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Jeunesse

Du vent pour les étudiants

Ce qu’il faut retenir des annonces de Macron pour les étudiants : toujours aucun moyen !

Au lendemain d'une journée de mobilisation d'étudiants pour exiger des moyens pour rouvrir les universités, Macron a annoncé 3 mesures à leur destination. Réouverture des facs un jour par semaine, baisse du prix des restaurants, « chèque psy », qu'en sera-t-il vraiment ?

jeudi 21 janvier

Crédits photo : POOL/AFP

Nous avons eu le droit ce jeudi à une mise en scène bien huilée, lors de laquelle le président de la République a pu rencontrer des étudiants soigneusement choisis par la direction de l’université Paris Saclay, qui n’ont pas manqué de le remercier pour les mesures déjà prises, pourtant largement décriées par les étudiants. Alors que la détresse étudiante a jusqu’à présent dû faire face au mépris et à la culpabilisation, puisque la crise serait de leur responsabilité du fait de leurs soirées ou des « bonbons laissés sur les tables », ce qui n’a pas manqué de susciter de la colère ces derniers mois, Emmanuel Macron a tenté d’apaiser les esprits à moindre frais avec l’annonces de nouvelles mesures superficielles.

De quoi Macron a-t-il peur ?

Santé publique France fait état d’une explosion des chiffres de dépression dans la jeunesse étudiante, celle-ci concernant désormais 29% des étudiants. En cause notamment : l’isolement, la misère sociale et matérielle, la peur de l’échec scolaire et d’un avenir plus qu’incertain avec la progression rapide du chômage, notamment pour les jeunes diplômés.

Alors que les universités fonctionnent à moyens constants depuis des années, victimes de la politique d’austérité des gouvernements qui se succèdent, le nombre d’étudiants augmentant, la rentrée de septembre s’était effectuée dans des conditions sanitaires abominables, faute de moyens pour appliquer la distanciation sociale. Très rapidement, alors que l’épidémie s’y propageait vite dans des amphis bondés, le gouvernement a préféré ordonner leur fermeture, à la différence des écoles, collèges et lycées. En effet, les étudiants pouvant se « garder » eux même, pas la peine de les maintenir dans les établissements universitaires pour que les parents puissent continuer à aller travailler.

Si cette décision a eu des conséquences dramatiques en terme de décrochage scolaire, elle a aussi contraint toute une génération de jeunes à l’isolement forcé, dans une période de la vie où l’on se construisait jusqu’alors des relations affectives, amicales et amoureuses déterminantes dans la construction personnelle. À cette situation s’ajoute la généralisation d’une situation de misère pour toutes celles et ceux qui devaient compter sur des « jobs étudiants » pour se nourrir, et qui se sont vus du jour au lendemain sans revenu, le tout dans un contexte de contraction brutale du marché du travail pour les jeunes diplômés ; la situation dans la jeunesse est très rapidement devenue périlleuse.

Face au risque d’explosions sociales et de phénomènes dramatiques, à l’image de la vague de suicide que nous connaissons, le gouvernement n’a jusqu’ici pris que des mesures cosmétiques qui ont suscité des réactions massives sur les réseaux sociaux. Parmi celles-ci, il a notamment donné 150€ aux boursiers en décembre dernier, soit l’équivalent de 12,50€ par mois sur l’année. Après cette série de tentatives de suicides médiatisées, il a ensuite annoncé la volonté de doubler le nombre de psychologues dans les universités pour le porter à un psychologue pour 15000 étudiants. Frédérique Vidal et Jean Castex avaient aussi annoncé une reprise des étudiants en première année pour une partie de leurs cours à partir du 25 janvier, sans plan de moyen terme pour pouvoir rouvrir les universités.

Ces mesures dérisoires face à l’ampleur de la crise n’ont pas manqué de faire réagir les étudiants sur les réseaux sociaux après l’allocution des deux ministres le 14 janvier, et mercredi, plusieurs milliers d’entre eux ont manifesté dans le pays, centralement pour exiger des moyens pour pouvoir rouvrir les universités dans de bonnes conditions sanitaires.

C’est donc soucieux de cette situation à l’issue incertaine que Macron a cherché ce jeudi à rassurer les étudiants en prenant de nouvelles mesures, après avoir lui-même provoqué de la colère en répondant à une lettre d’étudiante désespérée qu’il fallait « encore tenir ».

Le président, revenant sur le refus de Castex d’ouvrir les universités, a annoncé que «  Un étudiant ou une étudiante a le droit d’avoir 20 % de son temps en présentiel – c’est-à-dire un jour sur cinq – et on doit essayer de tenir aussi pour que les jauges ne soient jamais plus de 20 %, ce qui permet d’avoir des distances, et aussi de ne pas avoir trop de monde sur un site ». Ces chiffres, basés sur les préconisations à l’oeuvre pour le télétravail permettent au gouvernement de tenter de désamorcer les tensions sans pour autant avoir à investir dans les universités. En effet, pour une reprise moins minimale pour faire face à la situation de détresse, des embauches et des locations ou réquisitions de locaux seraient nécessaires, ce que le gouvernement refuse catégoriquement de faire.

Cette imposition de jauge à 20% paraît par ailleurs bien arbitraire. Dans certaines filières, les étudiants et enseignants n’ont pas attendu de feu vert pour organiser la reprise des cours dans ce contexte, d’urgence vitale pour certains, sur la base du volontariat et en respectant les gestes barrières, en demi-groupes notamment. En effet la « jauge » dépend avant tout du nombre d’étudiants dans les promotions, des locaux disponibles et des possibilités pédagogiques. Les mieux à même de pouvoir évaluer les possibilités incluant l’organisation concrète de la réouverture sont bien sûr les enseignants, les étudiants et les personnels des universités.

Une mesure bien tiède donc, en réaction notamment à la mobilisation de mercredi, qui ne coûte pas grand chose pour le gouvernement et qu’il espère lui permettra de se déresponsabiliser de son absence d’investissement de moyens pour une vraie réouverture des universités.

Accompagnant cette mesure, Macron a aussi annoncé mettre en place des repas à 1€ dans les restaurants universitaires. Une mesure bien accueillie par certains étudiants en détresse, mais qui peut paraitre risible étant donné que les étudiants ne se rendent plus sur les universités... et ne devraient y retourner que pour une journée par semaine. Si le gouvernement a refusé l’extension du RSA au moins de 25 ans pour lutter contre la misère, il leur offre la possibilité de se nourrir pour un euro, en semaine... et à la condition qu’ils se rendent jusqu’à leur université uniquement pour se restaurer ! Enfin, des « chèques psy » devraient être distribués, qui devraient permettre aux étudiants de consulter des psychologues, sans que la modalité et le montant de ceux-ci ne soit encore annoncée.

Macron compte sur ces quelques mesures pour tenter de désamorcer à moindre frais la colère, et de renouer un dialogue avec une base sociale de jeunesse, dans un contexte social qu’il sait très tendu et imprévisible. Mais évidement, elles ne vont pas régler les problèmes de fond auxquels font face la jeunesse étudiante, isolée, précarisée, et en manque de perspectives d’avenir. Il s’agit d’une déclaration de plus du gouvernement qui ne doit amener les étudiants qu’à une seule conclusion : pour obtenir de réelles mesures d’urgence il va falloir se battre, notamment pour une augmentation massive des moyens pour pouvoir réellement rouvrir les universités dans de bonnes conditions sanitaires, ainsi que pour un revenu étudiant, afin d’enrayer réellement la misère et la faim.




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