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Trump : le mélange explosif du risque géopolitique et de l’agressivité économique (III)

Publié le 17 novembre 2016

Trump et la politique étrangère nord-américaine. Entre unilatéralisme américain et équilibre des pouvoirs sur le plan géopolitique, une offensive économique pourrait bien s’exercer contre la Chine, les pays semi-coloniaux et l’Allemagne, principal rival impérialiste. Après la première et la seconde, nous publions ci-dessous la dernière partie de cet article d’analyse.

Juan Chingo

Le crépuscule de l’ordre mondial issu de l’après-guerre

La guerre commerciale et financière entre les principales puissances impérialistes a fait un nouveau saut. Déjà à Bruxelles, l’incertitude a conduit à ce que quelques uns des fonctionnaires de l’Union Européenne reprennent l’idée de la création d’une armée européenne, et à ce que certains eurodéputés commencent à défendre l’idée d’un « euro-nationalisme », opposé autant aux Etats-Unis qu’à la Russie. Nicolas Sarkozy, qui a fini son mandat en rendant à la France son commandement militaire dans l’OTAN, a proposé d’appliquer une taxe carbone de 2 à 3 % sur les exportations nord-américaines si Trump ne respectait pas l’accord climatique de Paris. De la même manière, la pro-nord-américaine Angela Merkel, qui a suivi quasiment sans broncher les sanctions d’Obama contre la Russie – y compris contre les intérêts de quelques unes des grandes entreprises allemandes – a répondu fermement à l’élection de Trump : « L’Allemagne et les Etats-Unis, a t-elle dit, sont unis par les valeurs de la démocratie, de la liberté et du respect de la loi et de la dignité humaine, indépendamment de son origine, de sa couleur de peau, de sa religion, de son genre, de son orientation sexuelle ou de ses idées politiques. Je propose au prochain président des Etats-Unis, Donald Trump, une coopération étroite basée sur ces valeurs. » Pour le centre-gauche démoralisé suite à la victoire de Trump, Angela apparaît comme « le leader du monde libre », expression qui ne peut s’entendre qu’en comparaison avec le président des Etats-Unis.

Les pro-mondialisation déprimés du Financial Times vont plus loin : « L’histoire peut dévier de cours. En 1914, la première ère de la mondialisation a été consumée dans les flammes de la Grande Guerre ; et de nouveau pendant les années 1930, quand les difficultés économique, le protectionnisme et le nationalisme ont alimenté le succès du fascisme en Europe. La victoire électorale de Donald Trump annonce d’autres dangereuses dislocations. ». Cependant, bien que les bases politiques de l’ordre mondial de l’après guerre sont bouleversé, les nouveaux leaders nationalistes ou bonapartistes devront vaincre la résistance de la classe ouvrière pour pouvoir imposer leurs projets.

Combattre les solutions démagogiques souverainistes ou néo-protectionnistes

D’intenses moments de lutte de classe et de grandes défaites historiques du prolétariat dans le monde ont dû avoir lieu pour que la perspective sinistre que présente le Financial Times ne se concrétise. En un sens, le visage le plus brutal de l’impérialisme nord-américain que représente Trump et le soutien de tous les dictateurs et gouvernements conservateurs pro-impérialistes des pays semi-coloniaux, promet le resurgissement d’un anti-impérialisme comme cela ne s’est pas vu depuis des dizaines d’années, commençant probablement au Mexique.

La perspective plus générale qui s’est ouverte est celle de coups d’Etat réactionnaires, mais aussi de crises politiques toujours plus fréquentes, ce qui va offrir des opportunités pour qu’émerge une perspective du prolétariat. Mais cela, si et seulement s’il parvient à dépasser ses divisions raciales, de genre, de nationalité, et qu’il ne prête pas oreille aux démagogues de gauche dont le discours commence à faire écho à celui de l’autre côté du spectre, des nationalistes xénophobes, mais oubliant tous que le problème central n’est pas la contradiction entre mondialisation vs. Etat-Nation dans les pays centraux, mais la faim insatiable de profits des multinationales et du capitalisme.

Dans le cadre de l’exacerbation des tensions sociales, les solutions démagogiques souverainistes ou néo-protectionnistes pourraient se développer mais aussi contaminer certains secteurs de la gauche. Il est ainsi fondamental de dénoncer correctement ce programme réactionnaire qui n’offre aucune voie de sortie aux maux du capitalisme. La vision selon laquelle les délocalisations sont les uniques causes des difficultés auxquelles font face les travailleurs, conduit à deux erreurs graves. La première est que cela est faux, comme l’ont montré différents économistes marxistes qui ont polémiqué avec les arguments néo-protectionnistes : la diminution de salaire en fonction de la productivité est une tendance régulière depuis 1982 aux Etats-Unis, pour ne parler que de la terre d’élection de Donald Trump. Plus important encore, contre l’idée selon laquelle les délocalisations sont la raison exclusive de la régression sociale, il est important de signaler que la clé n’est pas le lieu ou le pays de production, mais le type de division du travail imposé par les multinationales.

Il est fondamental de combattre de manière décidée contre ces idées pour ne pas tomber dans le piège qui consiste à présenter les travailleurs et travailleuses des différents pays comme des adversaires, que ce soit sous la forme d’un nouveau protectionnisme des pays impérialistes contre la Chine, ou contre d’autres pays dépendants ou semi-coloniaux. Plus que jamais face au nationalisme xénophobe, les drapeaux de l’internationalisme prolétarien, si nous parvenons à les faire porter par la colère croissante des exploités du monde entier, sont d’une actualité brûlante.