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Israël criminel, France complice

Carrefour : comment l’entreprise française soutient Israël ?

Ces derniers jours, des appels à boycotter l’enseigne Carrefour pour son soutien à l’armée d’Israël circulent sur les réseaux sociaux. Derrière les colis alimentaires distribués aux soldats, retour sur les liens historiques entre le patronat français et l’État colonial d’Israël.

Alberta Nur

3 novembre 2023

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Carrefour : comment l'entreprise française soutient Israël ?

Crédits photo : Collectif Palestine Vaincra

Alors que l’État d’Israël a tué plus de 9000 personnes à Gaza depuis le 7 octobre, et continue d’imposer un blocus d’eau, d’électricité et de carburant aux Palestiniens, l’entreprise Carrefour a récemment affiché un soutien clair à l’État sioniste. Sur les réseaux sociaux, l’enseigne s’est en effet vantée d’avoir distribué des milliers de colis alimentaires aux soldats de l’armée israélienne. L’antenne israélienne de l’entreprise déclarait ainsi sur ses réseaux sociaux en début de semaine : « Fiers de participer à l’effort national aux côtés des salariés de Carrefour et des bons citoyens qui se portent volontaires pour préparer les colis personnels des militaires de Tsahal ».

Une politique de soutien à l’État d’Israël qui n’est en réalité pas nouvelle. En 2022, le groupe avait annoncé avoir engagé un contrat avec deux sociétés israéliennes : Electra Consumer Products et Yenot Bitan. Ce contrat a permis, entre autres, l’ouverture de magasins franchisés Carrefour dans plusieurs colonies israéliennes. Un rapport publié par sept ONG et syndicats, détaille avec précision les implications des sociétés israéliennes avec la colonisation, et montre notamment comment la société sœur d’Electra Consumer Products joue un rôle actif dans la colonisation : toutes les filiales des groupes sont impliquées dans la construction d’infrastructures coloniales (routes, transports, logements, distribution de l’eau, télécommunications). Par exemple, Electra Logement à construit 141 unités de logements dans la colonie de Har Homa.

Cette ouverture de nouvelles franchises en Palestine occupée, qui vient s’ajouter à la liste des milliers de franchises que Carrefour détient dans le monde entier, a été encouragée par le gouvernement français et revendiquée par de nombreux communiqués de l’ambassade française à Israël.

Cent entreprises françaises installées en Israël avec le soutien du gouvernement

Cette implication de Carrefour est à l’image d’une longue liste d’entreprises françaises complices des crimes coloniaux d’Israël. EDF, Total, Orange, Bouygues, Dior, Renault : on compte cent entreprises françaises présentes en Israël qui cumulent 534 millions de chiffres d’affaires grâce à leur implantation sur le territoire. Emmanuel Lechypre, éditorialiste économique sur BFMTV expliquait cyniquement il y a quelques semaines que « la France est surtout présente dans le domaine des infrastructures ». Autrement dit, la France et ses entreprises comme Total et Vinci accompagnent la construction d’infrastructures coloniales.

Les banques françaises sont, elles aussi, des soutiens actifs de l’activité économique d’Israël. Un rapport explique qu’en 2004 « quatre banques françaises – BNP Paribas, Société générale, LCL (filiale du groupe Crédit agricole) et Natixis (filiale du groupe Banques populaires - Caisse d’épargne) – rassemblées au sein d’un consortium de banques internationales dirigé par Deutsche Bank, ont signé quatre accords de prêts d’une valeur de 288 millions d’euros au profit d’Israel Electric  ». Un prêt a permis à Israel Electric d’approvisionner les colonies en électricité. Pire encore, l’entreprise a participé à couper l’électricité dans des territoires en Palestine occupée et notamment à Gaza – grâce à la complicité des banques françaises donc !

L’implication du patronat français dans la colonisation qu’inflige l’État d’Israël au peuple palestinien va de pair avec le soutien politique et financier du gouvernement français à l’État d’Israël. Depuis 2017, la France a vendu des armes à Israël pour la somme de 111 millions d’euros. Ce soutien sans faille, au-delà des accords commerciaux et diplomatiques, s’accompagne d’une criminalisation brutale du soutien à la Palestine dans l’Hexagone.

Le mouvement ouvrier doit jouer un rôle central dans un grand mouvement de solidarité !

Face aux massacres à Gaza, la solidarité continue de grossir partout dans le monde. Londres, New York, Rabat : des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour exiger l’arrêt des bombardements à Gaza. Dans ce contexte, surgissent de nombreux appels à renforcer la campagne de boycott contre l’État d’Israël, organisée à l’international depuis des dizaines d’années par la campagne BDS (boycott désinvestissement sanction) qui défend le boycott des entreprises qui participent au projet sioniste.

Historiquement, le boycott a été un levier d’action pour dénoncer le colonialisme. Pour lutter contre l’apartheid en Afrique du Sud, des milliers de personnes à travers le monde ont refusé de consommer les produits qui provenaient du pays. Une campagne de boycott qui avait affaibli le régime puisqu’elle s’accompagnait d’un mouvement international en défense des droits civiques. Une logique qui montre qu’il est possible de défendre le boycott non pas comme une pratique de consommation individuelle, mais comme un levier pour construire une mobilisation et en l’occurrence, un moyen de renforcer la lutte contre l’État d’Israël.

Les appels actuels au boycott des entreprises comme Carrefour cherchent ainsi à pointer la responsabilité des gouvernements impérialistes et des entreprises dans les massacres en cours à Gaza et en Cisjordanie. Ils peuvent constituer des points d’appui pour amplifier la mobilisation en solidarité avec la Palestine et lier le soutien au peuple palestinien à la lutte, dans chaque pays, contre les puissances impérialistes.

Mais un élément central pour lier ces combats doit résider dans la mobilisation du mouvement ouvrier, par ses propres méthodes. Une jonction que Anasse Kazib, porte-parole de Révolution Permanente, appelait de ses vœux il y a quelques jours sur Instagram : « Boycotter Carrefour pour aller enrichir Auchan n’est pas suffisant. La question de la grève, en plus de la question du boycott, est centrale. Il faudrait qu’il y ait une grève des salariés de Carrefour pour dénoncer que les agissements de l’entreprise en Israël ne se feront pas au nom des travailleurs. Si demain, il y a une grève pour dénoncer la position de leur patron, mais aussi les profits pharaoniques et l’inflation sur les profits alimentaires, ça pourrait même entraîner d’autres secteurs. »

Une perspective d’ores et déjà portée par les travailleurs belges et anglais qui se sont mobilisés contre le transport d’armes vers Israël et qui, si elle se répandait à l’international, poseraient les bases d’une mobilisation capable de mettre un stop à la politique criminelle de Netanyahou et des patrons impérialistes complices.


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