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Répression

Affaire Palmade : Darmanin instrumentalise pour lancer une nouvelle campagne répressive « anti-drogues »

Gérald Darmanin profite de la forte médiatisation de l’affaire Pierre Palmade pour renforcer sa politique anti-drogues. Le gouvernement, habitué à récupérer les faits divers pour introduire de nouvelles lois répressives, prévoit cette fois d’augmenter les peines encourues en cas de conduite sous l’emprise de stupéfiants.

Mathias Lecourbe

22 février 2023

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Depuis la semaine dernière, une vague réactionnaire déferle autour de l’affaire Pierre Palmade, mis en examen pour homicide et blessures involontaires après avoir conduit sous l’emprise de stupéfiants et provoqué un grave accident. Le drame aux lourdes conséquences, les trois membres de la famille étant encore hospitalisés et une femme ayant perdu son bébé dans l’accident, a en effet donné lieu à une sordide campagne médiatique se délectant des détails de l’histoire.

Darmanin lance une énième offensive anti-drogues

Une situation que le ministre de l’Intérieur s’est empressé d’instrumentaliser. Gérard Darmanin a en effet annoncé ce dimanche 19 février dans le JDD vouloir rendre systématique le retrait du permis en cas de conduite sous l’emprise de drogues et introduire un délit « d’homicide routier ». Il s’est aussi vanté que le nombre de contrôles routiers « anti-drogues » ait doublé cette année, atteignant le nombre de 800 000 en 2022, et en promet 1 million pour 2023.

Une sortie opportuniste, dans la continuité d’une politique réactionnaire, qui stigmatise les usagers de drogues et légitime un renforcement de la législation répressive. Comme le relève Me Julé Parade, avocat spécialisé dans les accidents de la route interrogé par RTL : «  Depuis qu’il est en poste, on n’a pas beaucoup entendu Gérald Darmanin sur la sécurité routière. » En revanche, Darmanin a lancé une offensive anti-drogues répressives, généralisant les amendes forfaitaires de 200€ pour consommation de drogue, augmentant les effectifs policiers ou mettant en place des amendes contre les « guetteurs ».

Une offensive qui cible particulièrement les quartiers populaires et renforce leur criminalisation. Expliquant, « qu’il n’existe pas de drogue récréative : il n’y a que des drogues mortelles », Darmanin a d’ailleurs opposé les usagers de drogue, qualifiés de « délinquants », aux « gens qui travaillent », pour lesquels il propose de mettre fin aux sanctions pour les petits excès de vitesse…

Offensive réactionnaire et deux poids deux mesures

Le discours de Darmanin passe sous silence le fait que les tests anti-drogues utilisés par la police ne permettent pas d’attester si la personne contrôlée est actuellement sous l’emprise de stupéfiants. La drogue illicite la plus consommée en France qu’est le cannabis restant détectable dans la salive pendant plusieurs jours->https://www.franck-cohen-avocat.fr/blog/tout-savoir-sur-test-salivaire.html], ceux-ci permettent ainsi de sanctionner la présence même de traces de substances dans l’organisme, y compris quand l’usager n’est plus sous effet depuis longtemps. En outre, il simplifie la réalité, niant le caractère extrêmement multifactoriel des accidents de la route, qui ne dépendent que de façon minoritaire d’infractions volontaires.

Surtout, si la sécurité routière est un enjeu central, beaucoup ont souligné le deux poids deux mesures affiché vis-à-vis de l’alcool, qui souligne le caractère essentiellement « anti-drogues » de l’offensive. Dans son interview au JDD, Gérald Darmanin a choisi de minimiser cette question, utilisant des chiffres ambigus : « 16 % des contrôles de l’usage de stupéfiants au volant se sont révélés positifs contre 3 % de ceux concernant l’alcool. (…) Environ 600 personnes meurent chaque année dans des accidents de la route liés aux stupéfiants ». Une déclaration qui passe sous silence le fait que le nombre d’accidents causés par l’alcool s’élèvent à plus de 1000 chaque année.

Une position sur laquelle Darmanin a dû reculer partiellement face aux critiques, tweetant dimanche même « je veux retirer le permis de ceux qui conduisent sous drogue/alcool car ils sont des dangers en puissance », avant de laisser son entourage préciser qu’un seuil, « par exemple supérieur à 0,8 g/litre de sang » était en cours de discussion..

Le fond de la logique de Darmanin est en tout cas clair : il ne s’agit pas de mettre fin à des accidents mortels et de renforcer la sécurité routière, mais de trouver un nouveau prétexte pour renforcer la répression et lancer une campagne populiste comme il en a le secret. Une campagne qui aura pour effet de renforcer le harcèlement policier auquel doivent faire face les habitants des quartiers populaires, en particulier lorsqu’ils sont racisés, et exposera ceux qui consomment parfois des drogues prohibées à un risque de retrait de permis, alors même que c’est un document coûteux à obtenir et souvent nécessaire pour pouvoir travailler depuis des quartiers mal desservis par les transports en commun.

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La sécurité routière et l’addiction : deux problèmes qui ne peuvent trouver une issue que par la prévention

À rebours de la réponse répressive de Darmanin, les problèmes publics de la sécurité routière, d’une part, et de l’addiction aux drogues, d’autre part, nécessitent une réponse sur le plan social. Pour réduire les risques d’accidents de la route, le développement des transports en commun et la réduction du temps de travail, de sa pénibilité et du stress qu’il génère, sont par exemple des enjeux importants, que le gouvernement se garde bien de mobiliser.

Surtout, la criminalisation de l’usage des drogues tend à renforcer le tabou qui l’entoure et donc l’isolement des usagers ayant des comportements addictifs. Alors que la France est le pays européen où le cannabis est la drogue à la fois la plus consommée et dont l’usage est le plus lourdement réprimé, sa légalisation serait un point de départ pour la mise en place d’une véritable politique de prévention. Une prévention qui permette d’agir sur les leviers structurels de l’addiction : la précarité, la souffrance due à l’exploitation et aux oppressions spécifiques, contres lesquels ce gouvernement n’a aucune intention de lutter.


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