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Le massacre continue

Après la trêve, l’offensive d’Israël dans le sud de Gaza annonce un nouveau massacre

Après la trêve, Israël vient de lancer son offensive terrestre dans le Sud de la bande de Gaza, bombardant le camp de Chadjaya et faisant entrer ses chars dans la ville de Khan Younis. Une nouvelle étape dans l’opération de nettoyage ethnique qui renouvelle l’urgence de la construction d'un mouvement massif de solidarité avec le peuple palestinien.

Irène Karalis

5 décembre 2023

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Après la trêve, l'offensive d'Israël dans le sud de Gaza annonce un nouveau massacre

Crédits photo : capture d’écran reportage AFP

La trêve aura été de courte durée. Elle a été à la fois le résultat de la politique israélienne pour faire libérer des otages mais surtout le produit de la pression des soutiens impérialistes au sein desquels la mobilisation de masse s’est fortement développé comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, pointant la responsabilité des dirigeants et du régime dans le massacre colonial. Depuis vendredi dernier, celui-ci a repris de plus belle. Ce samedi 2 décembre, le bombardement du camp de Chadjaya a constitué l’un des pires massacres depuis le début de la guerre, faisant plus de 300 morts. L’armée israélienne a lourdement bombardé le sud de la bande de Gaza et étendu son offensive terrestre entre vendredi et dimanche, avant de faire entrer ses chars dans la ville de Khan Younis ce mardi.

Mais cette nouvelle phase de la guerre n’est pas sans contradictions. Sur le plan militaire, d’abord, l’armée israélienne ne peut pas réitérer le même schéma tactique que dans le nord de Gaza, le Sud étant très densément peuplé de civils, et notamment de ceux déplacés du nord. L’armée pourrait donc procéder par étapes, en commençant d’abord par la ville de Khan Younis, considérée comme un bastion du Hamas et comme un symbole, en forçant les habitants de Gaza à se réfugier dans des zones désignées. Par ailleurs, des combats dans une zone aussi densément peuplée pourraient s’avérer dangereux pour les troupes israéliennes.

Sur le plan politique, ensuite, le gouvernement israélien doit ménager ses soutiens. Au niveau international, en plus d’aboutir à une trêve des massacres, le mouvement de rue a aussi poussé Joe Biden à discuter d’un changement de stratégie et de moins cibler les civils – pour des questions évidentes d’image plus que d’un quelconque intérêt pour les vies humaines. Le président américain a ainsi affirmé le premier jour de la trêve avoir « encouragé le premier ministre à s’efforcer de réduire le nombre de victimes tout en essayant d’éliminer le Hamas, ce qui est un objectif légitime ». Une recommandation que le gouvernement israélien ne semble pas prompt à mettre en œuvre, le massacre de Chadjaya ayant montré sa volonté de massacrer le plus de populations civiles possibles. Le bureau humanitaire de l’ONU a affirmé que ces derniers jours avaient été marqués par « certains des bombardements les plus intenses à Gaza jusqu’à présent ». Brian Finucane, ancien conseiller juridique au département d’État, explique ainsi auprès du New York Times : « Je n’ai pas l’impression que les nouvelles opérations israéliennes soient très différentes des précédentes en termes de minimisation des risques pour les civils. »

Alors que le Sud de la bande de Gaza concentre environ quatre cinquièmes des 2,3 millions d’habitants de Gaza, dont beaucoup viennent du nord, l’opération lancée par Tsahal promet d’ores et déjà une situation catastrophique. Selon le New York Times, Thomas White, directeur à Gaza de l’UNRWA, l’organisme des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, a ainsi déclaré mardi que des quartiers abritant 600 000 personnes avaient reçu l’ordre d’être vidés. Une telle évacuation pourrait conduire un demi-million de réfugiés supplémentaires à Rafah, ce qui doublerait le nombre de personnes déplacées et réfugiées dans cette ville déjà pleine à craquer. Lynn Hastings, coordinatrice de l’aide de l’ONU pour les territoires palestiniens, alerte dans un communiqué : « Si cela est possible, un scénario encore plus infernal est sur le point de se dérouler, un scénario dans lequel les opérations humanitaires pourraient ne pas être en mesure de répondre. »

En apparence, Israël affirme vouloir tuer le moins de civils possible. Le gouvernement israélien a ainsi publié une carte en ligne qui divise la bande de Gaza en plusieurs centaines de « zones sûres » pour évacuer les habitants de Gaza vers des zones en « sécurité ». Selon Matthew Miller, porte-parole du département d’État étasunien, la publication de la carte représente « une demande d’évacuation beaucoup plus ciblée » et constitue « une amélioration par rapport à ce qui s’est passé auparavant ».

