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Politique

« Team building » ou unité de notre camp ?

Macron resserre les rangs de ses députés pour agir vite face à la lutte qui s’organise

En ce début de semaine, les députés En Marche étaient tenus d’assister à un séminaire de deux jours pour œuvrer à la « cohésion du groupe ». Une échéance loin d’être anodine, alors que ce qui effraie le plus l’exécutif, c’est la « coagulation » des luttes face à ses attaques, autrement dit, une meilleure cohésion… de notre camp social.

Crédits photos : ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Lundi et mardi, les députés de la République en Marche ont assisté à un séminaire de rentrée ayant pour objectif affiché de souder les rangs du groupe et éviter les couacs à l’Assemblée. L’invitation qu’ils ont reçue de Richard Ferrand – le patron du groupe – parle de « construire une culture de groupe par des moments de cohésion ». Au programme, conçu dans « un esprit très start-up », entre autres activités : un « petit jeu musical », « l’apéritif de nos territoires » ou encore un dîner auquel ont été conviés le premier ministre ainsi que le reste du gouvernement.

Invité surprise de cet évènement organisé aux Docks d’Aubervilliers, le prédécesseur d’Edouard Philippe, Manuel Valls qui s’est incrusté sans mot dire lundi, après avoir déclaré une nouvelle fois sa flamme la veille sur France 2 au président de la république. « Pour mon pays, et pour mes idées, pour les valeurs de la République que je défends […], oui je veux sa réussite et je veux contribuer à sa réussite ».

Derrière les séances de « team building »

Mais ce séminaire, au moment où le gouvernement lance l’offensive contre les plus précaires, est loin d’être anodin. Il s’agit bien évidemment de consolider l’appareil de Macron qui, bien que disposant d’une forte majorité à l’Assemblée, s’appuie sur une base sociale très faible comme le montrent les 55 % de sondés qui soutiennent la mobilisation contre les ordonnances.

Cette rentrée aura montré la volonté de l’exécutif de frapper vite et fort, attaquant tous azimuts différents secteurs, ce qui ne peut se dérouler sans heurt. D’autant plus quand la plupart des députés LREM et des membres du gouvernement n’ont pas derrière eux des années de vie politique. « En juillet, beaucoup s’étaient demandés pendant un mois à quoi ils servaient. Il faut qu’on soit beaucoup plus clairs sur la procédure parlementaire » explique en ce sens l’un des députés présent au séminaire.

Au-delà de la volonté d’éviter des ratés similaires à ceux de l’été – le silence des députés LREM lors des débats, voire leur absence, les déclarations mal orchestrées… – le but est sans aucun doute de resserrer les rangs autour de Macron et Philippe, alors que les ordonnances et autres attaques commencent à provoquer des remous. Le député de l’Eure, Fabien Gouttefarde, le confirme, il s’agit bien, en dernière instance « d’être en ordre de marche pour la grosse bataille législative de l’automne qui s’annonce ».

La peur de la « coagulation » des luttes

Car derrière les murs de l’Élysée et à Matignon, c’est une autre musique qui semble se jouer. D’autres éléments que le manque de cohésion des députés LREM pourraient venir perturber les plans du gouvernement Macron, et en premier lieu, la réussite que fut le 12 septembre. Mobilisation qui a fait sortir dans la rue plusieurs centaines de milliers de manifestants, et notamment la jeunesse alors que les facs n’étaient pas encore rentrées, à niveau plus élevé que ce qui était attendu. Une journée de mobilisation qui avait des allures de premier avertissement, en lieu et place du baroud d’honneur espéré par le gouvernement.

Pourtant, le plan de bataille est encore loin d’être suffisant pour faire plier Macron. En témoigne la succession de dates qui concernent, en décalé, différents secteurs opposés aux ordonnances et autres attaques de l’exécutif : le 21 appelé par la CGT et Sud, la marche de Mélenchon le 23, les routiers appelés à se mettre en grève reconductible le 25, puis les retraités le 28, la mobilisation du public le 10 octobre… Une division des forces loin de répondre aux aspirations au « tous ensemble » de notre camp social.

Certains, comme Gilles Le Gendre, vice-président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, ne préfèrent même pas envisager la possibilité d’une convergence entre les secteurs en lutte : « L’opinion n’est pas dans un état d’esprit de révolte. Nous sortons d’une phase de concertation intense, dans laquelle tous les syndicats ont joué le jeu. Même s’ils ne sont pas d’accord, une stratégie d’opposition frontale serait difficile à comprendre. » Une affirmation qui ne semble pas prendre en compte les limites déjà rencontrées par le « dialogue social sauce Macron » et qui s’est notamment traduit par la mobilisation de différentes fédérations et unions départementales de Force Ouvrière contre la volonté de Mailly.

C’est justement l’idée que toutes ces forces puissent s’agglomérer, au-delà des directions syndicales et politiques qui cherchent à les circonscrire, qui fait trembler le gouvernement. « 220 000 personnes pour une première mobilisation, c’est beaucoup. La coagulation des conflits est un vrai sujet » a ainsi déclaré un ministre, avouant également surveiller avec attention les blocages des lycées parisiens lors des mobilisations, qui peuvent s’avérer être un véritable thermomètre de la grogne dans la jeunesse.

Et parce que le spectre de la « coagulation » des luttes hante le gouvernement, Macron cherche à resserrer les rangs de ses députés, invitant à se taire celles et ceux qui s’étaient réjoui trop vite du manque de répondant des travailleurs et de la jeunesse à la sortie de l’été. Dans la même veine, Cristophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a déclaré : « Le mot d’ordre, c’est vigilance ! »

La nécessité de s’unir dans la lutte

Face à ces signaux évidents de la faiblesse de l’exécutif, qui cherche à appliquer son plan de réformes vite et fort en colmatant ses propres brèches, il est nécessaire de s’organiser pour riposter. Nombreux sont celles et ceux qui se souviennent des limites des journées saute-moutons au printemps 2016, contre la loi El Khomri, et en cette rentrée sociale, l’aspiration à l’unité se fait sentir chez les travailleurs et la jeunesse.

Au lieu des divisions à travers une concurrence ridicule et néfaste entre Mélenchon et Martinez, il est grand temps que ceux-ci avec l’ensemble des syndicats et des forces politiques défendant le camp des travailleurs se mettent autour de la table pour discuter d’un plan de bataille d’ensemble contre Macron. Construisons le « tous ensemble » dans nos lieux d’études et de travail, en organisant des assemblées générales et en expliquant l’ensemble des attaques qui pleuvent sur le monde du travail, les jeunes et les plus précaires.

Le gouvernement craint par-dessus tout l’unité de notre camp social, dans la grève et dans la rue ; prouvons-lui qu’il a raison d’avoir peur, en transformant l’essai le 21 septembre et au-delà !




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