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Politique

Union socio-libérale

Régionales en IDF : LFI fusionne avec le capitalisme vert d’EELV et le PS néo-libéral au second tour

Pour le second tour des élections régionales en Île-de-France Clémentine Autain a annoncé que la liste LFI-PCF fusionne avec celle d'Audrey Pulvar (PS), derrière Julien Bayou (EELV). L’objectif déclaré : « battre la droite »... en alliance avec le PS néo-libéral et le capitalisme vert d'EELV.

jeudi 24 juin

Audrey Pulvar, Julien Bayou et Clémentine Autain faisaient campagne commune ce lundi à Aubervilliers après avoir annoncé la fusion de leur liste derrière le candidat EELV. Crédit photo : Twitter.

« Pour l’emporter face à la droite ». C’est ainsi que Clémentine Autain, tête de liste LFI-PCF pour les élections régionales en Île-de-France, expliquait dans un tweet ce lundi la fusion de sa liste avec le PS d’Audrey Pulvar et derrière Julien Bayou (EELV) pour le second tour des élections régionales.

Comme partout en France, le premier tour en Île-de-France a été dominé par une abstention record qui a atteint 69,15% du corps électoral, et une victoire de la droite avec la liste de Valérie Pécresse qui a obtenu 35,94% des suffrages exprimés. Du côté de la gauche institutionnelle aucun des trois candidats n’est parvenu à dépasser la liste RN de Jordan Bardella (13,12%), et seul Julien Bayou (EELV) a réussi à devancer le macroniste Laurent Saint-Martin avec 12,95% contre 11,76%, tandis qu’Audrey Pulvar (PS) et Clémentine Autain (LFI-PCF) viennent clôturer la liste des candidats éligibles au second tour avec respectivement 11,07% et 10,24%.

Ainsi, ce second tour sera un cas d’école pour « l’union de la gauche » avec comme objectif déclarer « dégager Pécresse ». Une union que Jean-Luc Mélenchon disait fustiger il n’y a pas si longtemps parlant du « capitalisme vert » défendu par Yannick Jadot et Europe Écologie - Les Verts, ou encore du «  PS, social libéral, [qui] est promis à une extinction plus ou moins rapide », tout participant aux tables ronde avec la gauche sociale-libérale. Cette fusion des listes de la gauche institutionnelle en Île-de-France démontre, dans le cas de l’Ile de France qui confère au scrutin un enjeu particulièrement central, que La France Insoumise n’hésite pas, pour quelques sièges, à négocier des accords d’alliance à une certaine gauche néolibérale, artisane des attaques anti-sociales et liberticides contre le monde du travail.

LFI fusionne avec la liste PS d’Audrey Pulvar : une alliance avec la gauche néolibérale, liberticide et raciste

Depuis le quinquennat Hollande, le Parti Socialiste n’a cessé d’enchaîner les défaites. Et pour cause, la loi Macron et surtout la loi Travail passée à coup de matraque et de 49.3, mais aussi l’État d’urgence ou encore le débat sur la déchéance de nationalité ont été autant d’élément qui ont contribué à démasquer le PS aux yeux des classes populaires qui avaient cru en lui pour mener une politique alternative à la droite de Nicolas Sarkozy. Une désillusion qui a logiquement entraîné une désaffection dans les urnes, et qu’Audrey Pulvar a tenté de faire oublier lors de cette campagne pour les élections régionales.

En effet, parmi les mesures phares de la tête de liste PS, la gratuité des transports en commun pour tous les franciliens. Cependant, derrière son vernis progressiste tant d’un point de vue social qu’écologique, cette mesure telle que proposée dans le programme d’Audrey Pulvar était censée être financée par la mise en place d’une « fiscalité écologique ». Celle-ci consistait à taxer les véhicules polluants ainsi que les plateformes de livraisons en ligne, dont le principal effet se serait répercuté sur le pouvoir d’achat. A ce titre, cette mesure fait d’ailleurs écho à la taxe sur le carburant qui avait déclenché la colère des Gilets jaunes en 2018. Elle ne revient à rien d’autre qu’à faire payer la crise climatique aux classes populaires.

D’autre part, sur les sujets régaliens, Audrey Pulvar a tenté d’adopter une position plus à même de dialoguer avec l’électorat de la gauche traditionnelle. A l’instar de ses propos concernant la manifestation de policiers devant l’assemblée nationale qu’elle qualifiait de « glaçante » ou de sa défense des réunions non-mixtes. Pourtant ces positions sont loin d’être celles du PS et a fortiori d’Anne Hidalgo auprès de qui elle est adjointe à la Mairie de Paris. Cette dernière n’a pas hésité à emboîter le pas à la campagne liberticide et islamophobe de Macron, en défendant l’article 24 de la Loi Sécurité Globale et la loi séparatisme, en participant à la manifestation de policiers aux côtés de Darmanin et du RN, en se rendant complice de la répression et des conditions d’accueil indignes des migrants, ou encore en qualifiant les réunions non-mixtes de « très dangereuses » afin de légitimer les procès honteux en « islamogauchisme » contre l’UNEF de la part du gouvernement, de la droite et de l’extrême-droite. Or, comme le rapporte Europe 1, Anne Hidalgo a participé activement à soutenir Audrey Pulvar consciente que cette campagne « pourrait lui servir avant 2022 » afin de grappiller une partie de l’électorat d’EELV et mesurer le rapport de force face à son principal adversaire à gauche.

