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Stop à l'instrumentalisation

Crépol : surenchère sécuritaire et xénophobe après le meurtre d’un adolescent

Samedi soir, lors d’une fête de village à Crépol, Thomas, un adolescent de 16 ans, est décédé après avoir reçu des coups de couteau. Un meurtre tragique, que le gouvernement, la droite et l’extrême-droite instrumentalisent pour criminaliser les personnes musulmanes et étrangères.

Raji Samuthiram

22 novembre 2023

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Crépol : surenchère sécuritaire et xénophobe après le meurtre d'un adolescent

Crédit photo : Capture d’écran, BFMTV

Samedi soir, dans le village de Crépol, un bal réunissant 350 personnes a tourné à la tragédie, après qu’un groupe de personnes s’y soit rendu et ait tenté d’entrer violemment dans la salle des fêtes. Thomas, un adolescent de 16 ans présent sur place a été blessé par coups de couteaux et est décédé sur la route de l’hôpital. Deux autres jeunes hommes ont été hospitalisés suite à leurs blessures, et au total, 17 personnes entre 16 et 65 ans ont été grièvement blessées.

Un meurtre dramatique que le gouvernement, la droite et l’extrême-droite se sont empressés d’instrumentaliser pour cracher leur venin raciste et xénophobe. Dans les médias et les réseaux sociaux, des hypothèses circulent en effet sur les origines des responsables, et pointent notamment du doigt le quartier populaire de la Monnaie à Romans-sur-Isère. Pourtant, le procureur de la République a clarifié lundi soir qu’il ne s’agissait pas d’un conflit entre les jeunes de Crépol et de la Monnaie, et que le suspect désigné comme auteur des coups de couteau ne serait pas originaire du quartier : «  Il est faux d’affirmer que le groupe hostile serait composé d’individus tous originaires de la même ville et du même quartier  » détaillait-il.

Jusqu’ici, les gendarmes ont réalisé 70 auditions et interpellés neuf suspects et pour l’heure, il n’y a aucune indication non plus que des personnes étrangères soient associés à ce drame. Mais la machine réactionnaire était déjà lancée et depuis dimanche, les discours xénophobes inondent les plateaux TV, en passant de Darmanin à Zemmour, dans un contexte déjà marqué par la surenchère raciste autour du durcissement de la loi immigration.

Une récupération politique ignoble, dénoncée par plusieurs participants à la marche blanche organisée ce mercredi en hommage à l’adolescent, à laquelle la famille de Thomas aurait interdit aux partis d’Eric Zemmour et Marine Le Pen de participer, selon le journaliste Kamil Abderrahman.

Le gouvernement et la droite agitent « l’ensauvagement », l’extrême-droite crie à la « guerre civilisationnelle »

Dès dimanche soir, plusieurs représentants de la droite, de l’extrême-droite et du gouvernement se sont empressés de réagir au meurtre de Thomas. Eric Ciotti, le chef des Républicains, écrivait sur X (anciennement Twitter) que Thomas était « victime de l’ensauvagement de la France ». Une rhétorique que le ministre de l’Intérieur s’est empressé de reprendre à son compte, déclarant lundi soir sur France 5 que le meurtre de Thomas témoignait de « l’ensauvagement » de la société, avant d’en lister les « causes » : « les parents, en partie peut-être l’immigration – je ne sais pas si c’est le cas dans cet affaire-là, mais ça peut en faire partie – l’urbanisme… ».

Une formule profondément réactionnaire, qui agite le spectre d’une menace anti-française et participe à construire l’image d’un ennemi intérieur, en désignant sans les nommer les minorités racisées et religieuses, dans la lignée de la dénonciation du « séparatisme » ou du « communautarisme », qui représenteraient également des menaces contre la cohésion et sécurité nationale.

Du côté de l’extrême-droite, c’est la surenchère qui prime. Au Rassemblement National, Marine Le Pen a immédiatement fustigé «  des milices armées [qui] opèrent des razzias  ». Dans un entretien donné lundi au journal d’extrême-droite Valeurs Actuelles, elle détaille : « personne ne veut voir la réalité dès qu’elle met en cause l’immigration ou des personnes issues de l’immigration. Il faut nommer les choses pour mieux les combattre » et appelle à rétablir le triptyque « police-justice-pénitentiaire » ainsi qu’à «  l’armement des polices municipales ».

