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Politique

Liberté de la presse

70 journalistes de grands médias dénoncent les tentatives de la police de contrôler leurs tournages

Samedi 28 novembre, jour de manifestation contre les lois liberticides du gouvernement, 70 journalistes et responsables de grands médias ont publié et co-signé une tribune pour dénoncer une nouvelle dérive du service de communication de la police. Ce dernier exige désormais un droit de validation avant la diffusion d'un reportage où figureraient des images de policiers.

mercredi 2 décembre 2020

AFP/STEPHANE DE SAKUTIN

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement donne un avant-goût de ce que pourrait devenir la liberté de la presse si ses différentes lois anti-démocratiques sont définitivement adoptées. Une première tribune intitulée "Nous n’accréditerons pas nos journalistes pour couvrir les manifestations" avait déjà rassemblé les signatures de plusieurs directeurs et directrices de rédactions il y a deux semaines en réaction aux propos de Darmanin insinuant qu’il serait nécessaire de se rapprocher de la préfecture pour couvrir une manifestation.

Mais malgré la sonnette d’alarme tirée par de nombreux médias allant du Canard Enchaîné au Figaro, le ministre de l’Intérieur n’a eu cesse de défendre son projet de loi à l’Assemblée nationale alors que plusieurs journalistes ont été entravés dans leur travail comme l’ont montré les violences policières à l’encontre de Rémy Buisine ou encore les coups portés sur le journaliste syrien Ameer Al-Halbi qui couvrait la manifestation contre la loi Sécurité Globale pour l’AFP samedi dernier alors qu’il photographiait la police qui réprimait des manifestants.

Une nouvelle dérive liberticide du SICOP dénoncée par les médias

Le SICOP (service de communication de la police nationale) exige désormais un droit de validation sur les reportages qui diffuseraient des images de policiers. Cette nouvelle dérive liberticide a entraîné la colère de nombreux journalistes qui ont co-signés une tribune intitulée "En exigeant une validation de nos reportages, les pouvoirs publics veulent s’octroyer un droit à la censure".

En effet, le SICOP demande la signature d’une convention stipulant : "qu’il visionnera l’émission dans sa version définitive, avant première diffusion, dans un délai permettant une éventuelle modification ; sera le seul à valider le contenu produit sur les plans juridique, éthique et déontologique […] ; les enregistrements ne doivent pas porter atteinte à l’image de marque de la police nationale ni comporter de scènes pouvant être considérées comme choquantes ; aucun extrait ne pourra être diffusé sans l’accord exprès du représentant de la police nationale".

Une mesure qualifiée d’inacceptable par les co-signataires de cette tribune, rassemblant des rédacteurs et présentateurs de médias tels que BFM TV, M6 ou Franceinfo, qui affirment qu’ « en exigeant une validation de nos reportages et documentaires, les pouvoirs publics veulent s’octroyer un droit à la censure inacceptable [...] aucun journaliste ayant pour vocation d’informer librement le public ne peut l’accepter ».

Le gouvernement fait mine de reculer, faisons-le plier définitivement

Il n’est pas étonnant que les signataires de cette tribune fassent allusion à l’article 24 de la loi Sécurité Globale sans véritablement le dénoncer et aient comme objectif principal d’être reçus par le ministère de l’Intérieur et de la Justice. Comme l’avait déjà montré le mépris de Darmanin à l’égard de la coordination contre la loi Sécurité Globale lors de leur rencontre, il n’y a rien à attendre d’un gouvernement responsable des violences à l’encontre des habitants des quartiers populaires et des manifestants qui ont constamment été diabolisés ces dernières années par ces mêmes médias "mainstream" préférant relayer les versions policières.

Les mobilisations rassemblant de plus en plus de monde dans la rue ces derniers jours ont ouvert une brèche avec le recul tactique du gouvernement sur l’article 24. Une véritable victoire est possible à condition que la mobilisation continue à s’élargir. Cette dernière ne pourra être que victorieuse si elle dépasse le corporatisme et entend construire un rapport de force pour le retrait de l’ensemble des lois liberticides et racistes. En ce sens, il est important de refuser le piège des négociations et de construire un plan de bataille commun à la jeunesse, qui s’est montrée particulièrement mobilisée ces derniers jours, ainsi qu’au mouvement anti-raciste et au mouvement ouvrier. C’est la condition principale pour faire plier le gouvernement.




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