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Politique

Crise du FN

Philippot et Marine Le Pen : un début de divorce ?

Depuis la fin de la campagne présidentielle, les tensions sont au plus haut entre le numéro 2 et les ténors du parti notamment autour de la question de la sortie de l’euro. Récemment, Philippot a menacé quitté le parti si la sortie de l’euro était supprimée du programme du FN. Une décision « toute à son honneur » a répondu Marine Le Pen…

Il y a un peu plus d’une semaine, Florian Philippot menaçait de quitter le Front National dans le cas où celui-ci supprimerait la sortie de l’euro de son programme. Mesure phare du numéro 2 du parti, elle est au centre des tensions entre les différents ténors de l’organisation frontiste depuis que Marine Le Pen a échoué au second tour. Sa déclaration sur son possible départ en cas d’un changement de cap sur la question de l’euro a été fortement décriée par des cadres du parti qui dénoncent un « chantage égocentrique ». Récemment, il a également lancé sa propre association Les Patriotes, qui n’est « pas un courant » pour rependre ses mots, mais qui est logée à l’intérieur du Front National.

Dans une interview à Paris Première ce lundi 22 mai, Florian Philippot a dénoncé les pratiques de communications du FN sur la question de la sortie de l’euro dans les derniers jours de la campagne. "On a fait croire aux Français qu’il y aurait deux monnaies dans le portefeuille, ce qui était faux, ça n’a jamais été notre ambition (...). Ça a stressé tout le monde". Il s’est ensuite défendu de s’en prendre à l’ex-candidate Marine Le Pen en pointant du doigt les médias qui auraient fait croire que le Front National défendait cette « double monnaie dans les portefeuilles ».

En réaction, Marine Le Pen est revenue sur l’ultimatum lancé par son bras droit. " Si, demain, les adhérents du FN décidaient qu’on doit abandonner cette partie-là [sur la mesure de l’euro], il ne se sentirait plus en accord avec ses convictions, je trouve que c’est tout à son honneur". Derrière la cordialité de ces propos, on peut s’interroger sur la déclaration de l’ex-candidate. C’est bien la première fois que Marine Le Pen envisage une rupture de collaboration avec celui qui a été son principal soutien depuis 2011 et la stratégie de dédiabolisation du parti frontiste. « Elle a très mal pris son ultimatum. Dans la tradition de notre famille politique, on ne dit pas : ‘’si c’est comme ça, je m’en vais’’. Philippot a fragilisé sa situation en tenant ces propos, décrypte un cadre. C’est sa façon de lui dire : Si tu veux t’en aller, la porte est ouverte. ». « C’est la première fois qu’elle prend ses distances avec lui », renchérit un autre élu.

Pour le moment cependant la présidente du parti exhorte ses cadres à rester focalisés sur les législatives, qui doivent recueillir tous les efforts du parti. Après avoir parié dans un premier temps sur un groupe de 40 à 50 députés, un ténor du parti déclare qu’ils s’estimeront heureux si le nombre de 15 députés est atteint. Bien qu’un groupe de 15 députés serait un véritable pas en avant pour le parti qui ne possède aujourd’hui que 2 députés (dont simplement une véritablement encartée), on est loin de l’ambition de départ de constituer l’opposition numéro 1 au gouvernement Macron. « Pour l’instant, on est tous la tête dans le guidon pour les législatives. S’il y a des sujets sur lesquels nous devons avoir des discussions, cela se fera après les élections », balaie Jean-Lin Lacapelle, le vice-président adjoint.

Une chose est sûre, la fin de la campagne aura vu se raviver les tensions internes entre les différentes ailes du Front National au point de devenir une véritable guerre fratricide. Le départ de Marion Maréchal Le Pen, qui n’a rien d’un hasard, n’a pas entraîné la mort de l’aile plus conservatrice et économiquement libérale du parti. Preuve en est, les déclarations de la députée frontiste qui appelle de ses vœux une recomposition pour une nouvelle alliance des droites avec l’aile identitaire des Républicains. Au sujet de Laurent Wauquiez, Marion Maréchal a déclaré récemment dans un entretien accordé à Valeurs Actuelles « on aurait des choses à faire et à faire ensemble ». Une façon de passer au-dessus de sa tante et de travailler pour l’avenir.

Preuve que le Front National n’est pas immunisé contre le « choc Macron » qui a déjà provoqué une profonde recomposition des forces politiques hexagonales, en passant par les Républicains jusqu’au Parti Socialiste. Le congrès du parti, qui aura lieu courant fin 2017, sera l’occasion pour les deux ailes du FN de se mener une lutte à mort pour décider du prochain visage du parti frontiste. En attendant, la direction du parti en la figure de Marine Le Pen tente tant bien que mal de tenir les deux bouts.

Photo : Reuters




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