En réalité, beaucoup d’habitants de Gaza n’ont même pas accès à la carte, n’ayant accès ni à l’électricité ni aux services d’Internet. Lundi, Paltel, le principal fournisseur de télécommunications à Gaza, a ainsi annoncé que toute connectivité dans le territoire était à nouveau perdue. De plus, le New York Times explique que ceux qui ont déjà évacué les zones conseillées se sont retrouvés dans des zones déjà surpeuplées, sans abri ni toilettes. Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch pour Israël et la Palestine abonde dans le même sens auprès du journal américain : « Même si l’on vous dit que cette zone est relativement sûre, les frappes aériennes continuent de toucher pratiquement toutes les parties de Gaza ». Selon lui, le fait qu’Israël continue d’utiliser des bombes et de l’artillerie lourde dans des zones densément peuplées « amplifie le risque de mort des civils ».

Le gouvernement israélien justifie ces massacres en affirmant que les combattants du Hamas se mêlent à la population civile et l’utilisent comme bouclier humain. En réalité, et si le nombre de morts depuis le 7 octobre ne suffisait pas pour le prouver, des enquêtes montrent la volonté consciente d’Israël de commettre le plus de morts civils possibles pour instaurer un climat de terreur. Une enquête du magazine israélien +972 et de The Guardian, menée sur la base d’entretiens avec des officiers israéliens en fonction et d’anciens militaires en désaccord avec la stratégie de Tsahal, révèle ainsi l’utilisation de la plateforme Habsora, qui « utilise des outils automatiques pour produire des cibles à un rythme rapide [...] en améliorant le renseignement [...] avec l’aide de l’intelligence artificielle. » Ce logiciel permet à l’armée israélienne de démultiplier le nombre de cibles possibles et le nombre de victimes civiles autorisées dans le cadre d’une attaque pour cibler un seul responsable du Hamas serait passé de « dizaines de morts » à des « centaines » selon +972. À titre d’exemple, la destruction d’immeubles entiers lors du bombardement du camp de réfugiés de Jabaliya le 31 octobre visait selon l’armée « l’un des dirigeants de l’attaque terroriste du 7 octobre ». 126 personnes ont alors été tuées.

Or, plus l’armée israélienne tue des civils palestiniens, plus le soutien inconditionnel à l’État d’Israël risque de s’éroder. Le journal The Economist pointe ainsi que des responsables israéliens de la sécurité admettent que l’armée doit se dépêcher d’agir avant que leur « fenêtre de légitimité » ne se referme.

Sur le plan national enfin, la question des otages demeure une contradiction importante pour le gouvernement israélien, alors que 136 d’entre eux sont encore détenus à Gaza. The Economist pointe ainsi : « Israël est parfaitement conscient que le temps et le soutien à son offensive dans la bande de Gaza s’épuisent et qu’il a un ensemble d’objectifs impossibles à atteindre avant que cela ne se produise », affirmant que « la tension entre les objectifs de guerre déclarés d’Israël - détruire les capacités militaires du Hamas et le chasser du pouvoir à Gaza - et le sauvetage des otages devient de plus en plus aiguë ». De fait, l’armée israélienne fait aujourd’hui face à une combinaison d’attentes inconciliables : celles des responsables politiques et de l’opinion publique qui veulent qu’elle détruise le Hamas, celle des familles des otages qui veulent que ces derniers soient libérés et celle des puissances internationales qui veulent éviter l’escalade régionale pour ne pas s’embourber dans un nouveau front alors que leur attention est déjà occupée en direction de la Russie et de la Chine.

L’offensive dans le Sud de Gaza réouvre surtout durement l’absence de solution politique de la part de l’armée coloniale. Les Etats arabes s’opposent à l’accueil de réfugiés gazaouis et Israël semble déterminé à aller au bout de son projet de nettoyage ethnique. Il est urgent que le mouvement de solidarité internationale s’élargisse. Et d’abord dans les rues des pays arabes, mais aussi avec l’appui des rues des pays impérialistes. C’est le meilleur appui que nous pouvons apporter pour l’auto-détermination du peuple palestinien à l’heure où Israël veut lui porter un coup décisif.


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