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Politique

Les municipales en ligne de mire

Acte II du quinquennat : les enjeux du discours d’Édouard Philippe devant le Parlement

Ce mercredi, à 15h, Édouard Philippe doit prononcer devant l’Assemblée nationale un deuxième discours de politique générale, pour acter un « acte II » du quinquennat. L’enjeu pour le gouvernement : reprendre la main sur l’agenda politique et tenter de rapprocher les élus de droite.

mardi 11 juin

Crédits Photo : Christophe Archambault

Un mois et demi après le discours post-Grand Débat d’Emmanuel Macron et deux semaines après les résultats des Européennes, le gouvernement veut tenter de reprendre en main l’agenda politique et de fixer un nouveau calendrier de réformes. C’est pour cela qu’Édouard Philippe a annoncé ce discours de politique générale prévu pour 15h, à l’issue duquel il engagera sa responsabilité devant l’Assemblée nationale. Évidemment, avec un groupe parlementaire LREM composé de plus de 350 élus sur les 577 qui constituent la chambre basse, le gouvernement ne court aucun risque de devoir démissionner. L’enjeu pour Édouard Philippe est en réalité tout autre : non seulement compter ses forces, mais aussi préparer les municipales, en forçant tous les groupes politiques à se positionner vis-à-vis de la politique gouvernementale, notamment les groupes du centre et de la droite.

Car les municipales sont belles et bien dans le viseur : ce discours devrait présenter le programme des réformes du gouvernement jusqu’aux municipales, avec un agenda qui s’étalera de cet été au printemps 2020. De nombreuses réformes devraient ainsi être présentées : évidemment, la réforme des retraites, mais aussi la question de la PMA, ou encore les promesses de décentralisation de Macron à l’issue du « grand débat ». L’exercice est risqué pour le gouvernement, du fait de l’explosivité de certaines réformes, notamment celles des retraites. À ce titre, les premières annonces, comme celle d’un « âge-pivot » autour de 64 ans, qui serait ni plus ni moins qu’une annonce du recul de l’âge de départ à la retraite, suscitent déjà le rejet de nombreux salariés, dans un contexte où le mouvement des Gilets jaunes n’est pas fini. Cette déclaration est donc plus que risquée pour le gouvernement, non pas au plan parlementaire, mais au niveau de l’opinion publique.

Pourtant, Édouard Philippe est pressé par les évènements : l’effondrement des Républicains aux Européennes a accéléré la décomposition de la droite, et l’exécutif essaye de tout faire pour ramener dans son giron un certain nombre de cadres du parti au sein de LREM, notamment toute l’aile des « Républicains constructifs » qui était née après les présidentielles. Derrière cette tension de l’exécutif, la nécessité d’élargir leur base sociale, toujours aussi faible, en s’appuyant sur l’électorat traditionnel de la droite, et si possible avec les cadres politiques qui vont avec. « C’est l’occasion de voir qui nous soutient. Des députés disent qu’ils veulent travailler avec nous. A eux de le confirmer par leur vote », a expliqué au Monde la députée LREM de l’Essonne, Marie Guévenoux, une proche du premier ministre. Une sorte de chantage à la droite, qui conditionne des listes communes pour les Européennes à un soutien lors de ce scrutin, central pour les Républicains, qui ont tout à perdre dans ces municipales, qu’ils avaient gagné lors du précédent scrutin, en 2014, raflant quelques grandes villes au PS (notamment Toulouse, Reims, Saint-Étienne, Angers, Limoges ou encore Tours).

Si Emmanuel Macron cherche aujourd’hui à redevenir le « maître des horloges », sa première opposition, les Gilets jaunes, continue à faire prendre au gouvernement des risques importants, qui pourraient plus fragiliser celui-ci que le consolider. D’où la volonté de rééquilibrer le couple Macron-Philippe en exposant plus ce dernier, dans la perspective plus lointaine des présidentielles de 2022. Car malgré les scores des Européennes, avec les Gilets jaunes, c’est Macron qui a cristallisé toutes les colères. En somme, comme l’explique Guillaume Chiche, député LREM des Deux-Sèvres : « Il doit être un vrai bouclier pour le président, comme cela a toujours été le cas des premiers ministres sous la Ve République. »




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