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Ecocide

Forage de pétrole en Gironde : un nouveau scandale écologique validé par le gouvernement

Dans le bassin d’Arcachon, l’État vient d’autoriser la réalisation de nouveaux forages pétroliers en pleine forêt, dans une zone protégée. Un scandale qui démasque l’hypocrisie du gouvernement en matière d'écologie. Soyons nombreux le 11 février à Bordeaux pour dénoncer ce projet écocide.

Arthur Fabre

8 février

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Forage de pétrole en Gironde : un nouveau scandale écologique validé par le gouvernement

Crédits photo : capture d’écran journal TF1

Le 20 novembre dernier, le groupe pétrolier canadien Vermilion, qui exploite depuis 2006 le deuxième plus grand champ de pétrole en France, à côté du bassin d’Arcachon, a reçu l’avis favorable de la commissaire enquêtrice et de l’enquête publique pour le forage de huit nouveaux puits de pétrole.
Avec ce projet écocide, mené pour pallier la diminution de la rentabilité de l’exploitation, Vermilion espère pouvoir exploiter de nouvelles réserves d’hydrocarbures situées entre 2 000 et 3 000 mètres de profondeur. Huit nouveaux forages viendront s’ajouter à la cinquantaine de puits déjà existants sur la commune de la Teste-de-Buch, desquels sortent 1 500 barils par jour.

Cette décision devrait occasionner un scandale environnemental. Pour cause, si le groupe Vermilion prétend, en réponse à Médiapart,« croire fermement que les opérations de forage à Cazaux [nom du champ pétrolier dans la forêt de la Teste-de-Buch, ndlr] ne mettront pas en danger le climat », la réalité du projet est toute autre.

Un projet polluant aux risques multiples dans un environnement vulnérable

Moins de deux ans après les méga-feux de l’été 2022, qualifié de « pire incendie de l’histoire de la Gironde » et qui ont réduit en cendres pas moins de 7000 hectares de forêts, ces nouveaux forages constituent sans aucun doute un danger important pour la forêt usagère de la Teste de Buch. En effet, alors que les sécheresses et les températures caniculaires liées aux changements climatiques renforcent déjà la vulnérabilité de ce territoire, l’extension du champ pétrolier, et ce que cela induit en termes d’infrastructure et de composant, charrie d’autant plus de risques de catastrophe environnementale.

De plus, selon l’enquête publique rendu au printemps dernier, la quasi-totalité des lieux présélectionnés pour le projet se trouvent dans le site classé Natura 2000 Forêts dunaires de la Teste-de-Buch. Une classification qui n’empêche pas l’exploitation de la forêt pour des activités économiques, mais qui marque néanmoins la présence d’une biodiversité protégée.. Ainsi, et selon l’avis de la mission régionale d’autorité environnemental ces forages auront une conséquence directe sur la biodiversité des environs, particulièrement sur les espèces abritées par la forêt de la Teste-de-Buche, comme le faux-cresson de Thore ou l’isoète de Bory classée en voie d’extinction, en plus d’espèces emblématiques comme la loutre d’Europe ou la cistude. Enfin, les différents puits sont également à proximité de l’étang de Cazaux, riche d’une flore en partie protégée et d’une faune en danger critique d’extinction comme l’anguille européenne.

Un projet de greenwashing soutenu par le gouvernement

Consciente de l’opinion publique sensible à la crise climatique, la société Vermilion cherche donc à intégrer des éléments de greenwashing dans son discours pour faire passer la pilule. Ainsi, selon eux, « le pétrole qui ne serait pas produit [par les puits de Vermilion] serait certainement importé avec un coût environnemental bien plus élevé »... alors même que le projet n’a pas pour but de subvenir aux besoins de la population, mais plutôt d’augmenter les rendements de l’entreprise.

