Monde

Témoignage

Trump, J+1. La haine et la peur libérées.

Publié le 14 novembre 2016

Nicolas-Marie S.

« Je suis militant d’extrême gauche en France. Je ne suis pas blanc. Je ne suis pas hétérosexuel. Je ne suis pas cisgenre*. Aujourd’hui, en lisant tous les témoignages de victimes des haines liées à l’élection de Donald Trump, au beau milieu de mes luttes contre le capital et toutes les oppressions qui le constituent organiquement, un effroi sans précédent m’a traversé.

J’ai eu peur pour toutes ces personnes qu’on appelle tristement « minorités », qui, au sortir d’une société déjà extrêmement cruelle envers elles, se retrouvent dirigées par un individu incarnant la plupart de ces oppressions. Les personnes racisées, les femmes, les personnes dont les sexualités se situent hors de la norme hétérosexuelle, les personnes transgenres ou dont le genre ne s’inscrit pas dans la binarité, les personnes handicapées physiquement ou mentalement, les personnes dont la religion est aujourd’hui pointée du doigt comme un bouc-émissaire et comme un vecteur de haine immense, et tant d’autres dont les haines sont progressivement légitimées par Trump et son vice-président qui se disputent la palme des positions ultra-réactionnaires et conservatrices. Bref, j’ai senti que la peur d’être différent dans un monde de normes et de haine, cette peur et cette haine que je connais bien, étaient désormais un peu plus libérées.

J’ai eu peur, comme j’ai toujours peur, pour toutes les personnes LGBTIAP* qui n’en finissent pas d’appeler à l’aide, d’être isolées, d’être humiliées dès l’école ou le cadre familial, d’être agressées et insultées, et de se suicider. Bien sûr, ce phénomène n’est pas nouveau. Mais quelles voix seront tues, quelles lois discriminatoires seront votées, quels coups et quels cadavres seront portés par une société dirigée par des conservateurs religieux ?

J’ai eu peur pour les femmes américaines. Une peur terrible. On sait bien que Trump n’aura jamais l’âme d’un féministe. Que son vice-président a toujours lutté contre l’avortement (!). Et comment imaginer l’avenir des femmes des femmes battues, violées, et tuées aux États-Unis ? Tout en continuant de réaliser toute la portée d’une culture patriarcale, d’une culture du viol, aux ramifications immenses, opprimant les femmes au quotidien, oppressions physiques et psychologiques qu’on peut à peine quantifier. Le sentiment d’être chosifiée, d’être exploitée et humiliée au quotidien, le sentiment de danger… Que penser de ce phénomène de pussy grabbing (des femmes, des adolescentes et même des petites filles « saisies » par leur vagin par des individus ne faisant qu’« imiter » le président des États-Unis) ?

J’ai eu peur pour toutes ces personnes qui ne répondent pas aux critères de la blanche hégémonie, les personnes racisé.es, les immigré.es, les réfugié.es, les sans-papiers, tout au bas de l’échelle sociale, écrasés par un système complice d’une xénophobie et d’un racisme structurels.

J’ai eu peur pour mes camarades de luttes qui se retrouvent au cœur d’un défi à l’avenir incertain, et aux multiples dangers. Comment apparaître et lutter contre tout ce que peut représenter un milliardaire misogyne, raciste, transphobe, etc. (la liste est longue…), lorsque cet individu arrive au pouvoir ? Comment le bras armé de l’État américain, la police et toutes les formes de répressions physiques envers les voix dissidentes, va-t-il évoluer sous les directions d’un Trump ?

J’ai eu peur pour tous ces gens qui sont toujours abandonnés par ce système, qui ne se sentent représentés par personne, et qui en sont souvent d’une infinie solitude, et qui, parfois, en meurent.

J’ai eu peur, donc. Et, avec cette boule au ventre, je reprends les luttes d’où je suis, dans un pays qui n’échappe pas à cette crise internationale de la représentativité, cette crise organique que guettent les êtres de pouvoir, hommes et femmes providentiel.le.s de paille, qui festoient sur les peurs et les haines d’un protectionnisme identitaire aveugle.

Au détour d’un poème sur lequel je travaille, je note aujourd’hui, la gorge toujours serrée, pour reprendre la lutte politique avec une pleine détermination :

(…)

Mais ta peur brûle comme une torche éclaire

Le visage des amants silencieux

Comme un feu de joie à l’espoir furieux

Aux cendres de l’éclat révolutionnaire

(...)

* Personne cisgenre : Identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance. Terme construit en opposition au terme « transgenre ».

* LGBTIAP : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans, Intersexes, Asexuels, Pansexuels