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Politique

Vous avez dit justice de classe ?

Ouverture d’une information judiciaire : le jugement de Fillon renvoyé aux calendes grecques

Une information judiciaire vient donc d’être ouverte pour François Fillon à l’initiative du Parquet National Financier (PNF). A première vue, on pourrait penser, qu’après plusieurs semaines de tergiversation face à des preuves accablantes, la justice se décide enfin à avancer. Mais c’est en réalité bien tout le contraire : Fillon va pouvoir continuer sa campagne en toute tranquillité et ne sera pas inquiété avant bien longtemps. Explications.

Le PNF a donc décidé d’ouvrir une information judiciaire contre François Fillon pour les motifs suivants : « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique ». Il ne s’agit donc pas d’un renvoi en correctionnelle comme ceux-ci auraient pu décider. Et la nuance est importante. Le dossier va désormais être confié à des magistrats instructeurs, qui vont analyser la demande de saisine de la chambre de l’instruction par les avocats de Fillon, une procédure habituellement très longue. Il est désormais quasiment sûr que celui-ci ne pourra pas être inquiété avant la fin de la période électorale, et même durant 5 voire 10 ans si celui-ci est élu président.
C’est précisément ce qu’espéraient les avocats de Fillon. Plutôt que de se soumettre à la justice, et de faire « confiance à son cours normal », face à l’accumulation de preuves, ceux-ci ont adopté une manœuvre beaucoup plus offensive. La clé de voûte de ce système a été de tenter de délégitimer à tout prix la procédure, en arguant de l’incompétence du PNF, et de son lien trop proche avec l’exécutif, de crier au complot. Ils avaient de plus bénéficié d’une tribune de juristes dénonçant un « coup d’état institutionnel ». Une manière de pousser le PNF à renvoyer le dossier à une autre juridiction comme ceux-ci viennent de décider de faire, en ouvrant une information judiciaire. Et ceux-ci ont été bien aidés en ce sens par la loi tout juste votée ce 16 février qui prescrit tous les faits antérieurs à 2005. En effet, en maintenant la procédure, le PNF courrait le risque de ne plus pouvoir poursuivre Fillon à cause du nouveau délai de prescription. Ils ont donc tranché et ont opté pour la voie la plus favorable à Fillon.
Le candidat de la droite est donc tranquille, il vient de sauver sa campagne à peu de frais. Et son cas permet de donner un exemple remarquable de comment opère la justice de classe. On connaissait les Balkany, Sarkozy et consorts qui échappent sans cesse à la justice, mais le cas Fillon, par sa médiatisation, permet de mettre en évidence le cynisme de ce système juridique. Alors que les preuves s’accumulent, qu’il devient quasiment évident pour quiconque ne dispose pas de connaissances juridiques que l’emploi de Pénélope Fillon était bien fictif (avec ses déclarations sur le fait que celle-ci n’a jamais travaillé pour son mari, ou encore le cumul de deux emplois à temps plein), ou du moins que les preuves étaient suffisantes pour ouvrir un procès, celui-ci va s’en sortir indemne. En cause, un système juridique opaque et complexe qui permet à des avocats de pouvoir passer facilement entre les mailles du filet. Quand on sait à quel point la justice opère comme un rouleau compresseur pour tous les délits mineurs, pour les personnes lambda, cette décision est tout bonnement scandaleuse. Vous avez dit justice de classe ?




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