« Nous sommes toujours en pleine épidémie, et le pic n’a pas encore été atteint », a déclaré Benoît Vallet, directeur général de la santé, lors d’un point presse ce mercredi 25 janvier. Pour le professeur François Bourdillon, président de Santé publique France, qui s’est lui aussi exprimé lors de ce point presse, la tendance « devrait être du même niveau voire légèrement plus élevée que celle d’il y a deux ans [...] un hiver qui avait été marqué par une surmortalité importante de 18000 personnes, en partie attribuable à la grippe ». Depuis début janvier, on estime déjà à 8100 le nombre de personnes décédées à cause du virus, bien que ce chiffre soit pour l’heure imprécis. Comme chaque année, la tranche des plus de 80 ans est surreprésentée dans le nombre de décès. Au total, ce sont près d’1.3 million de personnes qui ont consulté un médecin généraliste depuis le début de l’épidémie, il y a 6 semaines.

Pour tenter d’expliquer cette surmortalité (+20% lors de la dernière semaine de décembre 2016 et +28% lors de la première semaine de janvier), est avancé comme argument le repli du taux de vaccination, que cela soit au sein des populations jugées fragiles, comme les femmes enceintes et les plus de 65 ans, ou bien encore chez les personnels de santé. S’il est vrai que les chiffres montrent une baisse des vaccinations, il s’agit bien là de rejeter la faute sur les victimes de l’épidémie, et celles et ceux qui accumulent une surcharge de travail pour endiguer le virus.

La casse du secteur de la santé, qui n’est pas mise en avant par les médias, est une des raisons majeures d’une telle surmortalité. Depuis des mois, si ce n’est des années, les personnels de santé tirent la sonnette d’alarme sur des sous effectifs permanents, et un manque de place pour accueillir l’ensemble des patients. Une situation qui s’explique par la suppression de dizaines de milliers de lits dans les hôpitaux, sacrifiés sur le sacro saint autel de l’austérité budgétaire. Ainsi, à la question "que fait-on ?", il est grand temps d’apporter des réponses progressistes. L’embauche massive de personnel soignant, pour permettre une prise en charge qualitative des patients et décharger un personnel aujourd’hui submergé est un premier point essentiel. Ensuite, il s’agit de remettre en fonction les dizaines de milliers de lits supprimés, afin de sortir de la situation dramatique qui consiste à renvoyer chez eux des personnes censées se faire opérer pour faire de la place. Ces deux axes sont évidemment indissociables d’un réinvestissement public massif dans le secteur de la santé. Le modèle des hôpitaux géré comme des entreprises, visant la rentabilité, démontre avec force ses limites lors de cet épisode épidémique. Il est grand temps de mettre un frein à la casse du secteur de la santé et de reconstruire ce qui a été détruit.