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Monde

Filomena

État Espagnol. Pourquoi la neige est-elle devenue un problème politique ?

La bourrasque hivernale appelée Filomena est la plus grave qu'ait connue l'État Espagnol depuis un demi-siècle, et se poursuit avec des chutes de neige et des températures minimales historiques. La précarité, le chômage et la réduction des services publics font que la neige n'a pas les mêmes conséquences pour tout le monde.

mercredi 13 janvier

Crédits photo : La Izquierda Diario Espagne

Ceci est une traduction d’un article en castillan publié le 11 janvier sur La Izquiera Diario.es, le média dans l’Etat Espagnol du réseau international dont fait partie Révolution Permanente.

Avec des chutes de neige abondantes et la prévision que la vague de froid se poursuive même s’il neige moins, les effets de Filomena ont été ressentis dans la plus grande partie de la péninsule, avec 4 décès enregistrés à ce jour. Après plusieurs jours de tempêtes, les provinces de Castellón, Tarragone, Teruel et Saragosse sont toujours en alerte rouge en raison du risque extrême de chutes de neige, et 19 provinces sont toujours sous un autre type d’alerte, en raison des basses températures ainsi que de la neige ou de la pluie.

Plusieurs communautés ont décrété la fermeture des écoles pendant plusieurs jours, ainsi que du trafic aérien et de nombreuses routes dans la zone centrale de la péninsule. Outre les graves conséquences des bourrasques dans les principales villes, avec des températures minimales et de fortes chutes de neige à Madrid ou des pluies et des coupures d’électricité à Barcelone, des centaines de villages ont été laissés totalement isolés.

Malgré le caractère historique de la tempête, ses effets sont aggravés dans les quartiers populaires et les zones rurales dans une carte marquée par le démantèlement des services publics et la priorisation faite aux profits des entreprises.

Les gouvernements central et communautaire suggèrent le travail non rémunéré pour « dégager les rampes, portails et autres lieux de passage » à Madrid, tout en se défaussant des responsabilités en appelant à la responsabilité individuelle. Entre-temps, les conséquences ont été ressenties surtout par ceux qui travaillent au coeur de la pandémie dans un système de santé saturé et avec des hôpitaux isolés à cause de la neige, ceux qui vivent dans des zones rurales négligées par l’administration, ceux qui se sont retrouvés sans électricité pendant plus de trois mois dans La Cañada Real, ou ceux qui ont dû aller travailler dans cette situation.

Cependant, face à une situation qui précarise des millions de travailleurs, la seule préoccupation des employeurs c’est la crainte d’une perte économique. Dans plusieurs cas, toutes sortes de travail non essentiels ont malgré tout continué, faisant dormir le personnel sur le lieu de travail, contraignant à marcher plusieurs kilomètres ou prendre plusieurs heures pour se rendre au travail.

Entre les coursiers qui livrent sous la pluie et la neige, le personnel hospitalier qui enchaînent plusieurs journées du travail non-stop ou encore les travailleurs des centres commerciaux qui ont passé la nuit sur un carton dans leur lieu de travail sont quelques-uns des signes que la précarité, les coupes dans les services publics et la cupidité des employeurs ont été des facteurs aggravants de la tempête.

Des milliers de témoignages ont fusé sur les réseaux sociaux pendant des jours, de travailleurs qui ne pouvaient pas se rendre à leur lieu de travail, mettaient des heures à aller et revenir de leur poste, devaient revenir avec des compteurs bondés, restaient pendant des heures coincés sur les routes ou finissaient leur voyage en marchant, parfois sur de longues distances, au milieu de la tempête.

De plus, les prix du marché de l’électricité sont négociés un jour à l’avance et pour ce vendredi, ils s’élèvent à 94,99 euros/mégawatt par heure (MWh), le deuxième plus élevé de l’histoire. Ce coût a un impact direct sur les consommateurs, en augmentant le prix de 27% au début de 2021.

Des situations météorologiques extrêmes comme celle-ci vont se multiplier, à cause du changement climatique. Ils nous montrent l’urgence de prendre des mesures telles que la nationalisation des compagnies d’électricité, qui augmentent le coût de la lumière de 27% en pleine tempête, sous le contrôle des travailleurs. Comme on l’a vu pendant la pandémie, les capitalistes et leurs gouvernements essaieront toujours de faire passer leurs profits avant nos vies, tant que l’équilibre de la lutte des classes reste en leur faveur.




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