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Dominique, 60 ans, blessée par la police à Reims : “Il m’a foncé dedans, je suis tombée et il m’a enjambée”

Nous avons publié ce samedi une vidéo filmée en direct par BFMTV à Reims, où l’on voit une femme être bousculée par la police et tomber au sol. Suite à notre appel à témoins, nous avons recueilli le récit de son amie, qui l’accompagnait et dénonce les mensonges de la préfecture de Police.

dimanche 19 mai

Entre 15h45 et 16h, mon amie Dominique et moi sommes restées devant le 22 rue Condorcet, près d’un manège et de la galerie marchande Condorcet. Dominique. portait au bras une parka jaune et autour de la tête une couronne de fleurs jaunes en tissu ; son amie et moi portions un gilet jaune. Nous avons discuté du mouvement avec deux passants, de la différence juridique entre casse/dégradation de biens/vandalisme et violence envers des personnes, et ensuite des violences policières. Un homme vêtu d’une veste de treillis et un pull jaune foncé sur les épaules participait aussi à la discussion.
À notre droite se tenait un groupe d’une dizaine de policiers qui regardait vers le bout de la rue Condorcet, car au croisement des rues Condorcet et Talleyrand il y avait une foule de manifestant/es, pacifiques.
À un moment, j’ai déclaré aux policiers (sur notre gauche) avec mon mégaphone : "Les vrais policiers sont les gardiens de la paix, et pas les robots déshumanisés de la milice privée de Castaner". Dominique a pris le mégaphone pour déclarer deux fois : "Les policiers sont là pour nous protéger !" Le chef du groupe et 2 ou 3 policiers nous ont regardées, sans rien dire.

“Le flic qui a jeté à terre mon amie l’a fait délibérément”

Puis, les flics se sont dirigés vers le fond de la rue Condorcet, vers la foule des Gilets jaunes qui étaient toujours pacifiques, à lancer des slogans et qui tournaient le dos aux policiers : c’est alors que Dominique et moi (femme en pantalon vert, sweat rouge et gilet jaune) nous sommes placées au centre de la chaussée, pour voir s’ils n’allaient pas attaquer les manifestant/es.

Ils y sont restés quelques minutes, sans rien faire puisque tout était normal et ils ont dû avoir peur du nombre ! C’est alors qu’ils ont fait demi-tour et sont revenus vers nous, pas en courant, mais en marchant groupés comme un char d’assaut et en prenant presque toute la largeur de la rue, sur 2 lignes.

Dominique était à ma droite, elle avait son blouson jaune sur le bras Je lui ai dit : "Dominique, tu crois pas qu’on risque un coup de matraque ?" Elle m’a répondu : "Euh, je crois pas".
Un des flics de la première ligne s’avançait vers moi comme pour me rentrer dedans ; à 20 cm de moi il a dit "Bougez-vous !", m’a poussée et je me suis écartée. Cinq secondes après, ils m’avaient dépassée et continuaient d’avancer. C’est alors que j’ai vu mon amie à terre et je me suis précipitée, accompagnée de l’homme en veste de treillis qui était à côté de moi.

Aucun policier du groupe ne se retournait, ils avançaient vers la fontaine Subé et j’ai crié dans mon mégaphone : "Le chef de votre groupe ne va pas s’en tirer parce que je vais témoigner !" Puis j’ai appelé des secouristes avec mon mégaphone, 3 sont venus en 3-4 minutes. Au bout de 10 minutes les pompiers sont arrivés et ont transporté Dominique aux urgences de l’hôpital Maison-Blanche.

C’est le policier qui, sur l’image, est en première ligne et a le bouclier au bras droit qui a littéralement projeté à terre mon amie pour la faire dégager de son passage. Il lui est délibérément rentré dedans avec son bouclier, sans doute pour se venger sur une femme frêle et qui a l’âge d’être sa mère, de n’avoir pas pu casser du jaune ! Elle est tombée à la renverse comme une quille. À environ 70 cm de l’endroit où la tête de Dominique a heurté les pavés, se trouvait un bloc de pierre faisant office de banc : si la tête avait heurté l’arête du banc, son crâne se fracassait !

