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Monde

Argentine. 80 jours après sa disparition : où est Facundo Castro ? 

Facundo Castro, 22 ans a été vu pour la dernière fois le 30 avril, retenu, par la police. Ce jeune habitait avec sa mère à Pedro Luro, province de Buenos Aires, et alors qu’il était parti voir son ex petite amie en violant le confinement, il a été retenu par la police avant d’arriver à destination.

mardi 21 juillet

Le cas de Facundo fait polémique en Argentine. En effet dans ce cas, le plus inquiétant reste les discordances des faits entre les témoignages des civils et ceux de la police de Buenos Aires. 

Cristina, la mère de Facundo, raconte qu’après l’avoir appelé sans succès plusieurs fois, il lui a finalement répondu : « Maman, tu ne sais pas où je suis. Maman, tu ne me reverras plus ». Ses dernières paroles. En effet, des témoins affirment l’avoir vu pour la dernière fois en train de monter dans une voiture de police. Cependant ces trois témoignages ne sont pas pris en compte par les policiers pour la recherche du jeune homme. La propre mère du jeune a ouvertement dit qu’elle suspecte des policiers de dissimuler les faits.

Durant les premiers mois, c’est la police de Buenos Aires qui mené l’enquête, celle-là même qui est suspectée. C’est pour cela que de nombreux manifestants sont sortis pour exiger des réponses et c’est le député du FIT (Front de Gauche des Travailleurs, coalition d’extrême-gauche révolutionnaire), Nicolás del Caño, qui a porté l’affaire au congrès, très oubliée par les autorités argentines. Et c’est grâce à cette grosse pression exercée par la mère et ses soutiens que le 9 juillet – plus de deux mois après la disparition de Facundo- l’hypothèse d’une disparition forcée est acceptée et la police « bonaerense » (de Buenos Aires), sera écartée de l’enquête, transmise à la justice fédérale. Une demande à laquelle le Ministre de sécurité de la Province de Buenos Aires, Santiago Berni - un kirchnériste comme l’actuel président Fernandez - a tardé à répondre. 

Ceci n’est pas un cas isolé, avec le renforcement des forces armées pendant le confinement dans tout le pays, d’autres cas semblables ont eu lieu. Comme celui de Luis Espinoza à Tucuman (dans le Nord-Ouest du pays), disparu après sa détention illégale et retrouvé mort quelques jours plus tard. Un autre cas est celui au Chaco où la police a retenu et torturé des jeunes de la communauté Qom, dont les femmes ont été menacées de viol.
Ce n’est donc pas une nouveauté, depuis le début du confinement les cas de brutalité et de répression policière ont augmenté de manière alarmante avec l’excuse de la pandémie. Un phénomène qui s’inscrit dans une histoire et une tradition des institutions répressives en Argentine.

Depuis la dictature à la restauration « démocratique », des disparitions forcées ancrées dans la tradition argentine ?

Des organisations comme celle des Mères de la Place de Mai ont montré toute leur solidarité avec la mère de Facundo et exigent des réponses de l’Etat argentin. Les Mères de la Place de Mai est une association des mères argentines dont les enfants ont disparu pendant la dictature. Fondée le 30 avril de 1977, où ces mères marchent tous les jeudis sur la Place de Mai avec des photos de leurs enfants disparus, pour exiger qu’on les retrouve. Ces manifestations acquièrent une renommée internationale et permettent au monde de connaître les crimes qui avaient lieu en Argentine. 

En effet, on dénombre près de 30.000 disparus sous la dictature notamment du fait de la célèbre « triple A » (Alliance Anticommuniste Argentine »), à l’origine d’assassinats de guérilleros, de syndicalistes, de communistes et d’étudiants mobilisés. C’était un terrorisme d’Etat basé sur la disparition : s’il n’y a pas de corps, il n’y a pas de crime.

Cependant, cette logique s’est poursuivie sous la « démocratie », comme le démontrent les nombreux cas de disparition des mains de la police, héritage de la dictature. Une violence qui continue de frapper les classes populaires.

En Argentine, nos camarades du PTS (Parti des Travailleurs Socialistes) qui animent le journal La Izquierda Diario, journal frère de Révolution Permanente, suivent quotidiennement l’affaire et mènent la campagne pour retrouver Facundo, énième victime des violences et de l’impunité policières en Argentine.




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