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Macron/Trump. La rencontre de deux « chefs de guerres »

Si la presse internationale s’est attardée sur la « poignée de main » virile entre Macron et Trump, la première rencontre entre les deux néo-présidents aura été marquée par deux dossiers chauds. Celui de l’accord de Paris sur le climat et la lutte anti-terroriste.

Macron met mollement Trump en garde sur l’accord de Paris

Si une chose est sûre, c’est que la poignée de main entre Donald Trump et Emmanuel Macron, qui a fait couler beaucoup d’encre à l’international, notamment du côté de la presse américaine, aura été plus énergique que la « mise en garde », si l’on peut dire, de la part du néo-Président français envers son homologue en ce qui concerne l’accord de Paris (COP 21).

Je respecte le fait qu’il ait mis sous revue les accords de Paris. Mon souhait, c’est qu’il n’y ait aucune décision précipitée sur ce sujet de la part des États-Unis d’Amérique

Emmanuel Macron, après sa rencontre avec Donald Trump

Bien sûr, Emmanuel Macron s’est présenté comme un grand défenseur de l’accord de Paris, l’un des points d’orgue de la politique sur le volet écologique de François Hollande, présentant la mascarade de la COP 21 comme une avancée historique. Mais en ne demandant seulement qu’aucune décision ne soit précipitée de la part des États-Unis à ce sujet, on comprend la faiblesse de la mise en garde. En effet, Donald Trump a non seulement placé à la tête de l’agence de protection de l’environnement le très climato-sceptique Scott Pruitt en décembre dernier, mais s’est lui-même fendu de nombreuses déclarations remettant en cause les changements climatiques, allant jusqu’à parler de complot. C’est ainsi que la déclaration d’Emmanuel Macron à la suite de sa rencontre avec Trump tient avant tout de la mise en avant d’une posture pseudo-écologiste, pour la forme.

Un rencontre entre deux « chefs de guerres » prêts à s’entendre sur le terrain militaire ?

Il y a des sujets sur lesquels nous n’avons pas forcément la même lecture, il y a des choix qui ont été faits mais nous avons échangé de manière extrêmement directe, avec une volonté affichée de renforcer notre partenariat et notre coopération en matière de lutte contre le terrorisme

Emmanuel Macron, après sa rencontre avec Donald Trump

Cette déclaration a le mérite d’être franche, et bien plus en phase avec la « virile » poignée de main entre les deux présidents de la 1ere et 5eme puissance mondiale. Mais pouvait-il en être autrement entre un Macron bien décidé à incarner une figure bonapartiste, encouragé en ce sens par Yann Moix dans une tribune récente, et un Trump qui, depuis son investiture, aura fait particulièrement de zèle en ce qui concerne les interventions armées extérieures ?

Avec l’Iran, si jamais ils encerclent nos magnifiques destroyers avec leurs petits bateaux et qu’ils font des gestes envers nos hommes qu’ils ne devraient pas faire, on leur tirera dessus jusqu’à les faire sortir de l’eau.

Donald Trump, New York Times le 9 novembre 2016

Dans un article paru dans Le Monde Diplomatique (n° 758 – 64ème Année. Mai 2017), Michael T. Klare, professeur au Hampshire College, Amherst (Massachusetts) revient sur l’épanouissement de Donald Trump en chef de guerres, revenant sur l’ensemble des opérations militaires du Président américain depuis son investiture. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Donald Trump aura eu à cœur de maintenir sa ligne guerrière. Interventions désastreuses, en terme de victimes civiles au Yémen en janvier dernier, déluge de 49 missiles sur la Syrie le 7 avril, haussement de ton envers la Corée du Nord… Donald Trump a clairement décidé de « montrer les muscles » à l’international, une façon aussi de se donner un peu d’air sur ce terrain tandis que, en ce qui concerne l’application de ses réformes les plus réactionnaires, Trump se retrouve quasi-systématiquement dos au mur sur le plan interne, faisant poindre la possibilité d’une destitution. La politique du Président américain est d’ailleurs on ne peut plus claire pour l’avenir. Trump a d’ores et déjà autorisé le Pentagone à désigner trois provinces au Yémen, comme « zones d’hostilité active », ce qui a permis le lancement de pas moins de 70 attaques de drones. Par ailleurs, des territoires somaliens entiers ont également était labellisés « zones d’hostilité active ». Klare précise dans son article que « les coudées franches » ont été données à l’état-major de Trump « dans diverses zones de combat, comme l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Somalie, la Syrie ou le Yémen ». Des coudées franches qui ne se résument ni plus ni moins par une autonomisation partielle de l’armée pour intervenir militairement.

Il est très important et très utile pour nous d’avoir un peu plus de flexibilité, un peu plus de liberté en terme de prise de décisions. Cela nous permet de frapper nos cibles de manière plus rapide.

Thomas Waldhausser, commandant en chef de l’Africom, New York Times du 30 mars 2017

Emmanuel Macron n’a pourtant pas grand-chose a envié sur ce terrain à Donald Trump. Après avoir remonté les champs Elysées dans une voiture militaire, ce qui est symboliquement très parlant, le nouveau président a non seulement prolongé l’état d’urgence mais a aussi réservé sa première visite africaine aux troupes de de la mission Barkhane au Mali et présenté, ce mercredi, sa task force et son programme anti-terroriste. Une liste déjà longue qui témoigne des velléités du néo-président, d’ors et déjà dans les pas de son prédécesseur en ce qui concerne le volet militaire.

Il n’y a donc aucun étonnement face à la volonté affichée de Trump et de Macron à « renforcer [leur] partenariat et [leur] coopération en matière de lutte contre le terrorisme  », qui sert de prétexte pour bombarder allégrement les populations en Afrique et au Moyen-Orient pour défendre les intérêts impérialistes des classes dominantes étasuniennes et françaises tout en maintenant une chape de plomb sur les classes populaires à l’intérieur de leurs frontières respectives. De ce point de vue, il est tout à fait naturel que le banquier et le milliardaire soient sur la même longueur d’onde.

Crédits photo : AFP / Mandel Ngan




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