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JO de la honte

Périmètre « antiterroriste », QR code, surveillance généralisée : Darmanin dévoile son plan pour les JO

A trois mois du lancement des Jeux Olympiques, Gérald Darmanin a précisé les contours de son plan sécuritaire. Les nouveaux éléments apportés par le ministre de l’Intérieur confirment la mise en place d'une vaste surveillance généralisée et d’une sécurisation de l’espace public pour « encadrer » l’événement : un prétexte pour accroître la répression.

Arno Gutri

10 avril

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Périmètre « antiterroriste », QR code, surveillance généralisée : Darmanin dévoile son plan pour les JO

Photo : capture d’écran du compte X de Gérald Darmanin

On savait déjà que les Jeux Olympiques 2024 étaient bâtis sur l’exploitation des travailleurs sans-papiers, la gentrification des quartiers populaires, une chasse aux SDF et aux migrants et l’expulsion des étudiants de leur logement CROUS. Dans une interview au Parisien, Darmanin a dévoilé un nouveau pan de ces « JO de la honte » : la mise en place d’un vaste plan de surveillance généralisée et de sécurisation de l’espace public.
 

Périmètre antiterroriste » : Darmanin prévoit 45 000 flics et des contrôles aux QR codes pour la zone des JO

 
Une véritable galère s’annonce pour les riverains du « périmètre antiterroriste » à Paris. Dans cette zone, surveillée par 45 000 policiers et gendarmes renforcés par 2 500 effectifs étrangers, quatre ponts seront ouverts à la circulation mais des « cordons policiers » empêcheront qu’on s’y arrête. Une mesure qui concerne aussi la circulation en métro : une quinzaine de stations seront fermées, laissant uniquement la possibilité de circuler sans pouvoir s’y arrêter.
 
On imagine le casse-tête, sans parler de la surveillance et le harcèlement policier constants, que vont subir les 20 000 habitants et 200 000 travailleurs concernés par cette zone le long de la Seine, entre le pont de Bercy et le Trocadéro. Pour contrôler ce périmètre, le gouvernement va lancer une plateforme, à partir du 10 mai, sur laquelle il faudra s’inscrire en donnant son nom, son prénom et sa date de naissance, afin de pouvoir circuler dans la zone. « Si vous n’êtes pas inscrits, vous ne pourrez pas rentrer », prévient Darmanin.
 
Concrètement, piéton ou non, il faudra présenter un QR code, envoyé après inscription, ainsi que sa pièce d’identité. Un dispositif de contrôle qui, après avoir été expérimenté pendant la pandémie de Covid, ressurgit et s’inscrit dans l’utilisation par le gouvernement d’un arsenal toujours plus répressif. En 2020, de telles mesures avaient menées à une multiplication des contrôles aux faciès.
 

Darmanin montre les muscles et se prépare à réprimer les militants

 
La surveillance n’attend pas le début de l’événement pour se déployer. 195 000 enquêtes administratives et 285 000 criblages de sécurité ont déjà été effectués à l’encontre des volontaires et des agents de sécurité qui prendront part à l’événement, cherchant à identifier d’éventuels « fichés S ». Alors que ces dernières années plusieurs événements sportifs et culturels ont servi de tribunes pour dénoncer la politique écocide du gouvernement, et que les JO promettent bétonisation et artificialisation des sols, le ministre de l’Intérieur vise notamment, à travers ces enquêtes, les militants écologistes.
 
« On a les Soulèvements de la Terre qui veulent plutôt s’en prendre à la flamme, Extinction Rébellion qui souhaite déployer des banderoles ou se coller les mains lors du passage de la flamme et Saccage 2024, qui espère perturber l’organisation de la cérémonie d’ouverture et des épreuves » note-t-il. Aussi, comme à son habitude, Darmanin entend poursuivre la criminalisation du mouvement écolo, contre lequel l’Etat déploie régulièrement l’arsenal antiterroriste.
 
Tandis que la France vient de passer le plan Vigipirate à son plan maximal suite aux attentats de Moscou, Darmanin entend profiter des JO pour montrer les muscles, et ce alors que l’État continue de poursuivre sa répression à l’encontre de toute contestation sociale, agitant notamment des prétextes antiterroristes. Dans ce cadre, on peut imaginer que les JO pourraient s’accompagner de nouvelles offensives. En 2015, la COP21 à Paris avait par exemple été l’occasion de mettre en place des « assignations à résidence » de militants qui pourraient faire leur retour.
 
Les déclarations de Darmanin surviennent alors que le gouvernement s’inquiète de la tenue des JO. Ces dernières semaines les problèmes s’enchainent : « dérives » au sein de Pôle emploi pour recruter des agents, enquête ouverte par la ville de Paris suite à des vols d’ordinateurs, annonces d’infiltration de l’équipe bénévole par des militants anti-JO... Face aux couacs, mais aussi face à la colère sociale qui gronde contre ses attaques austéritaires, le gouvernement tente de garder la main et promet de déployer son arsenal répressif contre toute contestation possible.
 
Face à cette nouvelle démonstration du tournant autoritaire du gouvernement, le gouvernement craint que les JO ne soient l’occasion de faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent les attaques sécuritaires et précarisantes du gouvernement dans le cadre de l’événement, mais aussi sa politique plus largement. Dans cette perspective, la CGT Fonction publique a déposé ce mercredi un préavis de grève du 15 avril au 15 septembre, une période couvrant les Jeux Olympiques, pour lutter contre la casse des services publics dans un contexte d’inflation et de gel des salaires.
 
Si les directions syndicales font planer la menace d’une grève, celle-ci ne se traduit cependant pas encore en véritable plan de bataille. Or, ces préavis doivent servir à construire un mouvement large contre les offensives anti-sociales et autoritaires du gouvernement, en lien avec les luttes des militants écolo, des travailleurs de la RATP qui font face à l’ouverture de la concurrence, ou des collectifs des mineurs isolés étrangers qui manifestent ce vendredi avec le mot d’ordre : « Pas de papiers, pas de logement, pas d’école, pas de JO ! »


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