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Politique

Course à l'investiture

« Fils de pute », « abruti » : ce que cachent les insultes de Griveaux à ses concurrents d’En Marche

C’est avec des mots particulièrement insultants que Benjamin Griveaux qualifie ses anciens concurrents à l’investiture LREM pour la mairie de Paris. Un vocabulaire qui en dit long sur les méthodes et les difficultés internes du mouvement présidentiel.

jeudi 18 juillet

« Il y a un abruti chaque jour qui dit qu’il veut être maire de Paris » : les propos sont de Benjamin Griveaux et révélés par le journal Le Point. Celui-ci aurait usé de formules particulièrement véhémentes à propos de ses anciens concurrents à l’investiture LREM pour la Mairie de Paris. « (Hugues) Renson c’est un fils de p...., on le sait depuis le premier jour », « Mounir (Mahjoubi) ... bon... no comment », « Cédric [Villani], il n’a pas les épaules pour encaisser une campagne de cette nature. Il ne verra pas venir les balles, il va se faire désosser ! ».

Loin d’être un fait isolé, ces propos sont symptomatiques de l’arrogance macronienne caractéristique depuis sa victoire en 2017. Les petites phrases méprisantes de Jupiter, le sentiment de toute-puissance du barbouze Benalla et maintenant les insultes de Benjamin Griveaux. Tout cela en dit long sur la méthode de gestion au sein de LREM. On apprend d’ailleurs dans ces échanges que la course pour l’investiture dont est sorti intronisé officiellement Griveaux le 10 juillet n’était qu’une supercherie. Il aurait ainsi déclaré : « Je sais exactement ce que l’on va faire et sur quel calendrier, mais ça, c’est entre le président et moi. [...] Tout cela est très réfléchi depuis le début », laissant penser que sa candidature était déjà actée en off.

L’ancien porte-parole du gouvernement n’a pas cru bon de démentir ses propos. Selon son entourage, celui-ci « déplore qu’une conversation privée se retrouve dans la presse » et assure que « dès qu’il en a pris connaissance, il a appelé les personnes citées pour s’excuser auprès d’elles ». Pas de réaction du côté du gouvernement, preuve que ces méthodes sont banalisées au sein du mouvement présidentiel.

Le problème, c’est que ces déclarations pourraient coûter cher au candidat à la mairie de Paris. Cédric Villani ne serait ainsi pas décidé à soutenir la candidature LREM. Il dénonce des "habitudes d’appareil" et des "menaces", y compris d’exclusion du parti, et certains pensent qu’il pourrait se lancer dans la course en solitaire.

La situation pourrait aussi se tendre du côté du mouvement Agir que le gouvernement espère avoir à ses côtés. Les déclarations de Griveaux pourraient froisser ses partenaires éventuels : « Qui tient Bournazel par les c... depuis le début, si ce n’est moi ? Pourquoi est-ce qu’on fait entrer (Franck) Riester (d’Agir) au gouvernement ? Pour tenir les mecs d’Agir, tout cela n’est pas le fruit du hasard ! ».

En filigrane, ces sorties fleuries illustrent la difficulté pour le pouvoir jupitérien de maintenir les méthodes de la start-up nation, celles de la compétition méritocratique et du mépris de classe après 7 mois de mobilisation des Gilets Jaunes qui ont profondément bousculé la Macronie.

Crédit photo : AFP / Archives




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