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Politique

Bonnet blanc et blanc bonnet

Champion de l’union de la "gauche" en 2015, JP Huchon (PS) appelle à voter Pécresse en Ile-de-France

L’ancien président PS de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, a appelé hier à voter Valérie Pécresse contre la liste d’union de la gauche. Une union de la gauche dont il avait lui-même été un artisan en 2015 aux côtés du Front de Gauche, et dont il rappelle, par son soutien assumé à la droite, à quel point il constitue une impasse.

jeudi 24 juin

Crédits photo : PATRICK KOVARIK / AFP

De Jean-Paul Huchon à Pécresse : une campagne délirante contre les Insoumis

Hier, Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France de 1998 à 2015, appelait dans Le Point à voter pour Valérie Pécresse, contre la liste emmenée l’écologiste Julien Bayou et soutenue par Audrey Pulvar (PS) et Clémentine Autain (LFI) qu’il désigne comme ceux « qui ont tourné le dos à la République ».

Une annonce qui est loin d’être limité à l’ancien ténor socialiste de la région : Manuel Valls a lui aussi annoncé qu’il voterait pour Valérie Pécresse, qualifiant l’alliance avec la France Insoumise de « faute morale ». Du côté de l’opposition, la présidente sortante n’hésite pas non plus à faire de La France Insoumise un épouvantail, expliquant être « le seul rempart contre la gauche extrême ». De même, Othman Nasrou, premier vice-président du conseil régional d’IDF, n’a pas hésité à relayer une photo des trois têtes de liste en notant : « Il ne manque que Tariq Ramadan sur la photo », une insinuation visant le prétendu « islamo-gauchisme » de ces forces politiques.

Une rhétorique également mobilisée dans un tract diffusé par les militants les Républicains en Ile-de-France. Une campagne délirante qui, du PS aux Républicains, vise à jouer sur la corde islamophobe et à présenter les Insoumis comme une force anti-républicaine dans la continuité des attaques du gouvernement accusant l’organisation de Jean-Luc Mélenchon de complicité avec le terrorisme après l’assassinat de Samuel Paty.

Un révélateur de l’impasse de l’union de la « gauche »

Pour les partisans de l’union de la gauche, cet appel à voter Pécresse a été analysé comme l’expression du reniement par le ténor du PS de ses propres valeurs. Sur Twitter, Clémentine Autain a ainsi évoqué des « boussoles perdues ». Pourtant, il se pourrait que ces déclarations qui témoignent des convergences entre la gauche néo-libérale du PS et la droite soit plutôt à analyser comme un révélateur de l’impasse de l’union de la « gauche ».

Et pour cause, l’opération d’unité LFI-EELV-PS lors de ces régionales n’a rien d’inédit. Il y a cinq ans... c’est le même Jean-Paul Huchon, alors président de région sortant qui en été l’artisan et la tête aux côtés d’EELV et du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, et ce pour battre… Valérie Pécresse ! Parmi les candidats de cette liste d’union, on retrouve des figures bien familières : Anne Hidalgo qui n’est autre que maire de Paris et la supérieure d’Audrey Pulvar, Cécile Duflot d’EELV, Julien Bayou, l’actuel tête de liste tant décriée, Pierre Laurent, ancien secrétaire général du PCF, mais aussi des figures de LFI comme Eric Coquerel.
 
Il existe donc une singulière continuité entre les personnalités de l’union de la gauche actuelle et de celles qui ont tenté de permettre à Jean-Paul Huchon, élu pour la première fois en 1998, de briguer un quatrième mandat. Plutôt que de démontrer une trahison d’une grande figure du PS pour ses prétendus "ideaux", la sortie de Jean-Paul Huchon sonne plutôt comme un retour du refoulé : celui de la réalité du Parti Socialiste et des conséquences de l’union de la gauche, à savoir se mettre à la remorque de personnalités comme Huchon.

Alors que LFI tente de se convaincre qu’il serait acceptable de se mettre à la remorque du capitalisme vert d’EELV et d’un PS artisan d’attaques majeures contre les classes populaires en France, l’union de la gauche de 2021 convoque le spectre de 2015. Dans les deux cas, ces politiques constituent des impasses profondes, tout juste bonnes à redorer le blason de piliers pourrissants du régime tels que le PS, et à accroître encore un peu plus le discrédit d’institutions dont l’abstention massive a rappelé dimanche dernier le rejet profond.




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