Du côté de Reconquête, Marion Maréchal Le Pen, elle, accuse le gouvernement de laisser « quartier libre pour le racisme anti-blanc » et « quartier libre pour les délinquants », tout en qualifiant le meurtre de Thomas comme un « révélateur d’une guerre ethnique et d’une guerre civile en gestation ». D’autres dans le parti parlent même de « francocide », terme ultra-réactionnaire inventé par Eric Zemmour.

Un déferlement de haine raciste et xénophobe, qui intervient dans un contexte déjà marqué par une campagne réactionnaire du gouvernement, et où la droite et l’extrême-droite profite du génocide en Palestine et de la criminalisation du soutien en France pour crier depuis des semaines à la «  guerre des civilisations  » et renforcer l’amalgame entre musulman, étranger, et criminel. Ce, alors que les motifs et les circonstances de l’attaque restent encore largement flous, ce qui n’a pas empêché ministres, députés et élus en tout genre de proposer en urgence le renforcement de l’étau sécuritaire à l’encontre des personnes issues de l’immigration et des habitants des quartiers populaires.

« Besoin criant d’autorité » : une instrumentalisation au service de l’offensive réactionnaire du gouvernement

Si le ministre de l’Intérieur a été lui-même forcé de reconnaître que le drame qui s’est déroulé à Crépol « n’est manifestement pas clair », il ne s’est pas gêné pour autant d’attaquer les personnes étrangères comme des potentiels malfaiteurs ni de revenir sur la nécessité de rétablir l’ordre, refrain qui colle désormais à la peau du gouvernement : « A la lumière de ce qu’on a vu au moment des émeutes au mois de juillet, il y a totalement à repenser le cadre de l’autorité. Nous devons remettre l’autorité partout : dans la rue, dans l’école, bien sur auprès de la réponse pénale » développait-il sur France 5.

Bruno Le Maire est lui aussi revenu sur le « besoin criant d’autorité » lors d’un discours à des élus à Bercy mardi soir pour lutter contre plusieurs « plaies » : «  L’islam politique parce qu’il conteste la laïcité, les valeurs et l’Histoire qui nous rassemblent. Et les stupéfiants qui font perdre tout sens du travail, des équilibres financiers et tout sens commun à ceux les consomment ».

Des déclarations qui tiennent les quartiers populaires et les populations immigrées responsables de tous les maux, et qui rappellent en mémoire le discours du retour à «  l’ordre, l’ordre, l’ordre  » martelé par Macron lors des révoltes de juillet, qui a pris la forme d’une répression policière et judiciaire inédite des jeunes de quartiers populaires. Dans le contexte répressif actuel et alors que la mort de Thomas a fait l’effet d’une onde de choc dans le petit village de Crépol, la récupération xénophobe des politiciens pourrait bien préparer le terrain pour de nouvelles attaques autoritaires.

En effet, la criminalisation de tout soutien à la Palestine depuis le 7 octobre et l’instrumentalisation du meurtre de l’enseignant Dominique Bernard à Arras ont servi de tremplin au gouvernement pour renforcer son offensive xénophobe via le durcissement de loi immigration et l’augmentation des expulsions des personnes étrangères.

Soit dis en passant, les même qui aujourd’hui alertent quant à «  l’ensauvagement  » et au « francocide » pour dénoncer la mort de Thomas n’ont pas eu la même analyse de l’attaque à l’encontre de Mourad, le jardinier égorgé dans le Val-de-Marne par un habitant l’ayant traité de «  sale bougnoule  »…

Face au gouvernement et à la droite qui usent de toutes les manœuvres politiciennes pour servir leur projet réactionnaire et répressif à l’encontre des personnes immigrées et sans-papiers, il faut refuser la récupération politique honteuse du meurtre de Thomas et construire une riposte à ces offensives par la mobilisation, en premier lieu contre le projet de loi immigration qui va être voté dans les prochaines semaines à l’Assemblée Nationale.


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