés – au côté de grévistes syndiqués – au sein du collectif Pinel en Lutte, participent à cette rencontre. Ce que les premiers concernés, les travailleurs en lutte, déplorent immédiatement : « On est vraiment très triste aujourd’hui, on pensait que cette table ronde était une victoire, mais pour l’instant c’est mal barré ».

Aujourd’hui encore on nous montre le mépris qu’on a à l’égard du petit personnel, des soignants et des patients, on nous traite comme de la merde !

Une foule se masse alors devant les locaux, composée des grévistes et de leurs soutiens, et les prises de paroles s’enchaînent pour dénoncer cette énième démonstration de mépris de la direction de l’hôpital et du gouvernement envers les grévistes et témoigner d’une souffrance au travail insupportable. Le personnel soignant et les médecins en lutte dénoncent tout particulièrement la ministre Agnès Buzyn et son plan santé 2022, qui vise à détruire le système de soin tel qu’il existe et n’accorde qu’une demie page à la question de la psychiatrie.

« Pour la psychiatrie, à échelle nationale, on ne nous a jamais demandé notre avis à nous les travailleurs sur le terrain, tout se décide dans les bureaux, loin de tout ça, on fait du soin avec la calculette, on ne prend jamais en compte la réalité qu’implique de travailler avec des patients vulnérables, des patients imprévisibles explique une gréviste au micro, devant les centaines de personnes réunies. Notre exigence d’être reçus et entendus aujourd’hui, nous les médecins qui sommes dans ce collectif et qui ne sont pas main dans la main avec la direction, les soignants qui faisons partie du collectif et qui ne sont pas syndiqués, finalement c’était aussi le souhait de faire entendre la réalité, la difficulté du travail sur le terrain. »

Cette souffrance au travail et le manque d’écoute du gouvernement, les grévistes l’ont dénoncé explicitement dans un clip parodique réalisé il y a peu, sur le modèle des grévistes du CHU de Toulouse ayant détourné la chanson Basique d’Orelsan.

Une autre soignante témoigne : « On peut plus faire de soin, on fait du gardiennage » alors que « la seule communication de l’ARS et du ministère de la santé, c’est que nous on est mal organisés ». Un de ses collègues renchérit : « C’est très dur de devoir supporter ça, de ne pas être entendu, de toujours être laissés de côté ».

Lorsqu’ils évoquent leurs conditions de travail désastreuses et l’absence totale d’écoute à laquelle ils s’affrontent, l’émotion des grévistes est palpable. Un médecin en lutte dénonce : « Moi ça me pose des questions graves de me dire que des soignants, des personnes qui sont sur le terrain, auprès des patients, qui sont les mieux placés, les premiers témoins de la souffrance des usagers de la santé – ou en tous cas mieux placés que des bureaucrates derrière leur bureau – soient obligés de faire ce qu’ils sont en train de faire, camper devant l’hôpital par tous les temps, pour dire simplement qu’on est arrivés à une situation catastrophique. »

À la fin de l’après-midi, un syndicaliste présent à la table-ronde résumait la teneur des négociations qui se sont déroulées sans la majorité des grévistes : « Y’a rien. Nous on demandait des mesures tout de suite, y’a rien. Par contre c’est des promesses, mais vraiment rien de concret. »

Mais cette journée aura au moins eu le mérite de démontrer une fois de plus la combativité et la solidarité sans failles des grévistes, qui se soutiennent mutuellement et s’encouragent, mais aussi les liens importants tissés avec leurs soutiens – usagers et travailleurs d’autres secteurs en lutte également.

Ainsi, plusieurs postiers des Hauts-de-Seine, en grève depuis 6 mois, sont venus apporter leur soutien aux travailleurs en lutte de Pinel. « Vous êtes là, on est là, et on est la preuve qu’il y’a de la résistance et qu’ils vont pas réussir à la piétiner ! » martèle Xavier, postier en grève, au micro.




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