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Politique

Edito

Grand débat : Macron profite de Notre-Dame pour revoir sa copie

Si l'incendie de Notre-Dame lundi a empêché Macron de mener son plan de communication comme prévu, la séquence qui s'est ouverte pourrait constituer une opportunité pour le gouvernement qui cherche à en profiter.

jeudi 18 avril

Lundi, Macron entendait ouvrir une nouvelle séquence dans le quinquennat à l’issue du Grand Débat. Référendums d’initiative locaux, réindexation des retraites en dessous de 2000€, baisse de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes, suppression/transformation de l’ENA… de quoi provoquer l’effet « wahou » escompté ? Rien n’est moins sûr au vu des réactions très mitigées suscitées par les mesures qui ont fuité dans la presse.

A l’exception de la suppression de l’ENA, mesure symbolique « choc » aux contours cependant très flous, les propositions de Macron apparaissent comme d’autant plus limitées qu’elles sont éparses. Un député interrogé par Le Monde explique ainsi : « Je suis un peu déçu. Ça fait boîte à outils, un peu à la façon de François Hollande. Je ne suis pas sûr que ce soit très renversant… » Même son de cloche du côté de Gérard Collomb qui, au micro de RTL expliquait hier « Ce n’est pas une série de mesures qu’il faut égrainer, c’est plutôt un cap qu’il faut pouvoir donner. (…) Je pense qu’il faut relier ces propositions entre elle, parce qu’autrement cela fait un peu réponse à chaque catégorie. » et voit dans cette séquence une opportunité pour Macron de « revoir sa copie ».

Ainsi, Macron compte bien faire tenir en longueur la séquence Notre-Dame, s’appuyant sur le drame pour tenter de marginaliser les Gilets jaunes - par exemple en affirmant sa stature de chef d’Etat volontariste capable de rebâtir Notre-Dame en 5ans, pour mieux rappeler le « Macron des origines » comme le note Stéphane Dupont dans Les Echos ou en faisant du pied à l’électorat catholique marqué à droite -, mais aussi pour gagner du temps afin de préparer une offensive mieux préparée autour d’un axe clair.

Ce dernier pourrait résider par exemple dans la valorisation du « travailler plus pour payer moins (d’impôts) », comme l’imagine Fanny Guinochet dans L’Opinion, en faisant de l’allongement du temps de travail – condition sine qua non pour financer les mesures avancées – un argument politique pour s’adresser à ces franges des classes populaires que le sarkozysme avait su convaincre en son temps. Un axe effleuré dans le discours prévu par le Président lundi, lequel n’avançait pas d’éléments concrets sur cet enjeu.

Malgré tout, la persistance du mouvement des Gilets jaunes - ignoré par le gouvernement ces derniers jours - et la montée à Paris pour l’acte XXIII prévu samedi risquent de ramener "Jupiter" sur terre. L’unité nationale espérée n’a pas prise au sein des Gilets jaunes, les mesures annoncées sont loin de répondre aux revendications du mouvement, et les Gilets jaunes restent déterminés à dégager Macron et le système qu’il représente. Ce d’autant plus que la mobilisation exceptionnelle de fonds pour reconstruire Notre-Dame ces derniers jours a démontré que l’argent, dont on prétend manquer pour justifier tous les sacrifices, existe bel et bien dans les poches des milliardaires propriétaires des grandes multinationales françaises.




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