Autre argument hypocrite utilisé dans l’enquête publique et dans la communication du projet : la production de Cazaux serait nécessaire pour « travailler sur des projets de conversion industrielle vers des énergies bas-carbone ». Tout cela alors que le but affiché du projet est de pouvoir pomper plus de pétrole plus rapidement afin que l’exploitation reste rentable, bien loin de la philanthropie que Vermilion tente de mettre en avant dans sa communication. On retrouve ici le discours classique des gouvernements et des entreprises qui main dans la main tempèrent les changements climatiques pour défendre leurs profits : il faudrait d’abord dégager plus de profit - et donc épuiser les ressources jusqu’au bout - pour pouvoir ensuite engager des recherches et développer une « industrie verte ». Pour Vermillon, on parle de plus d’1,3 milliard de bénéfices en 2022, en prenant un peu de hauteur : ce sont 150 milliards de bénéfice que les cinq majors du pétrole mondial ont dégagé en 2022, un record.

Dans cette opération, la société canadienne est en réalité cautionnée et soutenue par l’État français, bien loin de la promesse d’Elisabeth Borne faite en 2022 de faire de la France « la première grande nation écologique à sortir des fossiles ». Si l’hypocrisie du gouvernement en matière écologique n’est plus à démontrer, surtout quand les intérêts patronaux s’en mêlent, le premier accord de l’État pour la réalisation de ces nouveaux forages en est une nouvelle preuve. Dans ce sens, la commissaire de l’enquête publique, Carole Ancla, va jusqu’à déclarer dans les conclusions de son enquête « faire abstraction des considérations générales sur le devenir du pétrole en France ».

De plus, Vermilion – avec la bénédiction de ce premier rapport d’enquête publique – joue sur les « failles » de la loi Hulot de 2017 qui interdit tout nouveau permis d’exploitation d’hydrocarbures. En effet, les nouveaux gisements de la Teste de Buch ne sont pas concernés par cette loi puisqu’ils ont été identifiés en amont, et donc ne rentrent pas dans son cadre. Dans ce même sens, selon Médiapart, « En janvier 2022 et en juin 2023, l’industriel canadien s’est vu accorder par le ministère de la Transition écologique l’autorisation de continuer d’exploiter du pétrole jusqu’en 2040 dans deux concessions voisines, celles du Pin et de Tamaris, situées à une poignée de kilomètres de Cazaux ».

Des premières mobilisations locales qui en appellent d’autres

Le samedi 9 novembre 2023 à Arcachon, un rassemblement appelé par le collectif Puits de pétrole à la Teste, c’est NIET (Greenpeace Bdx, XR Bdx, Stop Total Bdx, ECBA, Soulèvements de la Terre Pessac) a réuni une centaine de personnes contre le pétrole et son monde. Les militants locaux à l’origine de la dynamique ont pointé le double discours institutionnel de la COP 28 et celui avancé pour soutenir l’agrandissement d’une exploitation existante qui contourne la loi Hulot de 2017.

Alors que le pétrole reste à l’international le symbole de l’impérialisme avec des projets écocide comme le pipeline de près de 1440 km de long traversant des réserves naturelles d’Ouganda et de Tanzanie que prévoit Total, le projet de la Teste-de-Buch est une tentative de verdir l’exploitation du pétrole. Encore une fois, n’accordons aucune confiance à ces industriels ou au mouvement pour quelconque changement de pratique.

Une pétition a été lancée par le collectif pour interpeller le gouvernement et le préfet qui doit donner la dernière autorisation. S’il s’agit d’une étape, nous savons bien que cela ne suffira pas et qu’il faudra construire une mobilisation d’ampleur contre ce projet. À l’image de la lutte contre les mégabassines, le gouvernement est déterminé à protéger les intérêts du grand patronat au détriment de la crise écologique. On n’oublie pas que ce même gouvernement n’hésite pas à réprimer largement le mouvement écolo, à l’image des neuf militants condamnés le 17 janvier dernier suite aux mobilisations de Sainte Soline.

Le 11 février à 14h, sur la place de la Victoire à Bordeaux, faisons la démonstration du rejet de l’exploitation de l’environnement par les capitalistes !


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