Une autre femme était sur le trottoir de gauche : elle a été bousculée par un policier de la 2° rangée, il s’est excusé : cette femme ne portait pas de gilet jaune, elle n’était pas une cible ! Elle m’a contactée spontanément ensuite et m’a laissé son nom et son n° de téléphone. Elle a entendu le choc du bouclier contre le corps de mon amie.

La scène a été filmée en direct, dans le dos des policiers, par le journaliste de BFM TV Antoine Forestier :

Pendant que les secouristes soignaient Dominique , A. Forestier était avec sa filmeuse sur le trottoir et, à ma demande, il a filmé mon témoignage, a pris mon nom et mon numéro.

Une fois les pompiers partis, l’autre amie de Dominique et moi avons regagné à pied les halles du Boulingrin pour prendre nos voitures et aller à l’hôpital. Sur le Boulevard Desaubeau, j’ai rencontré un journaliste de FR3 (qui m’a protégée d’un pétard !) et il a accepté de prendre mon témoignage sur l’agression délibérée du policier, enregistrement repris dans une page de FranceInfo :

France Info relate ainsi les faits : « Les images, diffusées sur BFMTV samedi 18 mai dans l’après-midi, montrent une personne inanimée, au sol, tandis qu’une dizaine de CRS avancent en rang serré. Lors d’un rassemblement de Gilets jaunes à Reims, "une femme de 50 ans été blessée et transportée au CHU avec une plaie légère à la tête", indique à franceinfo la préfecture de la Marne. Selon cette source préfectorale, la manifestante a expliqué aux pompiers qui l’ont prise en charge qu’elle avait "couru lors d’une charge de CRS avant de tomber". »

Une journaliste de BFMTV m’a rappelée vers 18h pour prendre des nouvelles de Dominique. Celle-ci est sortie des urgences vers 19h15. La radio n’a révélé aucun trauma crânien. Elle a eu une profonde coupure du cuir chevelu, qui a été suturée. Mais, comme elle est tombée à la renverse comme une quille, elle avait aussi très mal aux os du bassin.

À 20h une autre équipe de BFMTV, venue de Paris, interrogeait et filmait mon amie devant les urgences de l’hôpital Maison-Blanche :

Elle ne savait pas encore si elle allait porter plainte. Elle était encore choquée, car elle n’imaginait pas une seconde qu’elle pouvait être attaquée par un policier : c’est une infirmière de 60 ans et elle est l’épouse d’un policier en retraite !

Dans un article du Parisien, un type appelé Hervé Giacomoni prétend être un des 3 secouristes bénévoles arrivés sur les lieux 3-4 minutes après la chute de Dominique. C’est TOTALEMENT FAUX ! Je connais ce type, il s’est auto-proclamé référent des GJ dans l’Aube, il fricote avec l’extrême-droite et il n’est PAS secouriste et il N’ETAIT PAS LA !

La fin de l’article contient un mensonge de la préfecture de Police encore plus énorme et ignoble : "La préfecture de la Marne confirme la blessure à la tête d’une manifestante durant la journée mais refuse de l’associer à la séquence filmée par BFMTV. Et encore moins de parler d’une potentielle altercation avec les forces de l’ordre. ‘Cette femme a dit au pompier qui l’a secourue qu’elle était tombée toute seule après avoir couru en voyant le mouvement de policiers’, atteste le secrétaire général Denis Gaudin après avoir joint les sapeurs pompiers. ‘Elle leur a indiqué qu’elle n’avait été ni bousculée ni en contact avec les policiers’, ajoute-t-il.”

Denis Gaudin ment comme Christian Estrosi à Nice pour Geneviève Legay ! Dominique à terre était consciente mais pouvait très peu parler. Quand elle a été transportée par les pompiers, qui se sont montrés prévenants et humains avec elle, elle leur a dit la même chose qu’elle a redit à l’équipe de BFM à 20h devant les urgences de l’hôpital Maison Blanche.

Appel à témoins : Si vous avez assisté à la scène, merci de nous transmettre témoignages, photos et/ou vidéos à siterevolutionpermanente@gmail.com.




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