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Acte 15 à Paris : à quand l’Escape Game des Gilets Jaunes ?

J’arrive sur les Champs Elysées à 12h45. La tête de cortège est déjà en bas de l’avenue, je me dépêche de la rejoindre, curieux de voir la stratégie du jour des forces de l’ordre. Ce sera donc, cordon de tête renforcé et cordons latéraux sur plusieurs points du cortège. Une addition de stratégies des semaines précédentes.

lundi 25 février

Je m’installe inconfortablement dans cette tête qui est tout sauf pensante. On se marche sur les pieds, ça s’insulte entre responsables GJ qui veulent ralentir le rythme et d’autres qui veulent accélérer pour mettre la pression sur les boucliers. L’état d’esprit est déterminé, je ressens une combativité supérieure au reste du cortège. Il est obsessionnellement fixé sur ces cordons de casques dont cette présence, si proche, est une humiliation pour certain, une provocation pour d’autres. Je n’en pense pas moins, j’ai l’impression d’être une donnée numérique dans un jeu vidéo ou le but est de guider un fluide jaune d’un point à un autre en évitant les fuites tout le long du parcours, j’aimerais tant qu’ils perdent ! Game over, insert coin in « Social Game ».

A quelques exceptions, les visages changent assez régulièrement pour une tête. Des Bad boys plus que des black blocs balancent de temps en temps des bouteilles, des cailloux, des pétards de grosse intensité par-dessus nos têtes et curieusement pas de répliques gazeuses ou frappantes systématiques comme ce fût le cas auparavant, on continue.

Alors on gueule des slogans, avec nos tripes, ne nous adressant quasiment qu’aux imbéciles en armures capables d’accepter de faire autant de kms à reculons sous des flots d’insultes ininterrompues. Peu de « macron démission », beaucoup de « Castaner et sa maman » et énormément de « Tout le monde déteste… », « police, milice du capital », « baceux enculés », « laissez-nous passer », « on n’est pas fatigué », « GJ quel est votre métier ? Ahou ahou ahou ». Des petits nouveaux, sûrement improvisés « vous êtes tous des Benalla » ainsi que le fameux « on est là… » qui a toujours autant de mal à prendre vu le nombre de version que j’ai pu entendre. Celle des cheminots restant La version de mon cœur !

A plusieurs occasions on essaye de détourner le cortège vers d’autres horizons mais immédiatement les gendarmes, et leur nouveau fairplay, nous ramènent à de meilleures intentions à coup de pschitt dans ta gueule, mais pas trop. Alors on fait pression, on pousse sans contacts le moindre cm² disponible devant nous. Le soleil est notre allié, en face chez les casques, des perles de sueurs font notre richesse, « on n’est pas fatigué » !

On a même failli compatir avec nos assistants de mobilité urbaine, qui alternaient petites rues ou la pression montait en pointe et les grandes artères ou le risque d’infiltration les paniquaient, alors on jouait pour ne pas qu’ils s’ennuient. Ces équipes sentaient plus la sueur que la peur pour une fois. Quand des BACs ont rejoint les gendarmes j’ai senti un cran de colère monter, une colère d’inquiétude, vraiment pas confiance, on ne les aime pas.

J’ai eu l’impression, dans cette tête de ce cortège, qu’on se parlait moins qu’ailleurs. Je n’ai pas eu ou entendu de discussion sur l’actualité médiatique ou les sujets récurrents des GJ, on ne parlait presque pas ou alors de ce qui se passait immédiatement autour de nous. Une envie de victoire immédiate frustrée par la réalité de chaque instant, chaque mètre parcouru. Tout me semblait n’être en rapport qu’avec nos cordons bleus et leurs températures de cuisson.

Je n’ai pas voulu participer à la séance de Gaztaner hebdomadaire alors je me suis arrêté à Alma Marceau pour regarder passer le cortège qui n’en finissait pas. J’ai pris le métro vers 16h30 avant que la fin n’approche, impressionnant. Une fois rentré j’ai exécuté le rituel du BFM, LCI, Cnews et autres fuck news puis les lives Facebook.

J’ai vu les incidents du Trocadéro, le coup de pied au visage, puis j’ai entendu parler de la cacatov… Ras le bol de ces dispersions violentes ! On devrait se disperser avant, enlever nos GJ et nous retrouver sur les Champs, ça me convient mieux de me faire disperser là-bas. Justement je tombe sur un live qui me permet d’avoir la fierté de voir les GJ descendre les Champs-Elysées, encore une fois en fin de journée ! Seul moment de liberté même si je n’y étais pas. Ce sont ces petites victoires désordonnées qui marquent le plus de points, quand BFM se congratule que c’est fini et que soudain, oops des manifestants descendent les chants édifiés sur ces Champs Elysées « macron démission », je vais passer une bonne nuit de courbatures.

Meuh de toute façon, ce samedi-là, j’aurai préféré allez voir les vaches en visite au salon à Paris. Il faudrait sûrement qu’on apprenne à disparaître d’un coup, boum plus de GJ, et on réapparaît ailleurs. Un peu comme un UTGJ. Une déclinaison de l’UTMB, Ultra Trail du Mont-Blanc, sans les 170 kms à courir et ses 10 000 mètres de dénivellation positive mais plutôt 10 – 15 kms et 5 000 casques à franchir.

Parcours d’orientation :
Des points de passages ordonnés sont déterminés dans Paris.
Au top départ chacun se débrouille par les rues qu’il veut pour atteindre le point de passage 1 où il recevra un tampon pour preuve, etc. pour les points de passages suivants jusqu’à l’arrivée ; où les 100 premiers gagneraient le droit de montrer leurs fondements à BFM & co !

Quitte à piétiner dans les rues autant que ce soit marrant et débordant, d’envies. Oter son GJ est admis, d’ailleurs tout est permis ; métro, trottinettes, panier à salade… Le but étant d’être les premiers à se marrer selon cette devise de Bernard : « l’amour comme épée, l’humour comme bouclier ».

Parce qu’on a déjà gagné ! on est là ! Et nous serons là samedi prochain déterminés à remporter cette expression : « de guerre lasse ».

mbdad




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