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Politique

Répression et violences policières

Gilets jaunes. Plus de 13 000 tirs de LBD lancés depuis le début de la mobilisation

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, 13 095 tirs de LBD, véritable arme à mutiler, qui a éborgné et grièvement blessé de nombreux manifestants, ont été lancés, selon Laurent Nunez, secrétaire d'Etat du ministre de l'intérieur. Une répression brutale dont il tente de faire porter la responsabilité aux.. Gilets jaunes.

samedi 9 mars

Acte après acte, la répression policière se poursuit de manière brutale. Aux côtés des gaz lacrymogènes, matraques, les LBD sont massivement utilisés pour mater les manifestants, ayant engendré depuis le début du mouvement de nombreux blessés. Lors de l’acte 16, à Nantes, un manifestant s’est pris un tir de LBD dans les parties génitales, et un passant un tir en pleine mâchoire.

Ce jeudi, à l’occasion de l’examen d’une proposition de loi du groupe CRCE, regroupant principalement des sénateurs du Parti communiste, demandant l’interdiction de l’usage des LBD dans les manifestations – une revendication de plus en plus reprise au sein des Gilets jaunes qui remettent en cause à échelle de masse les violences policières et l’institution – Laurent Nunez s’est exprimé à propos de cette répression de masse et brutale.

« Chaque tir étant précisément enregistré, nous savons qu’il y a eu 13 095 tirs de LBD ». Des chiffres déconcertants qui témoignent, une fois de plus, de la répression féroce dont use le gouvernement, à travers les forces de polices, pour tenter de mater la mobilisation des Gilets jaunes. Une répression que Nunez a par la suite justifié en faisant porter la responsabilité aux Gilets jaunes, reprenant la rhétorique gouvernementale de la violence des manifestants et des « casseurs ». En effet, ce dernier a cyniquement tenté de retourner l’accusation de violence en déclarant que « s’il n’y avait pas de casseurs, il n’y aurait aucun tir de LBD ». Une réponse du gouvernement qui s’aligne avec la stratégie de décrédibilisation du mouvement des Gilets jaunes qu’il adopte depuis le début des mobilisations, et qui s’est intensifiée ces dernières semaines.

Poursuivant ainsi : « Le LBD répond à la multiplication des situations où les forces de l’ordre se trouvent aux limites de la légitime défense », « s’il n’y avait pas de violence, il n’y aurait pas de blessés chez les manifestants, ni chez les forces de l’ordre ». Un autre argument que l’on retrouve aussi dans l’ensemble des déclarations des membres du gouvernement, qui tentent de justifier la répression et les violences policières ainsi que le recours au LBD : les actes de violences commis par la police sont jugés « proportionnés » et sont justifiés par la « nécessité ». Quand les manifestants blessés, mutilés, éborgnés, pour avoir eu le tort de relever la tête et de se mobiliser contre Macron et ses politiques antisociales, sont tout simplement passés sous silence.

Aujourd’hui, ces blessés ne cessent de se multiplier. Ainsi, au-delà des milliers de manifestants qui ont été blessés depuis le début de la mobilisation, la répression policière a engendré, au moins, selon les chiffres et le recensement du journaliste Philippe Dufresnes, 202 blessures à la tête, 21 éborgnés, 5 mains arrachées, plusieurs de ces mutilations étant causées par des tirs de LBD, ainsi qu’un décès : Zineb Redouane, passée sous silence dans les médias, qui est décédée après avoir reçu une grenade lacrymogène au visage.

Face à l’accumulation de preuves mettant à nu cette répression, ainsi qu’aux prises de positions – qui ne déboucheront évidemment sur rien de concret mais qui mettent tout de même un coup au gouvernement Macron et à son image - du Conseil de l’Europe, qui a publié un rapport condamnant et prohibant l’usage du LBD en France et dénonçant la répression judiciaire à l’encontre des manifestants, et de l’ONU qui a réclamé une "enquête approfondie" sur les violences policières, Laurent Nunez a souhaité ce jeudi mettre en avant le fait que 83 enquêtes impliquant des faits concernant des tirs de LBD étaient en cours.

« Au total depuis le début du mouvement des gilets jaunes, on compte environ 2 200 blessés parmi les manifestants, et 83 enquêtes en cours à l’IGPN et à l’IGGN [la police des polices, ndlr] impliquant des faits concernant des tirs de LBD », a-t-il en effet déclaré. Cependant, l’impunité totale dont jouissent les forces de polices ainsi que le rôle de l’IGPN, qui n’est connue ni pour donner suite aux plaintes qu’elle reçoit ni et pour donner lieu à des sanctions concrètes dans de très rares cas, n’est plus à prouver. Et ce à l’inverse de la répression judiciaire que subissent les Gilets jaunes depuis le début de la mobilisation.

Crédit photo : THIBAULT CAMUS / AP




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