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Crise de l'eau

Baisse de 53% des réservoirs d’eau en 30 ans : le capitalisme assèche la planète et les populations

D’après une nouvelle étude publiée dans Science, 56% des réservoirs d’eau douce et 53% des lacs ont perdu en volume en trois décennies. Une crise qui va impacter lourdement l’accès à l’eau des populations des pays sous domination, et qui est le résultat de politiques conscientes et destructrices pour les profits du patronat.

Seb Nanzhel


et James Draoust

23 mai 2023

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Baisse de 53% des réservoirs d'eau en 30 ans : le capitalisme assèche la planète et les populations

Crédits photo : le lac Folsom en Californie lors de la sécheresse historique de 2015. Vince Mig

« Des tendances mondiales à l’assèchement plus extensives qu’on ne le pensait »

56% des réservoirs d’eau douce et 53% des lacs ont perdu en volume en trois décennies. C’est le résultat d’une étude publiée dans le journal Sciences le 18 mai, qui porte sur environ 2000 grands lacs et réservoirs, représentatifs de 96 et 83% des réserves d’eau présente dans les lacs et réservoirs à l’échelle terrestre . L’évolution de leurs niveaux sur la période 1992-2020 a été estimée une équipe internationale de scientifiques à l’aide d’observations satellites et de modèles hydrologiques.

Les résultats sont sans appel, et confirment les tendances déjà observées sur la diminution des réserves d’eau à l’échelle mondiale : la quantité d’eau perdue par ces étendues sur la période s’élève à plus de 20 millions de tonnes par ans. En volume cumulé, cette quantité représente ainsi plus de 600 kilomètres cubes d’eau, ou encore l’équivalent de la consommation annuelle totale des Etats Unis.

En tête des causes de ces baisses, le changement climatique et les hausses de températures qu’il entraîne, ainsi que la « consommation humaine » de l’eau.

Les pertes en eau sont concentrées dans l’Ouest de l’Asie centrale, en Inde de l’Ouest et au Moyen Orient, en Afrique et Amérique du Sud, mais également aux Etats Unis, dans le Nord de l’Europe et du Canada, comme il est possible de le constater sur la carte produite par les chercheurs.

Légende : Déclin du stockage d’eau dans les plus grandes étendues, d’ocrobre 1992 à septembre 2020 ; Satellites reveal widespread decline in global lake water storage ; Yao et al.

Si l’étude vérifie une tendance qui fait consensus selon laquelle les zones sèches deviennent plus sèches sous l’effet du changement climatique et de « l’activité humaine », elle soulève un point alarmant sur une tendance à l’assèchement qui serait également à l’œuvre dans des régions humides. « Nos résultats suggèrent que les tendances mondiales à l’assèchement sont plus extensives qu’on ne le pensait auparavant […] Bien que nous confirmions une tendance « les régions sèches deviennent plus sèches », […], nos résultats montrent également un déclin du niveau de stockage des lacs dans les régions humides tropicales et les régions en haute latitude », analysent les scientifiques.

Un quart de la population vit dans une région où les réserves baissent : des conséquences dramatiques sur l’accès à l’eau

87% de l’eau douce liquide de surface est stockée dans les lacs, la tendance à la baisse de leur niveau entraîne dès lors un grand nombre de conséquences : sur certains types de cultures irriguées, la production d’énergie hydraulique, la biodiversité ou encore la capacité terrestre à absorber des émissions de gaz à effet de serre. Les chercheurs indiquent ainsi « [qu’]un déclin étendu du niveau de stockage des lacs, particulièrement accompagné d’une augmentation de leur températures, pourrait réduire la quantité de dioxyde de carbone absorbé et accroitre les émissions dans l’atmosphère étant donné que les lacs sont des points centraux du cycle du carbone ».

Mais les conséquences les plus directes et meurtrières sont sans doute sur la question de l’accès des populations à l’eau. En effet, plus de 2 milliards de personnes ne bénéficient pas d’un accès sûr à de l’eau potable, et le nombre de morts associés est estimé à 1.2 millions par ans.

Une mortalité fortement concentrée dans les pays d’Afrique centrale, ainsi qu’en Asie du Sud, et qui représente 6% de la mortalité dans les pays à bas revenus, jusqu’à 14% au Niger. Les conclusions de l’article laissent présager une aggravation de cette situation pour les populations. Les auteurs relèvent ainsi que 24% de la population mondiale vit dans une région dont les lacs et autres réservoirs s’épuisent.

Légende : carte du taux de mortalité causé par un accès non sécurisé à l’eau en 2019, Our word in Data

Ce que le terme « activité humaine » cache

Entre le pillage colonial et impérialiste, les conflits en résultant ou encore la subordination par la dette, aucune tare naturelle ou malédiction mystique n’est à l’origine de cette situation dramatique sur l’accès à l’eau. C’est au contraire le résultat d’une politique consciente menée pour les intérêts de la bourgeoisie, à commencer celle des pays impérialistes.

Dans Tropic of chaos : climate change and the new geography of violence, le journaliste et économiste Christian Parenti analyse par exemple l’implantation de la Révolution Verte en Inde dans la fin des années 60. « Les experts ont introduit des semences de variétés à haut rendement, des engrais de synthèse, des pesticides, et une irrigation intensive et dépendante des eaux souterraines. […] La Révolution Verte réfère à la diffusion non planifiée de ces méthodes et technologies à travers le Sud Global ».

Derrière les promesses d’autosuffisance alimentaire et de progression sociale des fermiers, « bientôt le coton devint une des principales plantations. L’enjeu n’était plus la sécurité alimentaire mais plutôt les profits du marché international des matières premières. Mais le coton a besoin d’énormes quantités d’eau. En une décennie les rendements commencèrent à chuter et les sols étaient privés de leurs nutriments et saturé de pesticides ».

Ruinés, enfermés dans un mécanisme de la dette dans lequel le coton restait les plantations privilégiées des prêteurs car non comestible donc non consommable directement par les fermiers en cas de mauvaise récolte, ceux-ci ont fait face à une vague de suicides massive. « D’après les données National Crime Records Bureau, 150 000 fermiers indiens se sont donné la mort entre 1997 et 2005 ». Un chiffre très probablement sous-estimé.

Dans le même temps, les terres et les cycles de l’eau se sont retrouvés totalement dégradés, impactant à large échelle la population. Un phénomène aujourd’hui amplifié par le changement climatique dont les bourgeoisies des puissances impérialistes portent l’écrasante responsabilité. De quoi voir d’un autre œil les termes « consommation humaine » ou « activité humaine » invoqués par les auteurs de l’étude comme une des principales causes de la baisse du niveau des lacs.

La population mondiale, à commencer par celle des pays sous domination, paie le prix fort d’une crise de l’eau qui va en s’accélérant. Dans le même temps, l’utilisation irrationnelle de l’eau ainsi que le changement climatique évoquées par les auteurs de l’étude comme les principaux facteurs de la baisse du niveau des lacs sont les conséquences de choix politiques conscients au service de quelques patrons. Dans ces coordonnées, il y a urgence à mettre un coup d’arrêt à ces politiques criminelles. En s’alliant avec les travailleurs, à même de mettre en échec par la grève ce patronat destructeur et les gouvernements qui le sert. Mais également en portant une écologie qui mette au centre la dimension internationale de la bataille et revendique l’abolition de la dette odieuse et des frontières meurtrières, ainsi que les réparations pour le pillage impérialiste et écocide orchestré par le patronat.

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