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Couronne déchue

Etat Espagnol. La famille royale annonce l’exil de Juan Carlos I pour sauver la Monarchie

Entouré de scandales à n'en plus finir, la famille royale a choisi l'exil de Juan Carlos I pour sauver la couronne et ne pas entacher Felipe VI des scandales de son père. Pour autant, ce dernier conservera son statut de "roi émérite".

mercredi 5 août

Cet article, publié à l’origine sur le quotidien en ligne Izquierda Diario, journal du même réseau international que Révolution Permanente, a été traduit par Tifenn Marin.

Juan Carlos I, ancien roi d’Espagne qui a abdiqué en 2014 des suites de plusieurs scandales notamment de détournement de fonds publics, a « décidé » de s’exiler. Une manœuvre politique pour maintenir la monarchie et ses intérêts en place sans que le règne de Felipe VI ne soit trop entaché par les affaires judiciaires de son père.

Dans un communiqué, la maison royale a annoncé la "décision" de Juan Carlos Ier de quitter le pays « en raison des répercussions publiques que certains événements passés de ma vie privée engendrent », comme l’aurait exprimé le roi émérite dans une prétendue lettre adressée à Felipe VI. Ces « événements passés de ma vie privée  » feraient référence aux dizaines de scandales de corruption qui entourent sa figure et qui sont, depuis son abdication, révélés au grand jour.

Cette décision, loin d’être une initiative de Juan Carlos, est une manœuvre du Palais Royal lui-même, en accord avec le gouvernement, pour séparer l’image de Felipe VI et celle de son père Juan Carlos I dans le but de sauver l’image de la monarchie espagnole que les scandales récents ont pu effriter.

En effet, de cette manière, Juan Carlos n’est pas privé de son statut d’émérite, pour lequel il aurait fallu abroger le « Décret sur le régime des titres, traitements et honneurs de la famille royale et des régents » qui établit que « Don Juan Carlos de Borbón, père du roi Don Felipe VI, continuera à vie à utiliser le titre de roi à titre honorifique, avec un traitement de majesté et des honneurs similaires à ceux établis pour le prince héritier ou la princesse des Asturies ».

Depuis bien longtemps il n’y a plus aucun doute sur la relation qu’entretiennent Felipe et son père et le régime monarchique restauré par Franco en 1969. Le communiqué de la Maison royale insiste sur « l’importance historique du règne de son père en tant qu’héritage et travail politique et institutionnel au service de l’Espagne... ». Un règne construit sur la continuité institutionnelle avec le régime franquiste, la négation des droits démocratiques élémentaires et la représentation des grands intérêts capitalistes et impérialistes.

Bien que le sort, la destination et la durée de cette "retraite" soient encore inconnus, il ne fait aucun doute qu’elle se fera avec tout le confort associé à ce poste, au détriment des finances publiques, et grâce à la fortune accumulée pendant quarante ans de corruption.

Malgré tout, le chef de l’État n’est toujours pas remis en question, comme l’a déclaré la vice-présidente Carmen Calvo. Si il y a quelques semaines, le Parlement a voté avec les voix du PSOE, du PP Ciudadanos et de VOX l’inviolabilité absolue de Juan Carlos I et que cela fait des années que les sondages nous révèlent que la population a une mauvaise opinion de la Couronne, l’idée d’un référendum sur la monarchie n’est ni présent ni attendue.

Pablo Echenique, secrétaire à la communication de Podemos, a déclaré dans un thread Twitter que depuis Unidas Podemos (coalition électorale au pouvoir avec le PSOE), ils continueront à « explorer toutes les pistes pour que les agissements louches de Juan Carlos de Borbón fassent l’objet d’une enquête ». Les dirigeants d’Izquierda Unida et de Podemos, Alberto Garzón et Pablo Iglesias, ont fait des déclarations similaires.

Ce qui se joue ici n’est pas simplement de mettre le roi face à ses responsabilités, mais de mettre fin à une institution médiévale et corrompue, héritière du régime de Franco. De son côté, Unidas Podemos fait preuve d’un très curieux républicanisme en participant à l’opération visant à sauver la monarchie au moment le plus critique en séparant les figures de Juan Carlos I de son fils Felipe VI actuel chef d’Etat Espagnol, pour laver l’image de ce dernier, comme s’il ne représentait pas cette institution imposée par la dictature franquiste, corrompue, qui protège les intérêt de l’impérialisme, des grandes entreprises et des grandes fortunes, exactement comme son père.

Il faut mettre fin à cette monarchie franquiste et corrompue. Pour que l’exil de Juan Carlos I ne devienne pas une retraite dorée et pendant que la monarchie continue comme si de rien n’était, il faudra imposer par la mobilisation sociale un référendum sur la monarchie pour que la population elle même décide de la forme de l’Etat, de la relation des différents secteurs qui le composent, et pour répondre aux revendications sociales pour que la classe ouvrière et les classes populaires ne paient pas à nouveau la crise économique accélérée par la pandémie mondiale du coronavirus.




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