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Société

Insalubrité à Marseille

Marseille. 200 personnes évacuées d’un immeuble des quartiers Nord

Ce lundi, la mairie de Marseille à fait paraître un arrêté « d'insécurité imminente » visant à évacuer le bâtiment A de la cité du parc Corot (quartier nord de la ville). 95 logements seront donc probablement évacués, puisque selon la mairie, les habitants sont gravement menacés par l'état des équipements. Après l'effondrement de deux immeubles en centre-ville, et l'évacuation en urgence de 183 autres immeubles début novembre, voici le nouvel épisode sur l'insalubrité de Marseille et la politique criminelle de la ville.

Crédit photo : Valérie Vrel/LaProvence/MaxPPP

Le 5 novembre dernier, deux immeubles se sont effondrés rue d’Aubagne (quartier populaire de Noailles), faisant un bilan de huit morts. Les réactions de panique n’ont pas tardé, et le drame a entraîné l’évacuation de 183 autres immeubles de la ville (1352 personnes délogées). La grande majorité de ces gens ont donc été logés dans des hôtels. La ville croule sous les signalements d’immeubles depuis la catastrophe d’Aubagne. Une grande indignation populaire s’est faite entendre en réaction, lors de la « Marche de la Colère ». Cette manifestation a réuni 10 000 personnes autour du ras-le-bol du maire Jean-Claude Gaudin (les Républicains), en poste depuis 23 ans et qui tente de gentrifier la cité phocéenne depuis des années. Sans grande surprise, la dispersion des manifestants s’est faite dans la violence et la répression policière.

Le bâtiment A (appelé la verrue par les habitants du quartier) de la cité du parc Corot souffre de dysfonctionnement. Selon l’arrêté, le danger vient de la « présence de nombreux branchements sauvages […] pouvant conduire à des départs de feu » avec des « risques de chocs électriques ». Le texte exige alors que « les fluides de l’immeubles soient interdits d’utilisation ainsi que l’accès à l’immeuble ». Le parc Corot est une copropriété dans les quartiers nord de Marseille, qui souffre de pauvreté et de dégradations depuis longtemps. D’ailleurs, une action était déjà en cours pour cet endroit, élaborée par la Fondation Abbé-Pierre : un système de maisons transportables, installées au pied des immeubles. La ville connaissait les problèmes de la copropriété et n’avait pas les moyens de les reloger (ou ne voulait pas ?), d’où ce projet. Alors pourquoi évacuer le bâtiment en pleine crise, alors que la municipalité est déjà surmenée par les délogés du début de mois ? Le maire cherche-t-il à se racheter, ou bien veut-il tout simplement accélérer les démarches pour que ce problème soit derrière lui ? Sans oublier que si le bâtiment A est effectivement évacué, il ne tardera pas des autres bâtiments de la copropriété d’en être de même. La date de l’évacuation n’a donc pas encore été décidée, puisqu’il faut tout de même prévoir le relogement de ces personnes, sachant que plus de mille autres attendent déjà d’être relogées actuellement. Il faut réunir les services de la ville et le préfet de police, ce qui peut prendre trois semaines avant une décision actée. Soit largement le temps que les immeubles s’effondrent.

On voit que la mairie est complètement dépassée par les événements, quand on a connaissance du manque d’informations que subissent les personnes délogées. La rapidité d’évacuation des 183 immeubles, le manque d’informations et le suivi inexistant, créent une panique justifiée. Certains ne savent pas où aller après l’hôtel (que la mairie ne finance pas éternellement), d’autres ne savent pas quand ils pourront récupérer leurs affaires, et même s’ils pourront les récupérer un jour ; d’autres encore vivent dans la peur permanente d’une catastrophe au vu de l’insalubrité de leur logement : sol incliné, moisissures, murs gondolés, bouts de mur qui tombent, portes qui ne se ferment plus, etc.

L’insalubrité à Marseille

Malheureusement, le problème de l’insalubrité à Marseille n’est pas nouveau, et pour certains des bâtiments évacués, certains était signalés jusqu’à une dizaine d’années… Cela montre bien quelle politique mène Gaudin depuis ses 23 années de mandat. En effet, il n’est pas anodin que ça soit les logements des quartiers populaires qui s’effondrent. Le maire n’a que faire des pauvres, et mène une politique de gentrification sur la dernière grande ville de France qui a encore un quartier populaire en plein centre. Cela se traduit donc par des projets majeurs depuis 20 ans dans le centre-ville, et par une « stratégie du pourrissement » espérant raser puis reconstruire pour les classes plus aisées. Tandis que 40 000 logements marseillais sont considérés comme « potentiellement indignes », les immeubles et hôtels de luxe poussent comme des champignons. Marseille est la ville qui possède le plus de logements insalubres au péril de la vie des habitants, pourtant la municipalité trouve l’argent pour reformater les espaces urbains (ZAD de la Plaine), ou pour refaire des façades exposées au tourisme, sans refaire les logements derrière ces façades.

Selon l’ARS (Agence Régionale de Santé) de la région PACA, le personnel serait mal formé et évaluerait donc mal l’insalubrité, en plus des défauts de mise en œuvre dans les procédures. En vérité on ne retiendra qu’un seul coupable : Jean-Claude Gaudin. Voilà encore une espèce de personnalité politique -certainement pas en voie de disparition- que l’on connaît bien, qui n’est guidée que par ses appétits affairistes de gentrification, au détriment des plus pauvres et de l’intérêt collectif.




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