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Politique

Danger industriel !

Centrale nucléaire Tricastin. Un cadre porte plainte pour « dissimulation d’incidents de sécurité »

Un ingénieur-cadre a récemment lancé une alerte concernant la sécurité de la centrale nucléaire de Tricastin. La direction masquerait ou minimiserait certains accidents ou anomalies. Après avoir en informé plusieurs fois sa direction, le salarié a porté plainte contre celle-ci pour mise en danger d’autrui.

vendredi 12 novembre

Crédits : AFP/PHILIPPE DESMAZES

Lanceur d’alerte : danger dans la centrale de Tricastin

L’information a été rapportée par l’AFP ce vendredi 12 novembre. L’ingénieur et cadre dénonce une « politique de dissimulation d’incidents de sécurité » de la part d’EDF et de sa direction qui aurait masqué à l’Autorité de sûreté nucléaire plusieurs accidents et anomalies au sein de la centrale nucléaire de Tricastin. L’ingénieur qui se présente comme « lanceur d’alerte » avait rapporté à sa direction les différents épisodes, sans action de leur part. EDF à déclaré ne pas « faire de commentaires s’agissant des propos rapportés par un salarié ».

Dans sa plainte, l’homme de 41 ans, actuellement en arrêt maladie, raconte son parcours au sein de l’entreprise : entré à EDF en 2004 et devenu cadre en 2016, celui-ci évolue dans sa nouvelle position au sein d’un climat « particulièrement tendu, dans la perspective de la visite décennale ». Période déterminante quant au maintien du fonctionnement de la centrale et par conséquent de la production. En effet, en 2009 dans un contexte où les centrales nucléaires sont entrées dans leur troisième décennie d’exploitation et se faisant âgées - trois quarts des réacteurs ont été construits entre 1979 et 1990-, l’ASN a émis une « autorisation de principe à l’exploitation des réacteurs de 900 mégawatts jusqu’à 40 ans. » Cette autorisation consiste à la vérification de la conformité des centrales et de leur capacité d’exploitation au-delà de 40 ans d’existence. Un examen qui nécessite une auscultation réacteur par réacteur de chaque centrale, tous les 10 ans. En février, l’ASN a autorisé plusieurs centrales la poursuite de l’exploitation de leurs plus vieux réacteurs - 40 à 50 ans - dont Tricastin, à condition de la réalisation de certains travaux pour assurer la sécurité.

La centrale de Tricastin constitue une des plus anciennes centrales nucléaires de France et représente par conséquent un danger plus grand chaque année si la sécurité ne s’en trouve pas assurée. L’ingénieur-cadre informe notamment d’une inondation interne en 2018 et d’une anomalie de superpuissance du réacteur n°1 en juin 2017. Ses avocats, William Bourdon et Vincent Brengarth estiment –toujours selon l’AFP- que ces déclarations « sont d’une ampleur totalement inédite. En plus de mettre en lumière des dysfonctionnements très graves en matière de sûreté et de protection environnementale, elles interrogent sur le rôle des autorités de contrôle dont l’ASN ». La plainte de l’ancien cadre contre l’EDF s’étend aussi au directeur actuel de la centrale et son ex-directeur pour mise en danger d’autrui. Et des infractions relatives à la réglementation des installations nucléaires, au droit du travail et au code de l’environnement.

Cette « politique de dissimulation » pourrait avoir des conséquences catastrophiques si les réacteurs venaient à ne pas être en état conforme et à la potentielle origine d’une catastrophe industrielle. Une catastrophe qui aurait des répercussions sur la sécurité des travailleurs et travailleuses du site, des habitants de la région, et qui constituerait aussi une catastrophe écologique. En septembre, on commémorait les 20 ans de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse qui fit 31 morts et plus de 2500 blessés. Aujourd’hui, les accidents perdurent à l’image de l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen en 2019 où des dysfonctionnements avaient été repérés 9 ans auparavant ! Des anomalies souvent mises en lumière par les salariés eux-mêmes, premiers acteurs et connaisseurs de leurs outils de travail et de leur fonctionnement ou en l’occurrence mal-fonctionnement.

Les logiques de profit nid à catastrophes industrielles

Mais c’est dans une logique de profit constant que ce type d’accidents finit par être masqué ou amoindri par de telles entreprises comme EDF. Des objectifs qui vont à l’encontre des normes de sécurité essentielles à la production nucléaire, pourtant très strictes en raison du danger qu’elles peuvent représenter. D’autant plus que la centrale de Tricastin se situe sur tout un site qui constitue la concentration d’industries nucléaires et chimiques la plus importante en France. L’ingénieur fait aujourd’hui l’objet de « représailles », « dans un climat de management très autoritaire, lié notamment aux objectifs de production ».

Dans une interview pour Révolution Permanente, Gilles Reynaud, salarié du nucléaire chez Orano sur le site de Tricastin, dévoilait que « pour beaucoup d’employeurs, la priorité, c’est le coût du travail. On ne regarde plus la technique, la capacité, la culture que peuvent avoir les gens. La culture sécurité, la culture sûreté. Donc derrière c’est du nucléaire low-cost. Une industrie qui devient comme une autre sauf qu’il y a des risques pour nous qui sommes en première ligne et pour les populations ».

Ainsi, dans un contexte de primat des logiques de rentabilité sur les questions de sécurité, il est urgent de revendiquer une expropriation et nationalisation des centrales nucléaires, et plus généralement des filières de l’énergie qui sont stratégiques, sous contrôle ouvrier, les seuls à véritablement connaître leur outils de travail et capable d’assurer la sécurité nécessaire. Un programme révolutionnaire, qui doit pouvoir lier la question de sécurité à la question sociale mais aussi écologique.




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