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Notre classe

Une « grève inutile » d’après la direction

Grève à Ryanair en Grande-Bretagne pour de meilleures conditions de travail

Les syndicats des pilotes britanniques de la compagnie low cost Ryanair ont voté ce 7 août en faveur d’une grève, dont les revendications portent notamment sur les salaires, les retraites et les prestations de maternité. Deux préavis ont été déposés, un de 48h le 22 août et un second de trois jours à partir du 2 septembre. Une initiative qui fait écho à l’annonce de la compagnie qui a déclaré fin juillet vouloir supprimer au moins 900 postes.

samedi 10 août

Les pilotes britanniques ont déposés cette semaine deux préavis de grève. Leur syndicat, BALPA, porte des revendications sur « les retraites, l’assurance perte de licence, les prestations de maternité, les allocations et une structure de rémunération équitable, transparente et cohérente » et dénonce « des décennies de refus de Ryanair de traiter avec des syndicats […] qui ne dispose pas d’un certain nombre d’accords types auxquels tout syndicat pourrait raisonnablement s’attendre sur le lieu de travail ».

La compagnie irlandaise avait déjà connu des grèves fin 2017, où après 32 ans d’exercice la compagnie avait été contrainte de reconnaître l’existence des syndicats. En 2018 une autre série de grèves avait connu une ampleur européenne avec des préavis déposés en même temps par des syndicats allemand, belges, néerlandais, italiens, espagnols et portugais concernant les conditions de travail et en particulier sur la transformations des contrats irlandais en contrats nationaux, appliqués aux personnels même s’ils vivaient hors d’Irlande. Ryanair faisait alors prévaloir sa politique fiscale et sociale en tirant profit localement du statut d’autoentrepreneur, ce qui lui a permis d’éviter les coûts administratifs, les taxes et les charges sociales, permis d’exploiter à sa guise les pilotes et les personnels d’équipage et lui a donné l’avantage sur ses concurrents.

Suite aux actions de 2018, les syndicats des pilotes britanniques avaient obtenu une revalorisation de 20 % de leur salaire. Aujourd’hui, 72 % des membres ayant voté sont tombés à 80 % d’accord en faveur d’une nouvelle grève. Une décision que cherche à éluder la direction de la compagnie, qui rétorque que le syndicat BALPA a moins de 50 % de représentativité au sein des pilotes britanniques et juge ainsi illégitime de « perturber les vacances et les vols de ses clients, en particulier à un moment où les pilotes britanniques font face à des pertes d’emplois dues aux retards de livraison de Boeing 737 MAX et à la menace d’un Brexit sans accord ».

Manifestation à l’aéroport de Francfort, le 12 septembre 2018. AFP / Silas Stein

En effet, le risque du « no deal » dans le cas du Brexit accentuerait les tensions économiques entre le Royaume-Uni et l’UE avec notamment l’augmentation des contrôles douaniers et le risque d’une dévaluation de la livre. Les compagnies aériennes britanniques, qui continueront à opérer les vols malgré les discours alarmistes, prévoient ainsi déjà des « perturbations sur certains vols » et anticipent une potentielle paralysie de leurs services. Et comme ses homologues, Ryanair doit également faire avec la hausse du prix du pétrole qui a touché l’ensemble des compagnies aériennes de l’UE.

Mais les affaires ne vont pas mal pour autant : à l’heure où le trafic aérien est en augmentation, Ryanair reste en 2019 la première compagnie européenne à afficher un nombre record de passagers avec un chiffre d’affaires pour l’année 2019 en hausse de 6 %, soit 7,5 milliard d’euros, et de 1,02 milliard d’euros de bénéfices. Parallèlement le conseil d’entreprise a approuvé le rachat de 700 millions d’euros d’actions, misant sur l’augmentation du trafic et la spéculation pour exploiter davantage les transports aériens.

Cela n’empêche pas la compagnie Ryanair de déclarer la semaine dernière être en sureffectif de 500 pilotes et 400 membres d’équipages, soit 900 personnels. La compagnie, qui avait déjà fermé des bases jugées non rentables comme à Brême ou à Eindhoven, politique qui est également mise en œuvre par ses concurrents comme EasyJet, Wizzair ou Lufthansa, va commencer le plan social avec la fermeture de l’aéoroport de Faro, dans le sud du Portugal, ce qui entraînera la suppression de 120 postes. Prenant pour motif le retard de la livraison de cinq avions Boeing 737 MAX, qui doivent être révisés selon les normes américaines et européennes après deux accidents, ainsi que la chute des bénéfices au premier trimestre de l’année, le directeur général déclare vouloir ouvrir « une série de discussions avec nos aéroports pour déterminer quelle bases de Ryanair parmi les moins rémunératrices vont souffrir de ces réductions » et chercherait à consulter « ses personnels et ses syndicats pour planifier et mettre en œuvre ces solutions ».

Mais au Portugal, le syndicat d’hôtesses de l’air et de stewarts SNPVAC a d’ores et déjà appellé à une grève de six jours à partir du 21 août suite à la décision de Ryanair de fermer la base de Faro, et soulève que le trafic, lui, a augmenté de 9 % en juillet. Il soupçonne ainsi l’entreprise de masquer ses comptes et de faire des « représailles à la grève » puisque les déclarations de la direction sur les bénéfices ont pris place quelques jours seulement après le dépôt du préavis. Il n’y a pourtant que par ce biais que les travailleurs obtiendront gain de cause, que ce soit au Royaune-Uni, au Portugal ou dans le reste du monde, la justice faisant preuve d’une évidente partialité en faveur des grandes entreprises.

A titre d’exemple, en France, la cour de cassation avait annulé l’amende de Ryanair et d’Air France suite au procès de 2007 pour travail dissimulé, du fait de l’utilisation des contrats de travail irlandais qui ont permis de frauder les impôts locaux. L’ex-PDG d’Air France en cause, Jean-Cyril Spinetta, avait par la suite été remercié en 2013 du poste de Président du Conseil national education-économie avant d’être en charge en 2018, par les mains d’Edouard Philippe, du rapport sur « l’avenir du Transport ferroviaire » plus connu sous le nom de « rapport Spinetta », qui a servi à justifier la privatisation de la SNCF. Ce qui en dit long sur la volonté de l’état à faire exonérer les riches et à contourner le droit social en France, obtenu justement par la lutte des travailleurs.




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