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Société

Quand la migration, la précarité et la misère dérangent

À Paris, la police enlève les couvertures aux migrants

En pleine vague de froid la police enlève les couvertures aux migrants que vivent dans la rue, en attente d’une place dans les centres d'accueil qui sont débordés. Médecins Sans Frontières a dénoncé ces agissements scandaleux et en guise de réponse le ministre de l’Intérieur a pris la défense de la police. Leire Izargorri

lundi 9 janvier 2017

Depuis la dernière évacuation du campement de Stalingrad, à Paris, début novembre, le gouvernement a annoncé qu’aucun nouveau campement ne serait toléré. Pour parvenir à leur fin, il n’a pas hésité à intensifier les patrouilles et les interventions policières. Ainsi, une trentaine de campements ont été démantelés, uniquement à Paris, et une grande majorité des migrants ont temporairement trouvé refuge dans des structures d’hébergement provisoire.

Néanmoins, la politique du gouvernement vis-à-vis de l’hébergement des migrants et des personnes en difficulté est complètement insuffisante. En ce qui concerne le quartier de la Chapelle, environ 100 à 150 personnes par jour se retrouvent obliger de dormir dehors, sur des périodes plus ou moins longues, en attendant qu’une place se libère dans les rares centres destinés à accueillir et orienter les migrants récemment arrivés.

Migration, précarité et misère dans les rues sont exposées aux regards de tous, visibles. Et ça ne convient pas. Il ne sera jamais toléré que soient montrées les faiblesses d’un pays impérialiste touché et blessé par la crise économique, la précarité, la pauvreté, la « crise des migrants »… Ça dérange. Et comment se débarrasser de cette misère gênante sans s’éloigner de cette image de la France jolie et saine, qu’il faut bien préserver, en particulier dans la période des présidentielles ?

Depuis une dizaine de jours les violences policières se multiplient, notamment dans les quartiers populaires de La Chapelle et de Pajol. Comme si la situation n’était pas déjà assez difficile à vivre dans la rue, avec le froid et la faim, les forces répressives de l’état réveillent les migrants en pleine nuit et leur confisquent leurs couvertures.

Médecin Sans Frontières (MSF) a diffusé un communiqué dans lequel ils dénoncent les faits et assurent qu’en agissant ainsi, les policiers mettent en danger la vie des migrants : « les équipes de Médecins sans frontières ont dû prendre en charge huit personnes proches de l’hypothermie. […] Les policiers harcèlent les migrants en leur confisquant leurs couvertures, utilisant parfois des gaz lacrymogènes pour les disperser, allant jusqu’à leur interdire de s’asseoir dans la file d’attente du centre humanitaire de La Chapelle où ils attendent une place d’hébergement », affirme MSF.

Quand on dit mettre à l’abri les personnes vulnérables, mais qu’on veut dire se mettre à l’abri des personnes vulnérables

Suite à ce communiqué, le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux a immédiatement couvert et justifié les actes de la police : « Il faut arrêter ce sport national de mise en cause des policiers. […] Ce que font aujourd’hui les forces de police, c’est de la mise à l’abri de personnes qui sont vulnérables […] C’est vrai, quelquefois, il peut y avoir une forme de contrainte à mettre à l’abri quelqu’un », a-t-il ajouté.

Quelle meilleure façon de « mettre à l’abri les personnes vulnérables » que de leur enlever leur couverture !? Le message est clair : ne remettons pas en cause la police ! Ne remettons pas en cause les politiques du gouvernement ! Les gaz lacrymogènes, le harcèlement, sont leur façon de « mettre à l’abri » et de « protéger » les personnes vulnérables… Ou plutôt de se mettre à l’abri d’eux ?

Eux qui survivent avec rien, sans abri, ayant souvent pour unique compagnon de voyage l’envie de survivre… survivre à la précarité, à la faim, au froid hivernal, à la solitude et la marginalisation sociale. Ils doivent désormais également survivre à la froideur des politiques du gouvernement, qui n’hésite pas à les harceler et à écraser le peu d’espoir qu’ils ont de rester en vie. Ils doivent désormais survivre à la froideur des mesures répressives de la police, qui n’hésite pas à les gazer, et comme si ça ne suffisait pas… à leur enlever leur couverture !

Il n’y a pas de doutes, pour le gouvernement et la police, migration, précarité et misère ne sont pas bienvenues dans la rue.




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