Ainsi la campagne électorale d’Audrey Pulvar n’est rien d’autre qu’un faire-valoir pour le PS afin d’essayer de ratisser des voix parmi les classes populaires, comme en témoigne le soutien que lui a apportée la ténor de l’appareil Christiane Taubira. Il ne faut pourtant pas oublier qu’en 2016 c’est le PS qui matraquait les manifestants contre la loi Travail, et qu’il continue aujourd’hui là où il est au pouvoir. Ainsi à la Mairie de Paris, la seule réponse apportée par Anne Hidalgo aux agents territoriaux tels que les éboueurs et égoutiers en lutte ces dernières semaines contre la réforme de la fonction publique, c’est la répression policière.

A ce titre, la fusion de la liste LFI-PCF avec le PS est contradictoire avec le programme initial de Clémentine Autain qui prétendait vouloir lutter contre la privatisation des services publics et contre la surenchère liberticide et raciste en cours. Elle exprime l’inconséquence de la logique électoraliste et institutionnelle de LFI, prête à tout pour gagner des sièges au conseil régional, quitte à trahir les aspirations de ses électeurs.

Le double-discours de LFI : entre dénonciation du « capitalisme vert » et fusion avec Julien Bayou, secrétaire national d’EELV

« Les écologistes ont un avenir aussi longtemps qu’on ne les voit pas à l’œuvre ». La sentence est signée Jean-Luc Mélenchon et elle date d’à peine quelques semaines. Le 11 mai dernier dans Le Monde, le leader insoumis fustigeait « une écologie politique qui transige avec les multinationales », avant de conclure : « Le capitalisme écologique de bonne volonté, ça n’existe pas ». La fusion de la liste LFI-PCF derrière le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, arrivé en tête parmi les candidats de la gauche institutionnel au premier tour, témoigne d’un grand écart entre les paroles et les actes.

D’ailleurs, le « Green New Deal francilien » défendu par Julien Bayou en dit long sur le type d’écologie défendu par EELV. Le 22 mai ce dernier expliquait au JDD que ce plan consiste à mettre 3 milliards d’euros en deux ans pour « la transition écologique » dans les secteurs de « l’agroécologie, les énergies renouvelables, les transports ». Selon lui, ce plan permettrait de créer 200.000 emplois et favoriserait les petits commerces et les PME. Sauf qu’à entendre les secteurs cités, difficile à croire que ce ne sont pas les grandes multinationales qui pratiquent le « greenwashing » comme Total ou les grandes entreprises de transports qui bénéficieront en premier lieu de cet argent public.

Mais surtout le financement repose sur trois volets qui consiste tous à faire payer les classes populaires avant le grand patronat. Ainsi pour Julien Bayou, il s’agit d’abord réorienter les subventions publiques pour ne plus en accorder « aux entreprises qui polluent, licencient, délocalisent ou ne respectent pas l’égalité femmes-hommes ». Une manière de chercher à trier les « bons » grands patrons qui accepteraient les conditions de la région, contre les « mauvais » qui refuseraient. En somme une logique d’alliance avec le grand patronat qui profitera des subventions publiques, sachant que ce sont justement les grandes entreprises qui ont les moyens de maquiller les licenciements et la pollution à coup de sous-traitance et de « greenwashing ».

La second volet pour financer ce plan consiste à avoir recours à « l’endettement, dès lors que les taux d’intérêt sont bas », soit un cadeau aux banques et aux spéculateurs financiers. Enfin le dernier volet consiste à avoir recours « aux fonds européens », qui sont une autre manière d’arroser les grands patrons d’argent public. Parmi ces mesures, toutes les subventions publiques sont payées par le contribuable et aucune perspective de taxer les grandes entreprises et les grandes fortunes, avec une conséquence probable sur le pouvoir d’achat des classes populaires mais pas sur les profits des grands capitalistes. Elles s’inscrivent ainsi en plein dans la défense d’un « capitalisme européen » prétendument écolo prôné par la principale figure publique d’EELV, Yannick Jadot à l’université d’été du MEDEF cette année, qui veut lui aussi faire payer la crise climatique à notre camp social.

Quand aux questions démocratiques, EELV a montré à plusieurs reprises son incapacité à affronter la pression du gouvernement, de la droite et de l’extrême-droite, en participant à la manifestation appelée par les syndicats de policiers, et en s’adaptant plus généralement aux thématiques de la droite et de l’extrême-droite sur les questions sécuritaires et islamophobes.

Pour toutes ces raisons la fusion de la liste LFI-PCF menée par Clémentine Autain avec le PS d’Audrey Pulvar, et la liste EELV de Julien Bayou n’est rien d’autre que l’expression d’une capitulation programmée à une « union de la gauche » à la sauce néo-libérale. Sous prétexte de chercher à « battre la droite », La France Insoumise s’allie avec les artisans des réformes néo-libérales antisociales et liberticides qui ne valent pas beaucoup mieux que Valérie Pécresse. Réalisée en Île-de-France avec la crème des socio-libéraux – du secrétaire nationale d’EELV à l’adjointe d’Anne Hidalgo – cet exemple pourra servir de modèle à d’autres processus de rapprochement avec le PS voir LREM, à l’heure où, par ailleurs, en invoquant le « front républicain » face aux RN certaines voix à gauche appellent carrément à voter LR comme en région PACA.

Ces opérations arithmétiques sont toutefois loin d’être à même de répondre aux aspirations sociales et démocratiques des classes populaires, qui ont majoritairement rejeté ces élections comme en témoignent les chiffres record de l’abstention. A rebours de toute solution dans les urnes, et encore moins dans un vote en faveur des architectes des politiques néo-libérales au second tour de ces élections régionales, la réponse de notre camp social, du monde du travail et des classes populaires devra s’exprimer dans la rue, en toute indépendance des institutions, par la mobilisation contre Macron et son monde.




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